Dans le milieu du jeu de plateau, vous verrez régulièrement apparaître des termes barbares tels que « améritrash » ou « eurogame ». C'est que ce petit milieu, à l'instar des amateurs de hard-rock (« nan, de heavy metal, ça n’a rien à voir »), aime ranger les différents styles dans des cases. Sous la bannière améritrash, ainsi nommée en raison de l’engouement qu’il a d’abord suscité outre-Atlantique, se trouvent des jeux bâtis autour d’un thème, d’une histoire sur laquelle on a plaqué les mécaniques appropriées. Ce sont souvent des jeux à figurines, aux règles assez touffues, remplies d’exceptions, d’interactions entre joueurs, et qui n’a pas peur d’accorder une place non négligeable à la chance (exemples tirés de ce magazine : Battlestar Galactica, Zombicide, Descent…). On l’oppose souvent à l’eurogame, héritier de l’école allemande qui se construit, lui, autour de mécaniques et sur lesquelles l’auteur greffe une thématique qui tient davantage du prétexte. Ce genre – également appelé « kubenbois », représenté par des jeux tels que Puerto Rico ou Agricola – se caractérise par une grosse place accordée à la gestion, l’optimisation, l’égalité des chances et une absence (totale ou quasiment) de hasard, d’où son sobriquet de « jeu pour comptable ». On peut également évoquer l’école japonaise, minimaliste tant par tradition que par obligation compte tenu du manque de place dans les habitations nippones, et l’apparition récente du terme « eurotrash », supposé reprendre le meilleur des deux mondes (et dont le Conan dont on parle au-dessus peut être considéré comme un représentant) et qui irrite invariablement les puristes des deux chapelles.