Dandu
le 1 avril 2020
| Modifié le le 16 septembre 2021
Le NAS semble être le choix le plus intéressant pour des sauvegardes en 2020, mais il y a tout de même quelques points importants à prendre en compte.
Un NAS, Network Attached Storage, est parfois comparé à un disque dur externe comme ceux présentés dans les pages précédentes. C'est à la fois vrai et faux. Vrai dans le sens ou pour certains, l'usage sera le même : stocker des données. Faux, parce qu'un NAS récent est un ordinateur complet, qui propose souvent bien plus que le simple stockage de données. Il peut lire ou partager des vidéos, télécharger, diffuser de la musique, etc. Les OS modernes offrent la possibilité d'installer des applications, se gèrent depuis un navigateur avec une interface (plus ou moins) accessible, et l'ensemble va bien plus loin que le stockage. Dans le cadre de ce dossier, nous allons nous circonscrire à ces fonctions.
Les baies, le RAID.
L'avantage d'un NAS par rapport à un disque dur externe, outre l'accès en réseau, va souvent être la possibilité de gérer plusieurs HDD. L'entrée de gamme propose deux baies, mais des modèles avec quatre baies se trouvent facilement, et ceux qui ont besoin de beaucoup de stockage peuvent même se diriger vers six ou huit. Dans la grosse majorité des cas, vous devrez installer des disques durs 3,5 pouces, qui offrent une capacité maximale de 16 To actuellement. Si des versions 2,5 pouces existent, elles restent rares : ils ne sont pas compétitifs avec 5 To au mieux dans ce format, et utiliser des SSD pour de la sauvegarde semble irréaliste. Dans un NAS, vous entendrez souvent parler de RAID (Redundant Array of Independent Disks). Arrêtons-nous directement sur une chose : le RAID n'est pas une sauvegarde. Il existe différents niveaux (0, 1, 5, etc.), avec comme but principal (sauf dans un cas particulier comme le RAID0) d'éviter une perte d'activité, mais absolument pas de sauver les données. Le premier mode courant, le 0, consiste à mettre deux (ou plus) disques en parallèle pour obtenir un espace de stockage unifié équivalent à l'ensemble de la capacité, avec des performances élevées. En RAID0, les lectures et les écritures sont réparties sur tous les disques, pour potentiellement multiplier les débits par le nombre de HDD. Il ne doit jamais être utilisé dans un NAS destiné à la sauvegarde : la perte d'un disque implique la perte de toutes les données. Le RAID1 travaille en miroir : les informations sont écrites sur deux (ou plusieurs) disques simultanément. La lecture peut être accélérée (ce n'est pas systématique) et la perte d'un disque n'a pas d'impact direct sur les données. Si le RAID1 est parfois présenté comme une sauvegarde, ce n'est absolument pas le cas : l'effacement accidentel d'un fichier le supprime sur tous les disques. Le RAID5, assez courant dans les NAS, demande trois disques au moins. L'idée, en simplifiant, consiste à répartir les données sur trois supports de façon à pouvoir récupérer l'ensemble avec la perte d'un disque sur les trois en utilisant les données et les informations de parité stockées. La capacité totale est celle de tous les disques moins un (avec 3 disques, vous avez la capacité de 2, etc.). Enfin, les RAID01 et RAID10 combinent les niveaux 0 et 1 avec quatre disques au minimum. Les deux offrent de bonnes performances et peuvent potentiellement supporter la perte de deux disques sur quatre. Potentiellement, car avec quatre disques, deux contiennent les données, deux les copies. Si vous perdez les deux originaux ou les deux copies, tout va bien. Mais si vous perdez un original et la copie correspondante, vous perdez toutes les données. Avec plus de quatre disques, le RAID10 (1+0) offre une meilleure tolérance de panne.
Évitez le RAID5.
Certains tiqueront peut-être, mais le RAID5 devient de moins en moins praticable avec l'augmentation de la capacité des disques durs. La première raison est liée aux performances : la distribution des données passe par des calculs de parités nécessaires à la récupération, et ces calculs demandent énormément de puissance. Sur un NAS basique, surtout si vous activez le chiffrement, les débits en écriture seront faibles à cause du processeur. La seconde vient de l'éventuelle reconstruction. Le RAID5 permet la perte d'un disque dur sur l'ensemble, qui doit – en théorie – être évidemment remplacé rapidement. Une fois le disque changé, le contrôleur effectue une reconstruction, qui consiste à générer les données perdues à partir des informations stockées sur les autres HDD. Et cette dernière affecte les performances globales de la grappe et prend énormément de temps avec des disques durs de grande capacité. D'un point de vue pratique, les chances de voir un second disque dur tomber en panne pendant la reconstruction sont élevées, avec une perte de données à la clé. Sur un NAS milieu de gamme avec quatre baies, une solution à base de RAID10/01 offre une fiabilité plus élevée et de meilleures performances, avec de plus l'avantage de pouvoir survivre (dans certains cas) à la perte de deux disques. La seule contrainte vient de l'espace : le RAID10 offre 50 % de la capacité totale, le RAID5 monte à 75 % dans ce cas.Une solution à base de RAID10/01 offre une fiabilité plus élevée et de meilleures performances.
