Canard PC : Une carrière dans l'informatique, ça démarre toujours par une première histoire d'amour avec un ordinateur. Comment s'est passée la tienne ?
Alexandre Hadjadj : Alors ça a commencé parce que mon père trouvait que les consoles étaient débiles...

Ah, le mien aussi ! Et il avait bien raison !
Donc au lieu d'avoir l'Atari VCS 2600 dont je rêvais, mon père m'a acheté un ordinateur TI-99/4A pour Noël 1981, quand j'avais sept ou huit ans. Dessus, je n'avais que deux jeux, un ludo-éducatif qui s'appelait Multiplication Invasion je crois, et un petit jeu de bagnole. Par contre, j'avais aussi un gros manuel avec toutes les instructions du BASIC, c'est comme ça que j'ai commencé à bidouiller. Je n'étais pas très bon, mais ça m'excitait, ça m'intéressait. Et j'avais un prof de piano un peu barré qui avait codé lui-même, sur le même ordinateur, un jeu d'apprentissage du piano. Ça m'a complètement fasciné et c'est comme ça que j'ai commencé à programmer sérieusement. Un des avantages que j'ai eus, et qui m'a probablement beaucoup fait progresser en programmation, c'est que mon père ne voulait pas m'acheter d'ordinateur plus évolué, parce que ça coûtait trop cher. Alors j'ai dû lui montrer, souvent en mentant, ou en recopiant du code d'Hebdogiciel (magazine d'informatique des années 1980, NDLR), que le TI-99/4A n'était pas assez puissant pour faire tout ce que je voulais. Et finalement, au bout d'un moment, quand tout le monde était déjà passé à l'Atari ST, il a fini par m'acheter un... Amstrad CPC 6128.

Ah oui, vous avez quand même eu une enfance difficile. C'était presque de la maltraitance à ce niveau-là.
Ha ha, oui c'était très dur, j'avais toujours une machine moins bonne que celle de mes copains ! Mais bon, ça ne m'a pas empêché de continuer à programmer en BASIC, à faire plein de petits jeux vidéo. La mode à l'époque, c'était les jeux d'aventure textuels comme Bilbo le Hobbit ou Sram, qui m'a énormément marqué. Tu tapais « avance nord » pour progresser. Quand j'avais onze ou douze ans, je me suis mis à en faire avec des amis, on avait des cahiers remplis de schémas avec des petits carrés et des dessins, de cartes, on faisait déjà ce qu'on appellerait maintenant du game design. Et finalement, quelques années plus tard, alors que tout le monde était en train de s'équiper de PC, mon père m'a finalement acheté un Atari ST.