La seule chose plus chouette que de découvrir un excellent film sorti de nulle part, c'est de découvrir un excellent réalisateur sorti de nulle part, et toute sa filmographie du même coup. Par exemple, en tombant sur Border, de l'Irano-Suédois Ali Abbasi, j'étais déjà fort content. Border semble tout d'abord être l'histoire d'une douanière défigurée mais dotée d'un odorat surhumain, qui lui permet de sentir à distance la peur et la contrebande. Puis elle va croiser la route d'un homme qui souffre de la même malformation, et Border va peu à peu délaisser l'inquiétante absurdité façon Yorgos Lanthimos pour glisser vers le fantastique, l'enquête policière, l'histoire d'amour et la fable politique. Il est rare de tomber sur un film qui parvient à mêler de façon aussi fluide des registres si différents et les jurés de Cannes, qui lui ont remis le prix « Un certain regard » en 2018, ne s'y sont pas trompés. Sur ma lancée, j'ai enchaîné avec son film précédent, Shelley, dont je ne vous dirai rien sinon qu'il s'agit d'un grand moment d'horreur psychologique, et de la meilleure incitation à la nulliparité depuis Rosemary's Baby.