Genre : exploration
Développeur : adamgryu (Canada)
Éditeur : adamgryu
Plateformes dispo/test : Windows
Langues : anglais
Prix : environ 7 €
Date de sortie : 31/07/2019
Téléchargement : 300 Mo
Développeur : adamgryu (Canada)
Éditeur : adamgryu
Plateformes dispo/test : Windows
Langues : anglais
Prix : environ 7 €
Date de sortie : 31/07/2019
Téléchargement : 300 Mo
Noël Malware
le 26 février 2020
| Modifié le le 13 janvier 2026
C’est toujours rigolo quand on voit ce que les gros studios sont capables de dépenser comme temps, comme énergie et surtout comme pognon pour faire le jeu de l’année, et que le jeu de l’année (dernière, en l’occurrence) se trouve être un truc qui pèse moins de 300 Mo et qui se boucle en moins de deux heures, développé par un type tout seul.
Alors déjà, ouais, désolé, on arrive un peu après la bataille : A Short Hike est sorti en juillet 2019 et, du coup, on a quelques mois de retard. J’ai demandé à Kahn Lusth (vous savez, c’est le type un peu intimidant qui vient au bureau avec une tronçonneuseNote : 1) si ce n’était pas trop grave, il m’a répondu : « Écoute, si le jeu est vraiment bien, ça passe. » Et, en fait, il se trouve que A Short Hike n’est pas simplement « vraiment bien » : c’est un jeu exceptionnel, qui a tapé pile là où il fallait, pile au moment où j’en avais besoin, à tel point que ça m’a semblé un peu fou, comme si le jeu avait été fait pour moi, exactement pour que j’y joue à ce moment-là. Et maintenant, je suis un peu emmerdé, parce qu’il faut vous en parler, et que je n’ai pas tellement envie de le faire, parce que j’aimerais que vous puissiez le découvrir exactement dans les mêmes conditions que moi : sans rien attendre, l’esprit neuf, vide, avec, comme Joe Dassin, le cœur ouvert à l’inconnu et l’envie de dire bonjour à n’importe qui. Du coup, si vous regardez les images et que vous vous dites : « Tiens, pourquoi pas ? », je ne saurais que trop vous encourager à fermer ce magazine (ou cette page internet, si vous êtes moderne) et à télécharger le jeu qui ne coûte que le prix de deux pains au chocolat – pour peu que vous les achetiez dans la boulangerie de Jean-François Copé. Voilà, c’est votre dernière chance avant de comprendre pourquoi A Short Hike est un jeu qui a fait de moi un homme heureux, alors que je n’avais rien demandé.
Note 1 : Mais seulement le vendredi, c’est ce qu’il appelle son « casual friday ».
Note 1 : Mais seulement le vendredi, c’est ce qu’il appelle son « casual friday ».
Jeu du troisième type
Il n’y a que trois types de jeux, paraît-il : les jeux où l’on incarne un type « spécial » qui tire sur des trucs, les jeux qui sont une métaphore de la dépression, et les jeux Nintendo. A priori, A Short Hike ressemble surtout à la troisième catégorie : les jeux Nintendo. Il y a du Animal Crossing là-dedans, avec ses animaux anthropomorphes toujours là pour vous dire un mot gentil ou pour vous donner une petite quête pas bien méchante. Il y a du Zelda : Breath of the Wild également : une île grande comme un mouchoir où, derrière chaque rocher, chaque arbre et chaque cours d’eau se cache la promesse d’un trésor ou d’un coin à champignons dissimulé juste pour vous. Tout, dans l’île de A Short Hike, ressemble à un havre de paix. La vie s’y écoule lentement, à son rythme, les gens s’entraînent pour une course à pied dans la forêt, campent, pêchent ou construisent des châteaux de sable. Et vous, là-dedans, vous êtes un oiseau qui doit escalader la montagne pour utiliser son téléphone portable, en utilisant la même mécanique de grimpette que dans Zelda et en planant, quand vous le pouvez, sur quelques dizaines de mètres, depuis la cime d’un arbre jusqu’au bord de l’eau. Mais tout est un peu trop beau pour être vrai, et c’est le moment où une intuition terrible commence à s’insinuer dans votre cerveau dérangé : et si, sous ses apparences de jeu Nintendo, A Short Hike était en fait un jeu de la deuxième catégorie, et qu’il voulait vous parler de dépression. Oh mon Dieu, non. Par pitié, j’espère que non.
Mes plus belles vacances
Il faut dire que, très vite, ça sent un peu le jeu pour dépressif. Y a un côté « on t’a bien eu en te faisant croire que c’était mignon, mais en fait tu vas voir, tu vas chialer ta race ». Surtout, on se doute assez rapidement que si l’héroïne a besoin d’escalader la montagne pour passer un coup de téléphone, alors qu’elle est en vacances au milieu de nulle part, c’est qu’il y a une bonne raison, et que la raison ne va probablement pas être très drôle. Et c’est là, justement, que je ne voudrais pas vous en dire plus, parce que le jeu est très court. Tout ce que je peux vous dire, et ça ne va pas beaucoup vous avancer, c’est que j’ai vécu dans la vie réelle exactement la même chose que l’héroïne, exactement au même moment et que ça s’est terminé presque exactement, au mot près, de la même manière, ce qui fait que j’ai un peu bloqué sur mon écran pendant quelques minutes, puis que j’ai pris mon blouson et que j’ai dit au reste de la rédaction que j’allais sortir pour faire un tour et repenser à ce que je venais de vivre, à la justesse du propos et à la manière dont ce petit jeu d’une heure et demie venait de me mettre un direct en pleine mâchoire, au moment où je m’y attendais le moins. Et ça, sans parler de dépression une seule seconde, Dieu merci.
L'envie d'y retourner
Bon, il faut aussi que je reconnaisse et que je vous prévienne que l’impact que le jeu a eu sur moi est peut-être lié à cette période un peu particulière que j’étais en train de traverser et que, peut-être, A Short Hike vous emballera à peine plus qu’un petit jeu rigolo, mais sans vous faire grimper aux rideaux. C’est tout à fait possible, surtout si vous n’êtes pas du genre à être séduit par une ambiance champêtre et un propos qui fleure bon les grands sentiments. Mais je serais aussi tenté de dire que A Short Hike n’est pas que ça, parce que le jeu est très réussi techniquement et artistiquement, surtout pour un truc fait par un type qui a travaillé tout seul, mais aussi que les mécaniques du jeu sont impeccables, très simples et complètement tournées vers l’histoire que le développeur veut raconter. Et si j’avais vraiment un seul reproche à faire, ce serait que le jeu est trop court, parce que ça donne vraiment envie de continuer pendant des heures. Mais pour ça, déjà, il y a Breath of the Wild, et surtout, c’est tellement rare, les gens qui ont quelque chose à dire et qui se contentent de le faire sans tourner autour du pot, sans en rajouter, sans en faire des caisses, sans rallonger inutilement une phrase juste pour gagner quelques signes et terminer l’article au bout de la page.
Quand je pense au nombre de jeux comme ça qu’on pourrait faire avec le pognon de Star Citizen, j'ai envie de chialer.