Dandu
le 20 décembre 2021
Un peu avant l'annonce d'Alder Lake, Apple a présenté (et lancé) des MacBook Pro dotés de deux nouveaux SoC, les M1 Pro et Max. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Apple trace une route qui impressionne.
Nous n'avons pas l'habitude de réellement tester les PC portables dans Canard PC Hardware et encore moins les Mac, parce que vous vous en doutez, une bonne partie de nos lecteurs ne s'intéresse pas à Apple. Mais parlons des machines pour commencer. Les MacBook Pro 14 et 16 pouces détonnent par rapport aux précédents : ils abandonnent la TouchBar (un écran OLED programmable), récupèrent des connecteurs disparus (HDMI, lecteur de cartes SD et MagSafe, un connecteur d'alimentation magnétique très pratique) et améliorent pas mal de points, dont l'écran. Celui-ci passe en effet à la technologie Mini LED, ce qui augmente très nettement le contraste et la luminosité. Au lieu d'une bande de LED sur un côté, la dalle est rétroéclairée par des milliers de diodes, contrôlables individuellement. Attention, ce choix peut induire un effet de halo autour des objets lumineux (les sous-titres, souvent) car une LED illumine un bloc de pixels, alors que le microLED et l’OLED éclairent chaque pixel séparément. Visuellement, les deux modèles de Mac sont plus lourds et plus épais que les précédents, un point accentué par un profil beaucoup plus massif et droit. Dans l'ensemble, les machines évoluent dans le bon sens pour les utilisateurs professionnels, qui regrettaient l'abandon du HDMI et du MagSafe en 2016. Notons tout de même un point qui cristallise plus les critiques que le design industriel : l'encoche au niveau de l'écran. Apple a placé cet élément très distinctif de ses iPhone pour ses MacBook Pro, avec une webcam (améliorée) à l’intérieur (mais pas de reconnaissance de visage). Cette encoche est gérée de façon plus ou moins efficace par l'OS, et elle se retrouve dans la barre de menus traditionnelle de macOS. Dans les faits, elle permet d’augmenter la surface affichable tout en gardant une webcam en haut de l’écran (le choix le plus pratique). Qui plus est, elle rend les Mac identifiables très rapidement.
Le CPU peut utiliser la mémoire directement et le débit dépasse largement ce qu’on peut atteindre en grand public.
Le M1 Pro, une évolution intéressante.
Nous en avons parlé abondamment l'année dernière, Apple a une avance certaine sur ses concurrents dans le domaine des SoC ARM, et le M1 Pro montre que c'est toujours le cas. Petit résumé : le M1, lancé à la fin de l'année 2020, couplait quatre cœurs Firestorm (rapide) avec quatre cœurs Icestorm (basse consommation), intégrait 8 ou 16 Go de LPDDR4X sur le SoC (bus 128 bits) et gérait l'affichage avec un GPU maison, basé sur un rendu hérité des PowerVR. Ce GPU contenait sept ou huit cœurs et offrait une puissance équivalente à un petit GPU dédié (2,6 téraflops). Le M1 Pro double essentiellement la puce, pour une augmentation assez nette des performances. La partie CPU passe d'une architecture 4+4 à une 8+2, c'est-à-dire huit cœurs Firestorm et deux cœurs Icestorm. Une variante d'entrée de gamme se contente d'ailleurs de 6+2. Assez bizarrement, Apple garde la même architecture que le M1 et l'A14 (le pendant mobile) alors que l'A15 de l'iPhone 13 contient une version plus récente (Avalanche et Blizzard). Le reste du CPU bouge assez peu : la fréquence est identique (3,2 GHz pour les cœurs rapides). La mémoire cache est doublée mécaniquement (il y a deux fois plus de cœurs) et le cache SLC aussi, il passe de 16 à 32 Mo. En pratique, les performances augmentent un peu, pour une bonne raison : l'interface mémoire est (beaucoup) plus large. Le M1 Pro utilise en effet de la LPDDR5-6400 sur un bus 256 bits, ce qui permet d'atteindre environ 205 Go/s, contre ~70 Go/s sur le M1. La mémoire est évidemment toujours partagée avec le GPU (et unifiée), ce qui amène 32 Go de mémoire vidéo dans l'absolu (en réalité, le CPU en prend évidemment une partie). Ce dernier n'évolue qu'assez peu, comme le CPU : Apple intègre 16 cœurs au lieu de 8 (14 en entrée de gamme), ce qui double de facto les performances (la fréquence est identique). Pour se donner une idée, les 5,2 téraflops placent le GPU au niveau d'une GeForce GTX 1070. Et (encore) comme pour le CPU, le GPU reste sur l'architecture de 2020, alors que l'A15 dispose d'une variante nettement plus rapide. Le gros avantage de la puce demeure une consommation très faible : la partie CPU tire au maximum une quarantaine de watts en charge pour des résultats proches d'un CPU Zen 3 ou Rocket Lake doté du même nombre de cœurs. Le GPU, quant à lui, demande significativement moins que les composants équivalents de Nvidia ou AMD.
M1 Max, la démesure.
Le M1 Max, proposé en option sur les deux Mac, garde la même partie CPU (8+2) mais double encore une fois le GPU, qui passe à 24 ou 32 cœurs (10,7 téraflops, ce que peut développer une RTX 2080 Super). Pour faire bonne mesure, Apple a doublé l'interface mémoire, qui est donc sur 512 bits : la bande passante atteint ~410 Go/s. Le point intéressant, c'est que le CPU peut utiliser cette mémoire directement et que le débit dépasse largement ce qu'il est possible d'atteindre en grand public. Même un Alder Lake en DDR5 ne dépasse pas 75 Go/s. Le M1 Max consomme en revanche évidemment plus que les autres : en charge, il monte à environ 90 W. Les tests montrent qu'il n'y a pas de limite de TDP à proprement parler : la fréquence ne descend que si la température est trop haute, ce qui est rarement le cas au vu des fréquences assez faibles.
Quelques autres améliorations.
Apple a modifié un peu son moteur de décodage vidéo, qui prend en charge le ProRes. Ce codec maison est très utilisé dans le monde professionnel, et le décodage matériel rend évidemment le montage plus simple. Les MacBook Pro sont aussi compatibles Thunderbolt 4, USB 4, et gèrent plus de deux écrans externes (une limite gênante du M1). De même, le contrôleur NVMe interne passe visiblement au PCI-Express 4.0, avec des SSD capables d'atteindre environ 7 Go/s.