Le pistolet principal d’Half-Life 2 ? Un Heckler & Koch USP Match. Le plus puissant fusil sniper de GTA 5 ? Un Barrett M107. Quant au premier fusil à pompe de Far Cry 6, il s’agit d’un Baikal MP-133 – mais il est capable de tirer sept cartouches alors qu’il ne devrait pouvoir en contenir que quatre. Toutes ces infos sont disponibles sur l’Internet Movie Firearms Database (IMFDB), un wiki avec presque 30 000 articles, dont plus de 800 dédiés aux jeux vidéo.

Vallée de l’arme.

Sur l’IMFDB, chaque fiche a la même structure : un court résumé de l'œuvre en question, quelques notes générales sur son arsenal et puis, immanquablement, la longue et scrupuleuse liste illustrée de tous les flingues qu’on y trouve, classés par catégorie. J’avais depuis longtemps l’habitude d’y passer en sortant d’un film ou d’une série, pour savoir – simple curiosité, n’étant pas féru d’armes – quel pistolet manie John Wick ou quel fusil à lunette fait tant de merveilles entre les mains de Mike dans Better Call Saul. Mais depuis quelques années, j’ai découvert la section jeux vidéo de l’IMFDB et je dois avouer que j’y fais souvent de petites incursions.

Extrait de la fiche de Wolfenstein : The New Order.
En général, c’est quand j’ai joué à un FPS : j’aime bien savoir si l’arme que j’utilise est fictive ou non, si elle est modélisée fidèlement ou non, si elle a des caractéristiques conformes à la réalité ou non. La plupart du temps, les articles ne sont pas des listes désincarnées ; on y trouve des petites infos, des précisions pour experts ou des anecdotes. C’est comme ça que j’ai appris que le puissant fusil à pompe de Doom est en réalité un jouet en plastique des années 1980, ou que le silencieux de l’Ingram MAC-10 de Left 4 Dead 2 est « le célèbre modèle Mitchell Werbell » et non pas, comme je l’imaginais, un tube en plastique scotché à l’arrache.

Les tâtons flingueurs.

Je trouve ça fascinant d’avoir accès à ce genre de savoir extrêmement spécialisé en deux clics. C’est que si l’IMFDB paraît moins austère que Wikipédia (ses pages contiennent souvent des blagues) et que tous, parmi sa centaine de contributeurs actifs, ne sont pas des experts en armement, ils bénéficient de l’aide de nombreux passionnés d’armes, qu’ils peuvent solliciter sur le Discord de l’encyclopédie. « Quels sont ces trois fusils ? », demande un internaute le 4 octobre, en montrant des captures d’écran floues d’un Call of Duty. « Steyr HS .50 M1, hybride AK + AN-94, ACR .450 Bushmaster », répond sobrement un autre moins d’une heure plus tard.

L’identification n’est pas toujours aussi facile. Les jeux vidéo adaptent souvent les armes réelles en retirant certaines de leurs particularités, quand ils ne contiennent pas des armes fictives qui mélangent plusieurs flingues réels, comme l’imposant revolver d’Alien Isolation, une fusion du Chiappa Rhino 50DS et du Mateba Model 6 Unica, ce qui ne coule pas de source. En revanche, la production d’images d’illustration est beaucoup plus facile pour les jeux puisqu’une simple capture d’écran de l’inventaire ou d’une animation de rechargement donne un bon résultat. « Aujourd’hui, il y a même le mode photo, ou le bouton "screenshot" sur les manettes de PS4 et Xbox One. Alors que dans les films, on est dépendants du cadre, de la lumière et de la vitesse de l’action », explique Dannyguns, un Polonais de 25 ans qui est souvent obligé de se passer les scènes de film image par image pour espérer obtenir une capture à peu près nette.
Extrait de la fiche de Control.
Extrait de la fiche de Splinter Cell : Blacklist.
Extrait de la fiche de Mirror's Edge.

Les vœux revolver.

Dans mes discussions avec les contributeurs, j’ai découvert des profils assez divers : ce sont certes souvent des hommes dans la vingtaine, mais ils viennent d’un peu partout dans le monde, pas juste d’Amérique et d’Europe. « On voit des Sud-Américains, des gens d’Asie du Sud-Est, d’Afrique. Ils mettent des films et des séries télé qui viennent de là-bas, ils expliquent ce qu’utilise leur police locale », raconte Solarriors, un Suisse de 28 ans. Les motivations à contribuer varient elles aussi. Si tous les participants aiment les armes à feu, certains s’y intéressent pour le tir sportif, d’autres pour leur perspective historique, d’autres encore pour leur usage policier plutôt que militaire, sans forcément en avoir une expérience pratique. « Beaucoup n’ont jamais tiré et ont une relation plus numérique aux armes », note Solarriors.

Je m’attendais à ce que les passionnés d’armes soient très critiques de leur implémentation par les développeurs. Au contraire, mes interlocuteurs se sont en général montrés satisfaits des arsenaux de jeux vidéo, à l’exception d’une critique récurrente – visant souvent Call of Duty – sur les armes utilisées par certaines factions alors qu’elles n’y auraient pas accès dans la réalité. « Il y a aussi une très bonne diversité, souligne Andrea, un Italien de 20 ans. On voit souvent des modèles récents et intéressants, ou au contraire des armes plus obscures. Bien sûr, ça manque de réalisme, mais c’est mieux comme ça. Il ne faudrait pas qu’il n’y ait que des fusils d’assaut, des AK et des Glocks dans les jeux vidéo. » C’est vrai. On flânerait moins sur l’IMFDB.