image
image
image
image
Genre : un contre tous, asymétrie, traque
Créateur : Charlec Couronnaud
Illustrateurs : Ann et Seb
Éditeur : Multivers
Nombre de joueurs : 2 à 5
Nombre de joueurs optimal : 5
Durée : moins d’une heure
Complexité : accessible
Surface de jeu recommandée : table de salon
Prix : 40 €
La Bête, jeu de traque asymétrique, est excellent. Successeur sans révolution d’une lignée classique (Lettres de Whitechapel, La Fureur de dracula, le vénérable Scotland Yard…), mais qui a su prendre tout ce qui pouvait exciter dans les sensations de chasse, de battue, de bluff, et laisser de côté ce qui pouvait être long, pénible, inutile. C’est tendu que l’on soit l’un des chasseurs ou le chassé, rythmé du début à la fin. Pourquoi conclure d’entrée ? Parce que les règles sont simples, vous pourrez aller les lire vous-même, et que la meilleure manière de vous parler des sensations qu’il procure est de vous parler de nous.
La Bête prend une résonance toute particulière pour tous les rédacteurs « Jeux de plateau » de Canard PC. Parce qu’il est clairement inspiré de notre vie. Nous aussi, nous avons notre bête, celui qui nous fuit, nous exècre, estime que nous sommes venus polluer ses terres. Nous aussi, nous cherchons cet être insaisissable et empli de fiel, sans jamais savoir avec certitude où il est. Le Gévaudan a sa bête, nous avons l’ackboo.

Vénerie vénère.

Journal d’ackboo, printemps. Ils sont presque sur moi. Je sens le souffle chaud de ces horribles êtres, « les poseurs de pions ». Je les hais, encore plus que je hais les gens. Leur présence m’insupporte autant qu’elle m’excite, car je me joue d’eux. Je les laisse discuter et se positionner. Je me gausse, ils sont si prévisibles ! En suivant les traces de mon parcours sanglant, et en essayant de prendre en compte la distance que je peux parcourir sur mon scooter, ils pensent pouvoir deviner l’étape que j’ai choisie et s’y rendre, pour m’empêcher d’y effectuer un nouveau carnage. Les niais.

Il est fort l’animal ! Sa haine est palpable, son courroux terrifiant.

Je suis déjà reparti vers le sud, d’où je venais, histoire de les prendre à contrepied et de mettre de la distance entre eux et moi. D’abord, cela me permet de faire de gros dégâts le temps qu’ils reviennent ; ensuite, plus il y a de lieues entre nous, mieux je me porte. Ils puent, ils mettent des boîtes partout et – c’est inacceptable – foutent le bordel sur nos bureaux. Enfin, c’est ce qu’on m’a dit, je ne mets plus les pieds à la rédaction, ce serait un move trop évident, je suis plus malin que ça.

Trappeurs sur la ville.

Notes de chasse d’Unt', Tisseur, Kahn et Perco, été. Il est fort l’animal ! Sa haine est palpable, son courroux terrifiant. Il est notre proie, ne peut pas nous faire de mal directement (la couardise sans doute) et pourtant, c’est nous qui serrons régulièrement les fesses. S’il s’arrête là où aucun d’entre nous ne se trouve pour le canaliser, c’est l’horreur. Parfois, il fuit. Parfois, il nous nargue en resserrant son périmètre de chasse. Nous avons une carte, autour de laquelle nous débattons. Vu sa dernière position, va-t-il filer droit vers le gymnase Jacques Secrétin de Malakoff ou bifurquer pour incendier un café-jeu de Joinville-le-Pont ?

Notre plan est aujourd’hui celui-ci : si nous n’arrivons pas à l’empêcher d’agir, il nous faut découvrir et capturer l’identité réelle qui dirige l’ackboo. Avec un tel niveau de colère, il y a forcément du monde dans sa tête. Est-il contrôlé par un Ivan réellement devenu fou, piloté par un développeur de GeoGuessr ou simplement une meute de chihuahuas à lui tout seul ? Chacun d’entre nous a étudié son dossier psychiatrique et sait reconnaître un type de trace, qui correspond à une identité particulière. Le bon enquêteur sur la bonne trace, nous la consignons définitivement. À chaque fois, ça lui fait perdre un peu ses moyens.

Pistage mûr.

Journal d’ackboo, automne. Mon bluff a fonctionné. J’ai utilisé un « pouvoir » pour ça. J’en ai plusieurs, selon la voix qui parle dans mon crâne, pas vous ? Celui-ci me permettait de me déplacer encore plus loin. Du coup, je suis fatigué et je n’ai plus trop la force de faire des dégâts. Au mieux de ma forme, j’arrive à dégommer cinq trucs, des boîtes ou des – comment ils disent ces malades ? – « mipeuuules », bref, tous ces machins de dégénérés. Je les considère comme mes trophées, mes victimes. Là, je vais juste cramer un paquet de cartes et ça ira bien. J’ai laissé une trace – en l’occurrence j’ai craché un molard sur l’un de leurs sacs –, ils vont envoyer l’un d’entre eux la vérifier, le moche là, celui qui est justement spécialisé. La plupart du temps je suis discret ; si je n’utilise pas le pouvoir associé, ils ne savent pas quelle voix est sous la marque que je laisse et doivent décider qui envoyer au pif, ou selon celui qui n’est pas trop loin. Faut pas que j’abuse non plus. Si ces débiles en identifient trop correctement, je l’aurai dans l’os.

Et puis le temps m’est compté. J’ai prévu de prendre ma retraite bientôt, marre de ces conneries. Allez, je me donne douze saisons, douze trajets et j’arrête. Comme je suis un homme de défis, je me suis fixé un but : vingt-cinq victimes. S’ils m’attrapent en identifiant correctement ma bonne trace-identité, ou quatre mauvaises, ou encore si je n’atteins pas mon but, ben… je ne reconnaîtrai pas ma défaite, faut pas déconner non plus. Ils pourront toujours dire qu’ils ont gagné si ça les amuse. Il y a un truc que je n’avais pas prévu. Au fil des saisons, ils se sont fait des alliés qu’ils postent à des endroits fixes, et ça m’emmerde. Comme un maillage anti-ackboo, les petits salopiots ! Ils ne me connaissent pas, j’ai évité le piège prussien mille fois dans les jeux Paradox, je suis dans leur tête et je sais comment les surprendre. Mon intelligence est supérieure, mes idées fourmillent.

Je vais aller chier sur leurs pompes, tiens.