Genre: shoot'em up
Developpeur: Bandai Namco Studios (Japon)
Editeur: Bandai Namco
Plateformes dispo: PC Windows, PlayStation 4, Xbox One
Plateforme test: PC Windows
Langues: anglais ou japonais sous-titrés français
Config: PC de joueur
Telechargement: 35 Go
Prix: 60 €
Drm: Steam
Date de sortie: 01/02/2019
| Modifié le le 25 mai 2021
En Inde, on appelle ça le karma. En France, un retour de bâton. Dans la rédaction de Canard PC, une belle arnaque. Il y a six mois, j'avais insisté pour qu'Izual, grand fan d'Arma devant l'éternel, se charge de l'« À venir » sur Battlefield V, parce que « comme ça, tu pourras comparer les deux hin hin hin, ça te changera de tes FPS tout lents dans lesquels on rampe dans la boue pendant trente minutes avant de se prendre une balle ». Forcément, quand le sujet Ace Combat 7 a été abordé lors de la dernière conférence de rédaction, on ne m'a pas raté. « Ah ben t'as qu'à le faire, toi qui joues à DCS World et à des simulateurs ultra pointus, ça te fera du bien de cartonner des MiG-29 à la chaîne dans un avion qui se pilote comme un X-Wing. » Qu'est-ce que vous voulez répondre à ça ?
Frénétique, Ace Combat 7 n'est pas stupide pour autant. Il faut garder un œil sur son radar et identifier les cibles à éliminer en priorité.
Tomcat et nanar.
Je ne saurais donc jamais si les auteurs de Bandai Namco considèrent crédible la stratégie uséenne qui consiste à créer une fausse base pour détourner le feu ennemi, puis à la peupler de taulards, puis à laisser lesdits taulards piloter des avions de chasse chargés de munitions réelles afin de « faire croire qu'il y a de l'activité sur la base » (sic), avant de les envoyer bombarder des aérodromes ennemis dans de « fausses opérations d'attaque » – ce qui, au passage, signifie que la seule différence entre un vrai bombardement et un faux est qu'on décrète que ce dernier n'est pas authentique, de quoi vous plonger dans des abîmes de perplexité, pour ne pas dire d'angoisse. Il y a bien quelque chose, dans la répétition de certaines phrases, dans certains détails, qui donne l'impression que tout le monde dans la pièce sait qu'il s'agit d'une grosse farceNote : 1, mais aucun moyen d'en être certain. Toujours est-il que, pris comme un nanar de série AA, celle qui se trouve encore après la colonne Z dans le grand tableau Excel des degrés de nullité, le scénario d'Ace Combat 7, bien que parfois incompréhensible, est très amusant, parfois même hilarant. Je ne me suis toujours pas remis de la découverte de Bulgardarest, dont le nom semble sorti d'un réseau de neurones à qui des Japonais auraient demandé de générer un toponyme de ville européenne.Note 1 : Le grand méchant s'apelle Mihaly Dumitru Margareta Corneliu Leopold Blanca Karol Aeon Ignatius Raphael Maria Niketas A. Shilage, non ce n'est pas une blague.
Le principe de base, virevolter comme un colibri épileptique, reste toujours le même.
Jeu de multirôle.
Mais cessons de nous préoccuper du sort de la nation uséenne, dont tout le monde se fout, et intéressons-nous plutôt au gameplay. Pour détruire les dizaines de cibles que lui offre chaque mission, le joueur dispose de trois armes : un canon, à n'utiliser qu'en dernier recours ; une quantité considérable (de 60 à 120, selon les avions) de missiles à tout faire capables de traquer cibles aériennes et terrestres avec une précision redoutable ; enfin une arme spéciale, qui peut être un peu tout et n'importe quoi, de la bombe à guidage laser au missile air-sol très longue portée, en passant par le rayon laser ou les missiles air-air capables d'accrocher (et d'être lancés sur) huit cibles à la fois. Le point commun de ces armes spéciales est d'être plus spécialisées que les missiles standard et de ne pas être efficaces contre toutes les cibles. Il conviendra donc, au début de chaque mission, de choisir l'arme la plus adaptée à la situation. L'arme, mais également l'avion : les chefs d'escadrons d'Ace Combat sont du genre pas contrariants et, si l'envie vous prend de voler dans un vieux F-4 de la guerre du Vietnam pendant que vos ailiers font les fiers dans des F/A-18F de 1999, libre à vous. Notez au passage que si tous les avions ne sont pas égaux (un F-22 par exemple, auquel vous n'aurez accès qu'après avoir accumulé un nombre colossal de points, est bien supérieur à un F-104), les différences sont finalement peu nombreuses : certains sont un peu plus maniables, ou rapides, ou résistants, ou bien transportent un peu plus de munitions, mais tous peuvent accomplir n'importe quelle mission, et il est parfaitement possible de dégommer un Rafale aux commandes d'un avion d'attaque comme le A-10. Comme de plus les missions comportent presque toutes un mélange de cibles terrestres et aériennes, le joueur n'est jamais contraint de piloter un appareil qu'il n'apprécie pas.
Drones de drames.
