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Genre : cartes, déduction, enquête, coopératif
Créateurs : Guillaume Montiage, Paul Halter, Sébastien Duverger Nedellec
Illustrateur : Émile Denis
Éditeur : Studio H
Nombre de joueurs : de 1 à 6. En réalité, autant que l’on veut, mais au-delà de 16, c’est le bordel.
Nombre de joueurs optimal : 2 ou 3
Durée : 1 h 30 par enquête
Difficulté : facile
Prix : 27 €
Suspects vous glisse dans les bottes de la jeune Claire Harper, diplômée en droit criminel à Oxford en 1927. L’ambiance britannique des années trente, une détective, trois enquêtes – dans un manoir, un théâtre et à Louxor –, tout ici hurle « Agatha Christie » et l’assume clairement. Le jeu pourrait s’intituler « La jeunesse de Miss Marple » tant le fond et la forme suintent le polar de la reine du crime. Autant vous dire que le Poirotphile* qui sommeille en moi a frisé de la moustache. Je m’imaginais déjà réunir, dans le salon de musique, tout un panel d’aristocrates sirotant un brandy et dont l’air hautain cacherait la fébrilité, la peur de voir approcher un doigt accusateur et d’entendre « Et VOUS Sir Bucklebottom, n’est-il pas temps d’avouer que vous êtes le vrai père de miss Rosa, celui qui est parti faire fortune dans notre empire colonial ? N’aviez-vous pas pour cela contracté un emprunt auprès de la victime ? Cela m’a semblé évident à votre façon de sucrer le thé ».

* Ne pas confondre avec les Marplelistes, secte concurrente, mais néanmoins amie.

Livercool.

Pour chaque enquête, une feuille d’introduction narre les circonstances et les principaux protagonistes, tandis que quelques documents sont consultables (plans, programme de théâtre, arbre généalogique). C’est un paquet d’une cinquantaine de cartes numérotées qui va servir à interroger les personnages, visiter les lieux et observer les indices. Aucun chichi, pas de décors 3D à la Decktective, pas d’application, pas de gestion stricte du temps. On passe de carte en carte librement, un peu comme un Livre dont vous êtes le héros. Visiter la buanderie ? Prenez la carte 14. Interroger Machin ? Prenez la carte 43. Suspects c’est l’enquête sans stress, sans pression de se planter complètement et de rater quelque chose. Quoi qu’il arrive, toutes les cartes seront vues et seules les conclusions que l’on en tirera comptent, ou presque. On notera un petit système malin, qui permet de comparer deux cartes pour vérifier si une marque se prolonge de l’une à l’autre et faire correspondre, par exemple, une trace de pas et un suspect ou une clé et une porte.

Teubé, or not teubé ?

À la fin du paquet, une enveloppe scellée est ouverte et révèle la solution complète. À moins d’avoir tapé complètement à côté, comment savoir si l’on a été digne d’Agatha ou plus proche de l’inspecteur Clouseau ? Par la rapidité avec laquelle on aura répondu à une série de questions sur la feuille de présentation : sur un tableau, on coche à quel moment on pense avoir trouvé le coupable, l’arme du crime, le mobile, ou autre précision demandée. Moins vous avez vu de cartes avant de répondre juste à une de ces questions, plus vous marquez de points. Encore une fois, pas de pression. Si vous changez d’avis en cours de route, modifiez-le sur ce tableau, mieux vaut marquer moins que pas du tout. Suspects n’est pas un shot de téquila qu’on s’enfile cul sec au bar après une dure journée à la crim’ , c’est une tasse de thé chaud qu’on sirote avant de prendre son poste de brigadier adjoint à Rochefourchat*.

* Commune de la Drôme, la moins peuplée du monde avec… un habitant. Il n’est pas résident permanent et a été élu maire avec 100 % des voix, bravo à lui.

Une tasse de thé chaud qu’on sirote avant de prendre son poste de brigadier adjoint à Rochefourchat.

Une mystérieuse affaire de style.

Avec aussi peu de fioritures et une tension équivalente à celle d’un Matthieu Ricard en vacances sous anxiolytiques, un jeu d’enquête ne repose que sur deux choses : l’ambiance générale et… les enquêtes. Sur le premier point, pas grand-chose à redire, les suspects potentiels sont des archétypes classiques et un peu clichés, mais ils répondent au cahier des charges du thème : membre de la famille jaloux, acteur alcoolique, aucune fausse note flagrante. De plus, les illustrations s’intègrent très bien et dégagent un petit parfum de vieux jersey qui colle parfaitement au jeu. Pour les enquêtes, je serais un peu plus nuancé. Elles sont plutôt bien écrites, pas trop téléphonées ou évidentes, mais présentent deux écueils.

Le prince de frugal.

Tout d’abord — et si l’on vise le score — les choix de départ sont irrattrapables. Si le premier suspect interrogé ou le premier lieu visité se révèlent n’être que de fausses pistes, il devient quasi impossible de répondre assez rapidement pour marquer le maximum de points, or ces premiers choix relèvent un peu du pif. Si l’on joue pour l’histoire uniquement, ça n’a alors aucune importance et vous pouvez découper cette remarque et la renvoyer sous pli affranchi avec l’indication « Perco, tu pinailles, bois un coup et détends-toi » à Canard PC, qui transmettra. Ensuite, et c’est plus embêtant, elles ne sont qu’au nombre de trois*. Vu le prix et le caractère Kleenex du jeu, c’est trop peu. Studio H va bientôt sortir une suite sur le même modèle, ils auraient été bien avisés d’y proposer cinq histoires. J’aurais bien aimé un petit sachet d’Earl Grey dans la boîte aussi, j’en ai plus.

* Quatre si l’on compte « Le cas Mac Guffin », un scénario prologue offert par certaines boutiques ou disponible dans le numéro 132 du magazine Plato.