Comme Banished, Kingdoms Reborn est un petit city-builder mignon où l'on se bâtit un village prospère. Comme Banished, c'est le fruit d'un développeur solo. Comme Banished, on y joue sans voir les heures passer, jusqu'à ce que le village soit décimé par la famine ou la maladie.

Pour autant, n'allez pas croire que Kingdoms Reborn est un plagiat bas de gamme, comme le honteux Life is Feudal : Forest Village sorti en 2017. Son créateur a fait de nombreux efforts pour se démarquer, avec des idées plus ou moins heureuses. Cela dit, le démarrage d'une partie est tout ce qu'il y a de plus classique. Je pose un petit townhall (non, désolé, le jeu n'est pas traduit en français) au milieu d'une plaine accueillante, j'installe quelques maisons tout autour pour héberger les premiers habitants, et c'est parti pour la farandole productiviste de toute bonne cité médiévale. Le développement du village se fait bien sûr en installant de petites chaînes de production pour offrir aux habitants des biens de luxe, comme des meubles, des vêtements, des bougies ou de la bière. Lorsqu'une maison est correctement approvisionnée, elle passe au tiers supérieur. Son modèle 3D devient plus beau, notre cerveau envoie alors quelques nanolitres de dopamine sur nos récepteurs nerveux ce qui nous apporte, pour reprendre Marie Kondo, une étincelle de joie. Classique.

Quand la neige recouvre le village de son manteau blanc, il faut… surveiller le stock de charbon comme un gros chacal. Sans chauffage, les habitants quittent la ville ou tombent malades, tels les ingrats qu'ils sont.

Même s'il est toujours possible de tomber dans une « spirale de la mort », Kingdoms Reborn est un peu plus coulant que Banished.

OK baby-boomers.

Pourquoi donc jouer à Kingdoms Reborn, au lieu de se relancer un Banished ? J'ai quelques arguments. Par exemple, la gestion des travailleurs est mieux automatisée. Plus besoin de changer à la main, en permanence, le nombre de transporteurs et d'ouvriers de construction, le jeu le fait lui-même très bien – même s'il est possible de passer en gestion manuelle en cas de pépin. Vous avez aussi une difficulté plus raisonnable, sans les impitoyables baby-booms de Banished. Même s'il est toujours possible de tomber dans une épouvantable « spirale de la mort » sans une surveillance attentive de la population et des ressources vitales (nourriture, charbon pour le chauffage, médicament...), Kingdoms Reborn est un peu plus coulant. Et il permet de s'étendre sur un terrain beaucoup plus vaste. C'est presque un continent entier, sur lequel on achète des bouts de terre pour étendre le village et exploiter de nouvelles ressources. Vous trouverez aussi des cités IA sur zone, mais elles sont encore mal implémentées sur cette version anticipée. À terme, on devrait pouvoir commercer avec elles ou se battre à coups de points d'influence (pas de baston façon STR, rassurez-vous) pour leur voler habitants et pognon.

De la belote ? Dans mon city-builder ?

Étrangement, Kingdoms Reborns introduit un système de... cartes à jouer. En bon réactionnaire ronchon, je me suis tout de suite dit que je ne voulais pas jouer à la belote dans mon city-builder. Mais au bout de quelques heures, j'ai dû admettre que le système était plutôt intéressant. Il est en fait très simple : toutes les deux minutes, le jeu vous permet d'acheter, avec l'argent des impôts de vos habitants, des cartes de construction tirées au hasard. Si vous voulez installer, par exemple, un potier, une brasserie, un fabricant de meubles ou un bureau d'immigration, il faut « jouer » la carte correspondante dans votre main. Et cela rajoute une dimension intéressante à l'aspect planification. Cas pratique : si vous manquez de bois et que vous n'avez pas la carte de la cabane de forestier, il va falloir se ronger les ongles de longues minutes en espérant tomber sur la bonne carte au prochain tirage. Du coup, il faut essayer en permanence d'avoir une main « équilibrée », avec les cartes dont vous pensez avoir besoin aussi bien à court qu'à long terme. Un autre avantage surprenant du système est qu'il allège l'interface de Construction. Plus besoin de fouiller le menu « Build », le sous-menu « Food », le sous-sous-menu « Production », pour bâtir une ferme à champignons. Il faut juste cliquer sur une des cartes en bas de l'écran.

Un bon numéro deux.

N'allez pas croire pour autant que je félicite le développeur du jeu pour son interface. Il a réussi plein de choses, mais l'UI mériterait un coup d'éponge avant la version finale. Le HUD est gras et le village constellé d'infos en surimpression (nom de la ville, boutons et icônes flottant au-dessus des bâtiments...) qui ruinent un peu le plaisir contemplatif. De toute façon, Kingdoms Reborn n'a pas le charme champêtre de Banished. Il y a quelque chose dans le piqué de l'image, dans la palette de couleurs, dans l'échelle du village, qui lui donne un aspect cartoon un peu moins gracieux que le jeu dont il s'inspire. Il n'ira donc pas voler à son concurrent sa couronne de Roi du simulateur de village, mais est-ce vraiment important ? Kingdoms Reborn a des mécanismes solides, le jeu est propre, bien programmé, et on peut y passer trois ou quatre heures d'affilée sans regarder la montre.

Kingdoms Reborn | En l'état : Sans danger

| Modifié le 5 mai 2021
Même s'il n'est pas aussi joli que son illustre modèle, que ses champs de blé sont moins impressionnants, ses cahutes moins coquettes, son interface un peu envahissante, Kingdoms Reborn est tout de même un bon simulateur de village à la Banished. Et si vous voulez quelque chose s'éloignant un peu plus de cette formule, je profite de cette dernière ligne pour vous conseiller à nouveau Ostriv, lui aussi en version anticipée très prometteuse.
Quand la neige recouvre le village de son manteau blanc, il faut… surveiller le stock de charbon comme un gros chacal. Sans chauffage, les habitants quittent la ville ou tombent malades, tels les ingrats qu'ils sont.