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Genre : jeu de rôle
Développeur : Bioware (Canada)
Éditeur : Electronic Arts
Plateformes dispo : Windows, PS5, Xbox Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 82,6 Go
Date de sortie : 31/10/2024
Langues : français, anglais
Prix : 60 €
Ils sont rares, les jeux de rôle universels, qui plaisent aussi bien aux amoureux de combats tactiques qu’aux fans de parlotte ou de scènes olé-olé. Depuis bien dix ans, à part The Witcher 3 et Baldur’s Gate 3, aucun jeu n’a été capable d’unir toutes les tribus du jeu de rôle. Oui, les tribus, car c’est justement une question tribale qui nous occupe avec Dragon Age : The Veilguard. Voilà tellement longtemps qu’on n’a pas mis les mains sur un Dragon Age (la dernière fois, c’était en 2014) que tout le monde s’est cru invité à la fête. Alors que non : le videur, il a une liste. La liste des fans de Bioware.

À voile et à vapeur

Pour la tribu des Bioware-zouzes, Noël est arrivé en avance. Le 31 octobre, c’était même Noël, Pâques et le 14 juillet empilés, tant ils ont dû être contents de découvrir The Veilguard. C’est bien simple, avec ce Dragon Age, on tient l’un des meilleurs Bioware depuis longtemps. Le scénario commence de façon accrocheuse, en nous faisant recruter un par un les acolytes hauts en couleur avec lesquels on va traquer des divinités malfaisantes par monts et par vaux. Les missions sont certes linéaires, mais on s’y livre à des combats en temps réel de bonne facture et surtout, elles sont l’occasion d’approfondir nos relations avec nos compagnons, toujours en train de bavarder gaiement à nos côtés. Et lorsqu’une quête est finie, on revient avec bonheur à la base pour décorer notre chambre ou discuter avec les autres membres du groupe, parfois même en partant en rendez-vous galant avec eux. Ce n’est pas juste l’un des meilleurs Bioware, mais l’un des meilleurs Mass Effect.

C’est bien simple, on tient l’un des meilleurs Bioware depuis longtemps.

Point crucial pour la réussite de cette formule : le studio est parvenu à atteindre un haut niveau de peaufinage visuel, que ce soit dans les dialogues quasi cinématiques, les personnages finement détaillés, ou dans les décors, qui sont à tomber. D’une variété surprenante, ils passent sans sourciller d’une métropole nocturne à une jungle bordée d’eau turquoise, d’une ruine de château fort sur une falaise à un désert rougeoyant. Avec, à chaque fois, des petites trouvailles comme cette cascade aspirée vers le ciel ou cet incroyable niveau sous-marin au sol de sable fin. Un cadre parfait pour passer des dizaines d’heures à nouer des liens avec un assassin ténébreux, une chasseuse de dragons flamboyante ou une magicienne-détective privé. Vraiment, pour les fans du studio, quel triomphe.
Une apostrophe au milieu de chaque nom : c'est bon, on est bien dans un jeu médiéval-fantastique.

C’est pas comme Fallout 2 !!!!

À l’inverse, d’autres tribus du jeu de rôle risquent de détester. Si, comme moi, vous êtes de l’école CRPG à l’ancienne (qui privilégie la liberté et les systèmes robustes), vous grincerez des dents dès la création de perso, dédiée quasi entièrement au cosmétique et à de vagues choix narratifs. Le caractère linéaire du jeu aussi vous mettra un coup, quand vous vous rendrez compte que The Veilguard n’est qu’une suite de couloirs. Oui, même cette arrivée dans une Venise tentaculaire où l’on doit chercher un mystérieux tueur de mages et où hop, il faut aussitôt suivre un PNJ à la trace – de toute façon les ponts et les rues adjacentes sont bloqués par des gardes, c’est pratique.

