Les questions autour de l’écologie, du changement climatique et de notre consommation d’énergie se font de plus en plus pressantes, alors que s'accumulent les rapports annonçant qu’on va droit dans le mur. Parmi les coupables désignés, Internet et nos PC reviennent souvent, mais sont-ils seulement si responsables que cela ?
Les geeks, boucs émissaires de l’écologie politique.
Car une des industries les plus consommatrices de ces énergies fossiles à l’heure actuelle est la production d’électricité dans le monde, encore majoritairement basée sur le charbon. Et un domaine particulièrement consommateur d’électricité se trouve justement être celui qui nous intéresse, puisqu’il s’agit des nouvelles technologies, au sens très large (d’Internet aux smartphones en passant par les PC, TV et autres équipements réseau). Aussi, les nouvelles technologies sont progressivement devenues des sujets particulièrement brûlants en matière d’écologie : regarder Netflix ferait fondre la banquise, ne pas effacer ses mails reviendrait à dégazer en plein océan Atlantique, jouer à un jeu vidéo tuerait des bébés phoques. À mesure que l’urgence climatique se fait sentir, éteindre la lumière et uriner sous la douche ne sont désormais plus suffisants, il faudrait en plus ne plus regarder la TV et éviter de s’envoyer des mails. Pour nous éviter à tous de revenir au pigeon voyageur et de devoir nous divertir en regardant les nuages, il nous semblait donc important de faire un point sur ces affirmations, parfois justes, mais souvent complètement fantaisistes. Parce qu’après tout, ce n’est pas parce que « c’est mort » qu’il faut continuer de faire et dire n’importe quoi.
The Shift Project et la vidéo en ligne.
En juillet 2019, The Shift Project présentait un rapport nommé « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne », dans lequel il épingle notamment la consommation électrique de services comme Netflix, Twitch ou YouTube. The Shift Project, c’est une association française créée en 2010 et qui se donne entre autres missions, selon son site Internet, de contribuer à « gérer la transition vers un monde plus résilient face à la contrainte carbone ». Son laboratoire d’idées (ou think tank, comme on dit dans une vraie start-up nation) s’intéresse donc à différents sujets comme les excès de consommation électrique ou les émissions de gaz à effet de serre, et reçoit notamment des financements de plusieurs entreprises françaises trop heureuses de profiter d’un tel greenwashing, parmi lesquelles Bouygues, Vinci ou encore Alstom. Dans ce rapport, donc, l’association s’intéresse particulièrement à la consommation électrique des différents services de vidéo sur Internet, et surtout à leur impact environnemental. Elle conclut notamment, à l’image de son titre, que la diffusion de vidéos en ligne serait responsable du rejet de près de 300 millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère en 2018, l’équivalent de la totalité des émissions d’un pays comme la France sur la même année. Pour arriver à ce résultat, l'association s’est basée sur les informations diffusées publiquement par des sites comme Netflix, notamment le bitrate, c’est-à-dire le débit de données vers un utilisateur lorsque celui-ci regarde une vidéo, généralement exprimé en kilobits ou mégabits par seconde. Ils en ont déduit la consommation électrique en kWh des fermes de serveurs et ont ensuite utilisé la constante de 0,519 kgCO₂e/kWh (le e pour « émis ») pour traduire cela en émission de gaz carbonique. Précisons que cette constante est issue d’une moyenne calculée par The Shift Project dans un rapport de 2018. Elle se base sur une moyenne mondiale, lissant de fait les spécificités de chaque pays : un kWh en France, où le nucléaire est plus majoritairement utilisé, ne rejettera pas autant de CO₂ que le même kWh aux États-Unis.Tout le monde veut agir pour le climat mais hésite sur les mesures adéquates.
Au lieu de culpabiliser les utilisateurs, prendre le problème des mails à sa source.