Tout va bien pour la famille Gardner, qui vient de s'installer dans un cottage au milieu des bois qui bordent Arkham : la mère télétravaille en se remettant lentement d'un cancer du sein, le père s'occupe de ses alpagas et entame sa reconversion dans le potager bio. Bon, les enfants s'ennuient à mourir, mais c'est normal, c'est la vie à la campagne. Et puis une nuit, venue des profondeurs de l'espace, une météorite s'écrase dans leur jardin. Graduellement, l'environnement va changer, et les Gardner aussi. Plutôt qu'adapter fidèlement la nouvelle de Lovecraft (difficile de faire mieux que Die Farbe) ou de s'intéresser aux changements du monde lui-même (Annihilation était déjà sur le coup), Richard Stanley a opté pour le drame psychologique. Comment réagir, et ne pas devenir fou, quand la catastrophe balaie toutes nos habitudes et nous jette au visage l'étrangeté radicale du monde, qu'en temps normal on s'obstine à ignorer ? Par le déni ? Par le rituel ? C'est la grande question, au cœur de toute la weird fiction (et de notre actualité), que pose Color Out of Space – qui se paye aussi le luxe d'être un hommage à The Thing et de nous offrir la plus belle scène de body horror freudien depuis Brain Dead, ainsi que de grands moments où Nicolas Cage prononce le mot « alpaga » en cabotinant comme un fou.