Il est maintenant temps de me l'avouer : je ne suis pas un vieil homme riche et pourtant, plus que tout autre sport virtuel, le golf me fait l'effet de grosses montagnes russes. J'ai parfois l'impression d'y vivre la frénésie d'une nuit au casino où en quelques secondes ma vie peut basculer du paradis à l'enfer et inversement. Clubs, baballes et caddies virtuels me font pousser plus de râles de bonheur et de hurlements énervés que les platformers masocore que je mange au petit-déjeuner. Qu'il s'agisse de Neo Turf Masters (on n'oublie jamais son premier amour), de l'illustre Pangya, de la série Everybody's Golf ou du fantastique Desert Golfing (disponible depuis peu sur Steam pour une bouchée de pain), tous ont avalé des hectoheures de ma vie sans vergogne aucune. Presque impossibles à rater si on ne se plante pas trop sur les règles, les contrôles et la physique, les jeux de golf se ressemblent finalement tous un peu. On choisit un club, on tape avec en faisant gaffe au vent et on regarde la baballe s'élancer dans les airs avant de retomber mollement, tant qu'à faire là où on le souhaite. Cette boucle de gameplay est la même dans quasiment tous les titres du genre et j'y retourne pourtant à chaque fois.

Ça swing dans la cabane.

Car après avoir minutieusement calculé mon coup et frappé le plus précisément possible dans la balle, au moment où cette dernière est propulsée vers les cieux, je deviens nu. À poil. Démuni. Impuissant face à la course de cette sphère blanche qui, maintenant incontrôlable, est seule maîtresse de mes émotions. Le plus fort, le plus puissant, le plus exaltant est bien évidemment le dernier swing avant d'arriver sur le green, le coup de tous les possibles, où l'on se prend à rêver d'un miracle qui ferait tomber la balle directement dans le trou sans passer par le putt. Je ne compte plus le nombre de fois où, privé de toute maîtrise, les yeux injectés de sang et rivés sur mon écran, j'ai regardé ma balle en l'implorant. Poings et mâchoire serrés, fesses légèrement décollées de leur support et grosse goutte de sueur le long du front j'attends, le souffle coupé, comme si ma respiration risquait de dévier mon précieux. J'entre alors en connexion avec ces hommes d'affaires japonais qui, pour oublier travail et famille, passent leurs soirées à regarder tomber des billes dans un pachinko. Ça n'est qu'après ces quelques secondes parues éternité que je peux enfin laisser exploser ma joie et l'accompagner d'un tonitruant « EH OUAIS PUTAIN LÀ VOUS VOYEZ UN PEU QUI C'EST LE PATRON MAINTENANT ? C'EST BIBIMANTIS OK ? ALORS ON RESPECTE ET ON ME SERT UN GIN TONIC ». Même si, pour être tout à fait franc, il m'arrive plus souvent de finir la tête entre les mains en psalmodiant « non non non » entre mes larmes. C'est là toute la beauté du golf virtuel : il suffit d'une erreur de jugement, d'une mauvaise pression de bouton ou d'un vilain coup du sort pour ruiner ou sauver une partie qui dure depuis une demi-heure. Alors Arc System Works, certains de ne pas vouloir tenter le coup ?