Les performances des NAS.
Ça peut sembler un peu bizarre, mais un NAS standard sera souvent moins rapide qu'un disque dur externe. La majorité se limite en effet à une connexion Ethernet à 1 Gb/s, ce qui permet en pratique des débits de l'ordre de 100 à 110 Mo/s. C'est l'équivalent d'un disque dur portable basique, et un simple modèle desktop (3,5 pouces) peut atteindre le double. De plus, surtout en entrée de gamme, le passage en RAID5 va réduire les débits en écriture, et la sauvegarde de données implique assez logiquement plus d'écriture que de lecture. Pour ce dernier point, il existe deux solutions : abandonner le RAID5 ou le chiffrement, ou acheter un NAS avec un CPU performant. L'entrée de gamme utilise des SoC ARM, le milieu de gamme des CPU Intel basse consommation (Celeron ou Pentium en architecture Atom), le haut de gamme intègre tout simplement les CPU (ou presque) de vos PC (Core ix, Ryzen, etc.). Forcément, le prix varie énormément en fonction de ce point, tout comme les nuisances sonores et la consommation. Pour les taux de transfert, certains proposent de l'Ethernet à 2.5, 5 ou même 10 Gb/s (~300, ~600 et ~1 200 Mo/s en pratique dans de bonnes conditions) mais ils nécessitent une infrastructure adaptée. Vous pouvez vous référer au Canard PC Hardware n° 39, mais voici un petit résumé. Une carte Ethernet 2.5 Gb/s vaut environ 50 €, un modèle 5 Gb/s s'approche de 100 €, et les variantes 10 Gb/s se trouvent entre 100 et 200 €. De plus, il faudra penser à installer un switch compatible, ce qui alourdira la facture d'au moins 200 €. Enfin, les NAS possèdent rarement du MultiGig en standard et demandent souvent d'ajouter une carte (les mêmes que celles que nous venons de citer). En clair, pour transférer (et sauvegarder) plus vite, il va falloir ouvrir le portefeuille.
Le choix de la marque du NAS et des HDD.
Le marché des NAS est assez large, mais quelques marques sortent du lot, en offrant des modèles avec des interfaces (plus ou moins) accessibles, des mises à jour régulières et de nombreuses fonctions. Il s'agit de Synology (avec le DSM), QNAP (QTS) et Asustor avec ADM. Il existe évidemment d'autres fabricants de NAS (Buffalo, Seagate, Netgear, Western Digital, etc.) mais ils proposent généralement moins de références ou des interfaces moins pratiques. Les plus bricoleurs peuvent aussi tenter de monter un NAS maison en sélectionnant une carte mère, un processeur, des disques durs et un boîtier, mais il faut avouer que l'ensemble sort du cadre de ce dossier. De plus, les personnes qui prennent la peine de le faire ne se posent a priori pas de question sur la meilleure manière de sauvegarder. Le choix de la marque dépendra d'abord de ce que le fabricant propose au niveau matériel, et ensuite de vos affinités avec l'interface. Ces dernières peuvent généralement être essayées sur un site web (demo.synology.com par exemple). D'un point de vue très personnel, nous préférons le DSM de Synology au QTS de QNAP, notamment pour sa facilité d'accès. L'OS de QNAP peut être plus complet, mais il l'est parfois trop et rend certaines tâches plus compliquées. L'autre point qui déchaîne les passions vient des disques durs : il existe trois constructeurs (Seagate, Western Digital, Toshiba) et chaque personne que vous interrogerez vous donnera une marque qu'elle n'aime pas parce qu'elle a perdu un de ses HDD. De façon plus pragmatique, Backblaze – qui utilise plus de 120 000 HDD dans son infrastructure – indique régulièrement les taux de panne des différentes marques, et le dernier rapport montre que les modèles HGST (une marque qui appartient à Western Digital) se situent sous les 1 %, que Toshiba offre aussi une excellente fiabilité et que Seagate se place entre ~1 et 3,3 %, avec quelques références visiblement un peu moins fiables. En pratique, tournez-vous vers des variantes spécifiques pour les NAS, surtout pour un NAS à quatre baies. Ils sont plus onéreux, mais la garantie est souvent plus longue (3 ans contre 2 chez Seagate par exemple) et certains réglages internes améliorent la fiabilité et la résistance aux vibrations. Il s'agit des IronWolf chez Seagate, des séries N Toshiba (pour NAS) et des modèles Red de Western Digital. Deuxièmement, dans la mesure du possible, vous pouvez essayer de vous procurer des disques issus de lots différents pour éviter que la reconstruction après la panne d'un disque amène celle d'un second à cause d'un défaut structurel commun. En théorie, un nombre d'heures d'utilisation trop proche peut aussi provoquer des pannes concomitantes, mais il faut bien avouer qu'il semble assez logique que des disques en RAID possèdent le même nombre d'heures de vol.