On en sort avec les oreilles qui bourdonnent, les yeux écarquillés, l'esprit en tumulte. Même s’il n’utilise que des images et de la musique (pas de textes, de dialogues ou de narrateur), Koyaanisqatsi est un film d’une intensité rare. Décrire ce documentaire de 1982 ne lui rend pas justice, car sans l’avoir vu soi-même, on ne se rend pas compte de la force de ces images de nuages qui se déforment à toute vitesse, de gratte-ciel verdâtres la nuit, de cordillères couvertes de cactus, d’avions de chasse qui fendent l’air. Comme un morceau de musique classique, Koyaanisqatsi semble divisé en plusieurs mouvements, tantôt lents et tantôt frénétiques. Devant les images de grues portuaires colossales qui s’effondrent, de retenues d’eau turquoise et de fournaises qui crachent des flammes, accompagnées par la musique grandiose de Philip Glass, on se sent tour à tour apaisé, électrisé, transporté, angoissé et rempli d’humilité. C'est éreintant, mais qu'est-ce que ça fait du bien.