En France, la demande de localisation a commencé à s’accélérer au milieu des années 1990, peu après l’adoption de la loi Toubon – qui vise à préserver la langue française en faisant notamment la chasse aux anglicismes. « Cette loi a un peu forcé la main des éditeurs à faire traduire leurs jeux. Il y a eu une forte demande de traduction dans le jeu vidéo, et peu de personnes capables d’en faire à l’époque », se souvient Thierry, cofondateur de la société Words of Magic. Alors qu’il travaillait pour l’entreprise Coktel Vision, notamment connue pour les inénarrables jeux éducatifs Adi et Adibou puis devenue une filiale de Sierra en 1992, Thierry a commencé à superviser la localisation de leurs titres. En 1998, il lance sa société en compagnie d'un collègue, avec qui il commence à traduire des jeux Sierra comme Lords of Magic et 3D Ultra Minigolf, avant de notamment travailler pour LucasArts et Ubisoft. En 20 ans, leur société est toujours restée plus ou moins la même, ce qui fait plutôt cas d’exception dans le milieu de la traduction de jeux vidéo. Le marché a énormément changé au fil des années, et leurs gros clients ne se sont plus retrouvés dans leur mode de fonctionnement : « Dans les années 2000, tout a commencé à grossir et à devenir difficilement accessible, et on a cessé de travailler avec des éditeurs comme Ubisoft, EA et Blizzard. Là où nous faisions de l’artisanat, ils souhaitaient du travail d’usine. On est arrivé à un stade où la plupart des éditeurs se contentent d’un niveau de qualité où personne ne va se plaindre. Cette méthode de travail qui consiste à dire "On vous envoie 1 500 mots le matin à nous renvoyer dans la journée" et à nous demander d'être disponible​ en permanence s'apparente à une forme de servitude. »