Dans Gnosia, le nouveau jeu du studio Petit Depotto... Attendez, on arrête tout. Il y a un studio japonais qui s'appelle PETIT DEPOTTO. Comment c'est stylé. Donc dans Gnosia, le nouveau jeu de Petit Depotto... Bon ok, j'arrête, je peux pas. J'ai juste envie d'écrire ce nom à l'infini. Petit Depotto. Ha ha ha. Petit Depotto. Ha ha ha. Petit Depotto. Ça me rend heureux.

Les intelligences artificielles ont-elles le droit d'être artificiellement stupides ? Prenez la plupart de mes collègues quand ils jouent à Among Us, et regardez-les jouer n'importe comment, éliminer un innocent parce qu'il a eu le malheur de bégayer ou bien laisser filer un imposteur parce qu'ils sont incapables d'avoir une mémoire des événements de plus de quinze secondes. C'est pitoyable, c'est ridicule, c'est risible, mais c'est humain. Combien de fois ai-je pesté sur eux, sur leur incompétence crasse, sur leur manque de logique ? Et pourtant, à aucun moment il ne me serait venu à l'idée de penser qu'il y avait un problème structurel chez eux, qu'ils étaient, quelque part, mal programmés. Non. Ils sont simplement stupides, et c'est déjà bien assez triste comme ça. En essayant de proposer une partie d'Among Us pour un joueur solo, les quatre développeurs de Petit Depotto – nan mais sérieusement, ce nom – se heurtent à un autre problème. Une intelligence artificielle n'a pas le droit d'être bête, parce que sa bêtise, qui passerait pour naturelle chez un être humain, semble ici le résultat d'une erreur de programmation. On ne la pardonne pas.

Un loup-garou par minou.

Gnosia met en scène plein de parties d'Among Us qui s'enchaînent sous forme de boucles, c'est-à-dire qu'à chaque partie terminée, qu'elle ait été remportée par l'équipage ou par les imposteurs (ici appelés « Gnosia »), les 15 personnages remontent dans le temps et recommencent, à l'infini. Au concept d'Among Us – un équipage bloqué dans un vaisseau spatial et plusieurs imposteurs parmi eux qui essaient de les éliminer l'un après l'autre, entre deux phases de votes où l'équipage choisit de cryogéniser quelqu'un –, Gnosia ajoute d'autres règles qui ne dépayseront pas les joueurs du Loup-Garou de Thiercelieux. Il y a donc les membres de l'équipage mais aussi les Gnosia qui décident chaque nuit de tuer un personnage ; un ingénieur qui, chaque soir, peut inspecter l'un des membres pour savoir si c'est un humain ou un Gnosia ; un médecin qui peut scanner le corps du dernier personnage cryogénisé ; un ange gardien qui, chaque nuit, peut protéger un personnage d'une attaque de Gnosia ; un adepte qui est un humain souhaitant la victoire des Gnosia ; et un bug dont le seul but est de rester en vie quand l'un des deux groupes, humain ou Gnosia, aura gagné. Ça fait beaucoup, mais chaque rôle est amené progressivement, au fil des parties, et tout devient assez simple, assez naturel, à mesure que les boucles s'enchaînent. Et bien entendu, autour de tout ça, il y a un visual novel : chaque boucle est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur l'un des personnages, sur la véritable nature des Gnosia, sur les raisons de ces boucles temporelles et sur ce qu'il faudrait faire pour que tout prenne fin.

Le véritable but du jeu, c'est de débloquer toutes les informations sur les personnages.

Un soupçon de soupçons.

D'une manière extrêmement intelligente et originale, Gnosia mêle donc deux jeux : d'une part, les parties d'Among Us en solo, et d'autre part un visual novel qui sert de fil rouge et donne une raison pour continuer encore et encore. Sur le papier, c'est probablement l'une des meilleures propositions qu'ait pu faire un visual novel depuis longtemps. Dans la réalité, malheureusement, il y a au moins deux choses qui ne marchent pas. La première, comme je l'expliquais au début, c'est qu'on pardonne moins la stupidité d'une intelligence artificielle que celle d'un être humain. Dans l'ensemble, le boulot réalisé par Petit Depotto est assez impressionnant. Neuf fois sur dix, les membres de l'équipage votent intelligemment, soupçonnent les bonnes personnes et donnent très bien l'illusion d'avoir une personnalité. Le souci, c'est que parfois, assez peu souvent, ça ne fonctionne pas. Les personnages s'entêtent à croire quelque chose qui n'a aucun sens, à soupçonner un autre personnage puis à dire que c'est leur meilleur ami dans la phrase suivante. En réalité, ce n'est pas si gênant : je suis sûr que si j'avais su que derrière ces intelligences se cachaient de véritables joueurs, leurs errances logiques ne m'auraient pas frappé. Mais là, il s'agit de robots, et je n'arrive pas à me détacher de cette impression qu'il y a quelque chose, dans leur logique, qui ne colle pas toujours.

Humain, après tout.

En soi, je chipote un peu. Pour un jeu qui prétend prendre un concept qui ne fonctionne qu'à plusieurs pour le transposer dans un mode solo, Gnosia s'en sort plutôt très bien. Le deuxième problème, beaucoup plus gênant, c'est la longueur et la lenteur du titre. Pour avoir le fin mot de l'histoire, il faut plus d'une centaine de boucles à explorer tous les rôles et tous les personnages. En gros, c'est une vingtaine d'heures et, facilement, quinze de trop. Au fil des parties, qui s'enchaînent et se ressemblent, le concept d'Among Us commence à tourner en rond. On finit par comprendre comment fonctionne l'intelligence artificielle mais ça n'a plus d'importance : de toute façon, on ne cherche plus à gagner ou à perdre, mais juste à pouvoir tirer trois phrases d'un personnage en particulier, puis à mourir pour recommencer avec le personnage suivant. C'est dommage, parce que le concept de Gnosia est vraiment très intelligent, original et bien exécuté. Si les développeurs avaient su trouver un moyen de briser la monotonie des parties qui s’enchaînent à l'infini, ou s'ils avaient décidé de tronquer le tout pour ne garder que l'essentiel, Gnosia aurait pu être l'un des visual novels les plus frais depuis longtemps. Malheureusement, au final, il s'agit davantage d'une curiosité que d'un concept bien abouti.

Gnosia | Notre avis : 6

| Modifié le 11 mai 2021
L'idée d'un Among Us solo mâtiné de visual novel était vraiment bonne, et plutôt bien réalisée. Dommage que les parties de Gnosia soient si répétitives et monotones, pour un résultat qui met si longtemps à venir.
Le véritable but du jeu, c'est de débloquer toutes les informations sur les personnages.
Malgré son manque de moyen, Gnosia s'en tire avec des jolis dessins.