Un élan de courage malvenu m'a conduit pendant mon adolescence à essayer de lire les trois pavés poussiéreux du Seigneur des Anneaux. Avec les années, je me suis rendu compte que de nombreux lecteurs de ma génération avaient partagé cette épreuve désagréable : c'était, je le vois maintenant, notre rite de passage à l'âge adulte à nous. Ce qu'on ignorait, c'est qu'on s'infligeait une version obsolète de la trilogie de Tolkien, traduite en 1973 par quelqu'un qui pensait que sur la Terre du Milieu on disait « à la file indienne » et que Sacquet était une bonne francisation de Baggins. Heureusement, depuis 2016, Le Seigneur des Anneaux bénéficie d'une nouvelle traduction nourrie du talent du Canadien Daniel Lauzon et des notes posthumes de Tolkien (1975). Outre de nouveaux noms propres (Bessac à la place de Sacquet, Barbebois pour Sylvebarbe), on y découvre un texte finement adapté en français et fort agréable à lire. Oui, même le début de La Fraternité de l'Anneau dans le (!) Comté. Une eau claire pour se laver le cerveau après l'ignoble trilogie du Hobbit au cinéma.