En cette pluvieuse après-midi du 15 juin, le lendemain du match d’ouverture de la Coupe du monde qui opposait la Russie à l’Arabie saoudite, une poignée de détenus de la maison centrale de Saint-Maur se disputait la première place d’une compétition organisée par un surveillant pénitentiaire. Avant de franchir les portes blindées de la centrale, je n’avais jamais mis les pieds en prison. J’avais conscience que ma conception du milieu carcéral français se révélerait au mieux parcellaire, au pire complètement fantasmée ; en partie nourrie par des récits tombés en désuétude, des films français qui se veulent hollywoodiens et des reportages sensationnalistes. Je savais que cette représentation serait toujours aussi limitée à l’issue de ma visite : la prison de Saint-Maur ne constitue que l’un des 186 établissements pénitentiaires de France, bien que celle-ci se distingue par son statut de maison centrale. Au total, on en dénombre six, ainsi que sept quartiers « maison centrale », qui se caractérisent tous par leur régime de sécurité renforcée. Dans les cellules de Saint-Maur croupissent des condamnés aux peines lourdes (« 15 ans en moyenne », estime l’un des surveillants) et des détenus considérés comme difficiles. Anciens braqueurs, parricides, professionnels de l’évasion et terroristes se côtoient dans ce pentagone de béton situé au cœur de la Champagne berrichonne. Avec 191 personnes sur une capacité de 260, leurs conditions de détention ne sont pas exactement représentatives des prisons françaises, où la surpopulation et l’insalubrité constituent des problèmes majeurs. Parmi les participants au tournoi Fifa, on trouve exclusivement des jeunes détenus, dont l’âge oscille entre 20 et 35 ans. Ils ne constituent qu’une portion de la population du Saint-Maur carcéral, mais ce sont sans consteste ceux qui s’intéressent le plus aux jeux vidéo.