Avant de l'avoir vu, on se demande comment. Comment un film aussi étrange, inclassable, symboliste, à la bande-annonce incompréhensible, a pu être financé et sortir dans autant de salles. Après, on comprend mieux pourquoi. Le premier long-métrage de Bertrand Mandico, malgré ses innombrables qualités, reste un film français. Ça commence onirique, ça finit didactique, ça se sent obligé de nous expliquer ce qu'on voit, ça commence à sentir un peu le pamphlet. Mais on lui pardonne, parce que Les Garçons sauvages n'a pas volé à Burroughs que son titre. C'est une longue hallucination, violente et sexuelle, dont les trouvailles visuelles semblent par moment empruntées à Cronenberg, par d'autres au cinéma muet. Et le twist final, révélé au moment du générique (si vous n'avez rien lu au sujet du casting, par pitié, allez-y sans savoir), constitue la meilleure des conclusions : au cinéma comme ailleurs, ce qu'on prend pour la réalité n'est souvent que l'illusion à laquelle on a bien voulu croire.