Et ces missions, bon Dieu, sont sacrément agréables. Certes, leur difficulté est en dents de scie. À des opérations incroyablement ardues que l'on doit se retaper intégralement dix fois faute de checkpoint, succèdent des sorties d'une facilité déconcertante mais affublées d'un point de sauvegarde toutes les cinq minutes. Certes, la formule « Call of Duty aérien », avec mise en scène à gros sabots et coéquipiers inutiles, est la même que dans les épisodes précédents. Mais qu'est-ce que vous voulez, elle marche... Le jeu n'est jamais facile, la pression est constante : en mode « normal », deux ou trois missiles suffisent à vous envoyer au tapis. Si les projectiles sont faciles à esquiver, il faut pour cela abandonner temporairement son attaque, ce qui peut avoir de graves conséquences dans un jeu où toutes les missions sont en temps limité. Frénétique, Ace Combat 7 n'est pas stupide pour autant. Il faut garder un œil sur son radar, identifier les cibles à éliminer en priorité pour accomplir l'objectif dans le temps imparti, optimiser chaque passe (larguer deux bombes puis, avant même de remonter, passer aux missiles pour détruire dans le même mouvement une cible d'opportunité qui passait par là), tout en virant sans cesse de cap pour éviter les grappes de missiles qui arrivent en permanence, balancées par les SAMs, les chasseurs et les nuées de drones éruséens. Et si le principe de base, virevolter comme un colibri épileptique en optimisant son ratio cibles détruites/minute, reste toujours le même, la diversité des environnements suffit à empêcher toute lassitude.
Ace d'épique.
Chacune ou presque des vingt missions d'Ace Combat 7 repose sur un gimmick, un petit élément qui va subtilement renouveler le gameplay. Dans telle mission, il est impératif de rester en dessous des nuages pour ne pas être la cible de super-missiles guidés par satellite. Dans telle autre, on doit éviter le périmètre de détection des radars ennemis, indiqué sur la mini-carte. Quand l'avion du joueur est pris au milieu d'un orage, le HUD cesse de fonctionner. Parfois c'est le radar qui fait défaut, comme dans cette opération où il faut descendre au ras du sol pour repérer des véhicules camouflés par une tempête de sable, ou dans cette autre où les batteries de missiles sol-air planquées dans une forêt doivent être repérées en remontant la traînée laissée par leurs projectiles. La grande variété des situations, des environnements et des atmosphères – chaque niveau à une ambiance musicale propre, qui contribue à son identité – donne envie de découvrir la suite, tant qu'il y en a une. Car une fois la dernière mission terminée, à moins de vouloir à tout prix refaire la même chose jusqu'à avoir grindé assez de points pour débloquer tous les avions, ou bien s'adonner à un mode multi dans lequel les adversaires se contentent de se tourner autour comme des chiens en chaleur pendant cinq minutes, on n'a guère de raison d'y retourner. Et l'on touche l'une des limites de l'arcade par rapport à la simulation.
MiG-figue, MiG-raisin.
Comme le capitalisme, le jeu d'action à grand spectacle commodifie tout ce qu'il touche, le découpe en petits éléments distincts, bien fichus mais détachés de toute totalité. Dans un simulateur, maîtriser l'usage des contremesures ou les virages à 9G demande de connaître parfaitement son avion, c'est un art qui peut être perfectionné à l'infini. Dans Ace Combat, les contremesures sont des jokers en nombre limité dont l'usage garantit de survivre ; le mode « virage rapide » est enclenché d'une simple pression sur un bouton et draine la vitesse de l'avion de façon mécanique, comme un superpouvoir viderait une barre de mana dans un jeu de rôle. Dans un simulateur, le repérage des cibles, l'usage des couvertures, sont des techniques qui peuvent être mises en pratique à tout moment si les circonstances l'appellent. Dans Ace Combat, ce sont des gimmicks, annoncés à grand renfort d'hyperboles (les camions ne sont pas difficiles à repérer, ils sont noyés dans une tempête de sable ! Les nuages ne se contentent pas de nous dissimuler, ils nous protègent des super-missiles satellite !) que l'on oublie sitôt terminée la seule mission qui les utilisait dans ses scripts. C'est dommage, parce qu'avec un poil plus d'organicité, et quelque chose comme un générateur de missions ou un mode multi avec de vrais objectifs, Ace Combat 7 aurait été un jeu sur lequel on aurait pu prendre plaisir, des heures durant, à tester des combinaisons d'avions et de bombes sur ces salopards d'Eruséens. Car les Eruséens sont des salopards, tout le monde le sait.
No joy
En réalisant que mon joystick n'était pas reconnu par Ace Combat 7, j'ai été déçu. En découvrant sur Internet que le jeu n'était compatible qu'avec une gamme limitée de joysticks Thrustmaster partenaires, j'ai été en colère. Puis en apprenant, toujours sur Internet, que même ces derniers n'étaient pas toujours reconnus, j'ai préféré en rire. Inutile non plus d'espérer utiliser votre beau HOTAS. Oh, ça reste possible, avec un utilitaire comme Joy2Key ou l'outil intégré de Steam (cpc.cx/ac7joystick), mais vous allez vous donner du mal pour rien. Jouer au stick à Ace Combat 7 n'apporte pas grand-chose. Et si vous trouvez les sticks d'un pad Xbox trop imprécis pendant les dogfights, sachez que le jeu est parfaitement jouable avec le combo classique clavier pour bouger/souris pour tirer – pas besoin d'un contrôleur analogique dans un jeu où l'on pousse toujours le manche à fond. Reste qu'il est dommage de ne pas avoir le choix. Notez qu'à cette exception près, le portage est très propre : même dans les pires mêlées, Ace Combat 7 ne descend jamais sous 100 FPS en 1440p avec une 1070.