Genre : gestion
Créateurs : Gérard Ascensi, Ferran Renalias
Illustrateurs : Enrique Corominas, Jared Blando
Éditeur : Iello
Nombre de joueurs : 1 à 4
Nombre de joueurs optimal : 3 à 4
Durée : 1 à 2 h
Complexité : complexe
Surface de jeu recommandée : table de salon
Prix : 70 €
Et j’avais mauvais jeu à être ainsi bémol dans la partie. Parce que la première qualité qu'on peut reconnaître à Lacrimosa, c'est une belle fluidité, réglée comme du papier à musique. À part si on pense à autre chose, il y a peu de risques de tours aussi longs qu’une symphonie, plutôt un petit rythme saccadé. Mais cette considération va plus vite que la musique, alors commençons plutôt par un brin de contexte : le jeu se déroule à la mort de Mozart et son épouse Constance sollicite ses anciens mécènes pour deux tâches. D'une part, rédiger les mémoires du grand homme à partir de souvenirs communs, d'autre part finir son œuvre inachevée, le Requiem.

Compos et combos.

Sacré, musique de chambre, orchestral, vocal… Mozart a composé dans toutes les branches de la musique existant à son époque. Pour l'imiter, le jeu essaie donc d'utiliser toutes mécaniques existant actuellement, ou peu s’en faut. On aura un brin de deckbuilding, des cartes que l’on joue et d’autres qui restent sur la table et qu’on active, une sorte de déplacement d'ouvrier, des objectifs personnels et des majorités… Mais l'ensemble prend facilement sens, car il n'y a au final que quatre axes de jeu. L'achat de souvenirs améliore le deck. On peut aussi parcourir le trajet que Mozart a fait en Europe au cours de sa vie, pour récupérer des tuiles bonus ou des objectifs. On peut acquérir des partitions (sans doute d'occasion puisqu’on les appelle Opus) que l'on fera interpréter pour gagner de l'argent, ou que l'on vendra pour des revenus et des points de victoire. Enfin, on peut participer à la composition des parties manquantes dans le fameux Requiem.

Il faut observer de très près la petite musique de nuisance que l’autre est prêt à jouer.

La principale originalité vient de l'usage des cartes : à chaque tour on en joue deux, une dont on utilise l'action, une qu'on immobilise pour un gain de ressources en fin de manche. Comme on n’a que quatre cartes en main quand on fait ce choix, ce sont des décisions où l’on pèse ce qui rapporte le plus et ce qui risque de nous manquer ensuite. Pour marquer des points, le jeu a deux nœuds essentiels : les Opus et le Requiem. Celui-ci génère une sacrée pluie de points, mais est surtout le principal lieu d’interactions. Ce n’est donc qu’à quatre qu’on pourra éventuellement le quitter des yeux pour jouer plutôt Opus dans son coin.

Concertaunt pour stratégie et frustrations.

Le Requiem, donc, concentre les attentions. À noter que le fonctionnement des majorités ne dépend pas des joueurs en présence. Lorsqu’on y place une ligne mélodique, on choisit lequel des deux compositeurs présents pour la partie on veut embaucher pour ce faire et, en fonction, on pose son jeton sur la face une croche ou sur la face deux croches. En fin de partie, le compositeur qui a été utilisé le plus souvent pour le mouvement obtient la majorité ; s’il s’agit de celui représenté par deux croches, chacun de mes pions de ce symbole rapporte par exemple quatre points, ceux représentant une seule croche, seulement deux points. Or, ce n’est pas un choix que l’on fait simplement dans l’optique de ces majorités. Pour installer un pion, il faut avoir le bon instrument en réserve mais aussi pouvoir s’acquitter du prix de la tuile liée au compositeur souhaité, dont les coûts augmentent au fur et à mesure. Tuiles qui, par ailleurs, apportent un bonus, parfois immédiat, parfois permanent pour la suite de la partie. Les plus chères peuvent alors être celles après lesquelles on court en début de partie pour faciliter sa stratégie.

À trois ou quatre, les places sont déjà disputées, mais il y a plus de façons de se retourner si ça coince, et quasiment assez de voies pour tout le monde. À deux, le jeu peut devenir assez frontal, véritable Assasymphonie lorsqu’on bloque rapidement une majorité alléchante. Il faut alors observer de très près la petite musique de nuisance que l’autre est prêt à jouer, et une carte qui ne monte pas en main dès le premier tour d’une manche pour chiper l’action guignée peut être douloureuse. D’autant que finalement, assez peu de cartes souvenirs et Opus de chaque manche seront accessibles dans cette configuration. Ça peut générer des frustrations mais aussi ouvrir l’opportunité de prendre non pas la carte qu’on voudrait mais celle qui, au moins, a le mérite de bloquer la concurrence, histoire de tester dans quelle tonalité elle grogne.

Académie des Mozart.

L’illustration de couverture façon huile promet du grandiose et le terme « Génie » submerge la règle. Au final, le thème ne déploie pas une logique incroyable qui permette de comprendre instinctivement les mécaniques, mais il fonctionne assez pour ne pas être totalement oublié. Le matériel est au niveau des standards de qualité actuels, qui ne cessent de monter. On y trouve d’épais pions en bois et des plateaux double couche pour y glisser les cartes. Avec quelques dorures, un peu de luxe et son tarif, on peut dire que Iello a réalisé avec Mozart une opé baroque, tout à fait réussie. Ce n'est pas un immense jeu qui fera date, mais il ne donne pas l'impression d'être devant une énième mécanique semblable et inutilement compliquée, et c'est déjà beaucoup.