Selon la célèbre formule médiévale, « quoicoubeh »

D’abord catastrophique avec son exposition qui dégueule de lore (en répétant tout trois fois pour être sûr qu’on a pigé), l’écriture de The Veilguard s’améliore nettement avec le temps. Le jeu est même arrivé à me proposer des options qui me correspondaient et à créer des moments touchants, malgré une division artificielle entre trois choix de réponses (sympa, très sympa, pas sympa). Mon grief principal reste son besoin maladif d’apparaître comme fun et relax, jusqu’à l’anachronisme : notre perso n’hésite pas à répondre « ouais cool ! », les PNJ dans la rue se donnent rendez-vous pour « manger ensemble plus tard ? » (« Ouais, carrément ! ») et les compagnons se chamaillent sur la façon de préparer le café, pendant que la crédibilité de l’univers agonise au fond d’un ravin.

Votre patience sera aussi mise à rude épreuve par les dialogues pas toujours très inspirés et les petites saillies à la Marvel constamment éructées par nos compagnons pendant les combats, qui m’ont obligé à faire des pauses toutes les heures tellement j’avais la tête farcie de ce babillage. Je sortais de Monomyth et on peut dire que dans l’ambiance comme dans le nombre de solutions aux obstacles, avec The Veilguard on tient l’exact inverse d’une immersive sim.

Dans l’ambiance comme dans le nombre de solutions aux obstacles, on tient l’exact inverse d’une immersive sim.

Bioware sort le grand’voile

En revanche, une autre école du jeu de rôle peut être cliente de ce nouveau Massgon Ageffect : celle des ARPG. Car les séances de bavardage encadrent des missions très orientées action, construites comme une répétition du schéma couloir – arène où l’on se bastonne – couloir – énigme si simple qu’elle en est insultante – couloir – arène. Sauf que, ô surprise, ces combats sont excellents. Le bestiaire ennemi est varié, de la horde de petits mobs irritants aux ogres titanesques en passant par les mages et les créatures-bombes, ce qui offre des affrontements dynamiques, où l’on utilise diverses options offensives tout en donnant des ordres à nos potos via une pause active.

La pause active permet de dire à nos compagnons qui attaquer et quels sorts utiliser, mais on s'en sort très bien sans.
Encore mieux, chacune des trois classes (magicien, voleur, guerrier) a accès à différentes façons de combattre et elles sont toutes intéressantes : comme dans tous les jeux de rôle, le magicien est plébiscité mais j’ai pris beaucoup de plaisir à faire d’énormes dégâts avec l’arc de mon voleur, que j’ai ensuite spécialisé dans de rapides attaques tourbillonnantes avec une épée dans chaque main. En découvrant la mécanique de parade et de contre-attaque un peu technique et très jouissive, j’ai même regretté de ne pas avoir joué un bête guerrier avec une arme à deux mains.
Alors attention, ça reste de l’action-RPG à l’ancienne, avec des caisses en bois à fracasser toutes les deux secondes, des matériaux de craft et des gros coffres au trésor posés au milieu de rien qui contiennent une massue +12 dégâts. Mais quelques petites touches de modernité viennent rendre ça agréable, comme les attaques amorces (à faire exploser avec une attaque détonation) ou l’étonnante feuille de perso en forme de galaxie de compétences, à la Path of Exile. Des qualités qui raviront les amateurs d’action pure et qui, peut-être, dérideront les vieux fans de la licence qui pleuraient son aspect tactique disparu.

Notre avis

Izual le 8 novembre 2024

| Modifié le le 13 novembre 2024

Non, Dragon Age : The Veilguard n’est pas pour tout le monde. Mais quel jeu l’est ? Jouez-y parce que vous voulez discuter avec des compagnons de leurs états d’âme au coin du feu, ou parce que les dialogues ne vous dérangent pas tant qu’il y a de l’action de qualité. Pour un jeu de rôle complexe dans un univers crédible, en revanche, il vaut mieux aller voir ailleurs.
Bioware/10