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Genre : gestion, roguelike, survie
Développeur : Walking Tree Games (Allemagne)
Éditeur : Starbreeze Publishing
Plateforme : Windows
Téléchargement : 1 Go
Sortie prévue : NC
Langues : anglais sous-titré en français
Prix actuel : 20 €
Car non content de venir remédier au manque de jeux préhistoriques, The Tribe Must Survive vient également combler l’absence inexplicable de jeux lovecraftiens qui se déroulent à l’âge de pierre, angle mort de la cthulhusploitation massive qui a presque couvert toutes les autres époques, du Moyen Âge au futur lointain en passant par les deux guerres mondiales. Nous voilà donc aux commandes, si l’on peut dire, d’un petit groupe de chasseurs-cueilleurs bien embêtés puisque non seulement ils doivent cueillir et chasser toute la journée, ce qui en soi n’est déjà pas très marrant, mais en plus parce que d’étranges ténèbres se sont abattues sur leur camp. À la nuit tombée, toutes celles et ceux qui s’éloignent loin du feu et osent s’aventurer dans lesdits ténèbres disparaissent, enlevés par une entité maléfique qui se terre dans l’obscurité.
N’étant pas nés de la dernière pluie (et, je l’espère, abonnés à la chaîne Twitch de Canard PC), vous voyez sans doute venir d’ici la boucle de gameplay : il va falloir, contre vents et marées – parfois au sens strict –, maintenir le feu allumé. Envoyer ses petits bonshommes chercher du bois pour le nourrir, chercher de la viande pour se nourrir eux-mêmes, le tout dans l’espoir de survivre le plus longtemps possible. Là où The Tribe Must Survive, qui n’aurait pu être qu’une sorte d’hybride de city-builder et de Don’t Starve, devient intéressant, c’est qu’il ne permet pas de contrôler directement les membres de la tribu. On se contente de bâtir de petites structures, chacune associée à une tâche (cabane de bûcheron pour ramasser du bois, hutte de chasseur pour aller traquer des animaux, tour d’observation pour explorer la carte, etc.) et les membres de la tribu actuellement oisifs vont s’y rendre pour accomplir la besogne associée. Les deux seuls éléments qu’on contrôle directement sont le feu, qu’on peut allumer ou éteindre à tout moment tant qu'on a du bois, et la « corne de nuit », qu’il est vital de sonner pour rappeler la troupe autour du brasier dès que la nuit commence à tomber.

« Il n’y a aucun problème humain qui ne saurait être résolu par davantage de bois », semble nous dire The Tribe Must Survive.

Tu t'es vu sans tribu ?

L’intérêt de ce contrôle indirect, vous vous en doutez car le nom de l’ami Howard Phillips a été mentionné plus haut, est qu’il permet au jeu de nous faire régulièrement perdre le contrôle de la tribu – essentiellement lorsque les choses, pour utiliser le terme un peu technique cher aux game designers, « partent en couille ». Vos petits bonshommes sont en effet bien éprouvés par la situation pourrie qui est la leur, et il en faut peu pour que la situation bascule, comme dans une sorte de Darkest Dungeon revisité par un anthropologue, où la folie ne serait plus individuelle mais collective. Qu’un type reste un peu trop dans le noir, que trop de ses potes soient enlevés par la créature et il risque de devenir fou. Or, un trop grand nombre de fous nuit à la stabilité du village, la mauvaise ambiance et l’agressivité ayant tendance à être contagieuses.

Des événements spéciaux viennent de plus éprouver les nerfs des tribus les plus stables, certains aléatoires (rencontre d’une tribu étrangère que l’on peut soit rejeter, soit intégrer pour gagner de nouveaux travailleurs au prix d’une perte de cohésion du groupe, idées cheloues qui viennent par moments à certains de vos protégés et peuvent les pousser à prendre des risques inconsidérés…) d’autres similaires à chaque partie, comme les catastrophes qui concluent chacun des « actes du jeu » et vont de l’éclipse à l'origine d'une nuit de trois jours à la soudaine crue qui menace d’emporter vos bâtiments.

Je résume : villageois ayant chacun leurs caractéristiques propres (degré de névrose, de sociabilité…), besoin d’organiser la vie spirituelle de la tribu pour calmer ses peurs et assurer sa cohésion, nécessité de garder sous contrôle le niveau d’insatisfaction général pour que de nouveaux vagabonds viennent rejoindre la tribu (et, surtout, que personne ne la quitte)… Tout cela semble assez profond. Sauf qu’en pratique, eh ben, pas tant que ça. Sachez, c’est en tout cas la grande théorie anthropologique unifiée que semble défendre The Tribe Must Survive, que toute la civilisation humaine repose sur la présence d’une quantité suffisante de bois.

Ayez assez de bois et vous pourrez garder le feu allumé, même en journée et ainsi, faire baisser le niveau de folie général de la population (seule la lumière du feu calme les individus terrifiés, pas celle du soleil, allez savoir pourquoi). Vous aurez de quoi traverser l’éclipse sans avoir à envoyer vos bûcherons à la mort dans une forêt obscure et de quoi bâtir les digues qui vous protégeront des crues. Avec assez de bois en stock, vous pourrez vous permettre d’arrêter le travail régulièrement pour organiser des rituels qui garantiront la bonne humeur du clan. À l’inverse, trouvez-vous à court de bois, allumez plus de feux que vous pourrez en entretenir, et tout partira à vau-l’eau très, très vite. « Il n’y a aucun problème humain qui ne saurait être résolu par davantage de bois », semble nous dire The Tribe Must Survive. Ce à quoi on a envie de lui répondre, peut-être, en attendant il faudra songer à équilibrer tout ça d’ici à la sortie d’accès anticipé.

En l'état

Agar le 19 mars 2024
Que ce soit visuellement, par son thème ou son ambiance, The Tribe Must Survive donne envie : ce n’est pas tous les jours qu’un jeu se propose de gérer la vie sociale et spirituelle d’une tribu primitive aux prises avec une entité lovecraftienne. Raison de plus pour regretter que la plupart de ces mécanismes soient peu exploités et que le jeu se résume, pour l’instant, à de la gestion de stocks de ressources.
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