Durant l'hiver 2009, alors que j'étais une étudiante fauchée en proie à un grand désarroi amoureux, je me suis abandonnée dans un jeu social de piètre qualité, Pet Society. Le principe était très simple : il fallait s'occuper d'un petit animal (dans mon cas, une sorte d'hybride de chat et d'écureuil que j'avais baptisé Choupette) en le nettoyant, en l'occupant et en le câlinant régulièrement pour qu'il soit heureux. Il était également possible de s'adonner à des activités sportives ou d'aller rendre visite aux animaux voisins, ce qui vous permettait de monter des niveaux ou de gagner des pièces pour remplir votre maison de plantes luxuriantes, de meubles élégants et de gadgets de pointe. Le but affiché était d'avoir la plus belle maison imaginable, et l'animal le plus épanoui. Bref, tout allait très bien dans l'univers incroyablement mignon de Pet Society, et les animaux de mon voisinage avaient tous une mine radieuse et le poil soyeux – à l'exception de Voltax, qui arborait la même expression dépitée à chacune de mes visites. Sa maison était presque vide, décorée avec les objets les plus sinistres du jeu : un carton, un pneu, ainsi qu'une vieille étagère sur laquelle reposait une rangée d'excréments. Son propriétaire avait visiblement décidé de ne plus le nourrir, l’occuper ou le laver. Le pire dans cette histoire, c'est que le propriétaire de Voltax était un joueur actif – j'étais bien placée pour le savoir, puisqu'il m'envoyait régulièrement les déjections de son animal torturé. J'ai arrêté de jouer à Pet Society lorsque mes proches m'ont fait remarquer que je passais beaucoup trop de temps à choyer Choupette, et qu'une personne dans un état émotionnel stable ne passerait pas ses journées à décorer la maison d'un animal imaginaire. J'ai fini par me remettre de cette déprime passagère, et les serveurs du jeu ont depuis été fermés par EA. Mais de temps à autre, il m'arrive d'avoir un petit pincement au cœur en repensant au sort de Voltax.