Développeur : Warhorse Studios (Tchéquie)
Éditeur : Deep Silver
Plateformes dispo : Windows, PS5, Xbox Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 100 Go
Date de sortie : 04/02/2025
Langue : français
Prix : 60 €
| Modifié le le 13 février 2025
Le modeste studio tchèque Warhorse avait rendu en 2018 un premier jeu ambitieux mais (très) imparfait. Depuis, fort du succès rencontré (huit millions de copies écoulées) ses effectifs et ses moyens ont gonflé, et Kingdom Come : Deliverance II porte cette même volonté de proposer une « simulation médiévale » à la première personne dans la Bohême du XVe siècle. Nous l’attendions donc au tournant, tels des bandits de grand chemin.
La vassale défaite
Du côté des huiles, Sigismond, l’usurpateur du trône, est toujours là. Mais il commence à perdre patience devant les tergiversations des seigneurs qui hésitent encore à prendre son parti face au roi Venceslas (dit « l'ivrogne », si j’en crois l’historien romain Wikipedius). Et notre petit Henry, au milieu de ce marasme de coups bas et d'embuscades non conformes à l’idée qu’on se fait d’une guerre honorable, rêve toujours de vengeance. Il a peut-être oublié comment tenir une épée, mais, tel un Batman médiéval, il rêve toujours du meurtre de ses parents, perpétré par un sous-fifre de Sigismond. La moustache de Lorànt Deutsch vous le dira : pendant le Moyen Âge tardif, la vengeance se mange particulièrement froide.La Tchéquie ne peut pas rêver plus bel office du tourisme.
Intrigue à terroir
Longuet, ce début d’article ? Oui, le jeu a usé de mon temps sans vergogne, alors je me venge sur vous. Désolé, mais c'est la loi féodale : la fange ruisselle. Alors on ne va pas se presser, hooo non. Asseyez-vous, l’ami, et goûtez moi cette bière de Skalice. Regardez ces paysages, beaux à en tomber le cul dans l'auge. On dirait que le Bon Dieu a guidé la main des artistes de Warhorse. Je ne vous parle pas de l'onctuosité de la boue ou de la texture des pétales, mais plutôt de l’agencement extraordinairement naturel de la nature, justement. La façon dont les chemins se croisent, le dénivelé d’une forêt, l’érosion d’un talus, la répartition des graminées autour de la ramure d’un chêne. La campagne fait si peu « jeu vidéo », qu’on croirait le rhume des foins sur le point de nous prendre. La Tchéquie ne peut rêver plus bel office du tourisme.L’histoire du Moyen Doublage
Sur les réseaux sociaux, Daniel Vàvra, directeur créatif du studio, s’est vanté de la taille du script de KCDII, équivalent à 11 000 pages, soit 2,2 millions de mots (le premier opus en comptait 800 000). Ça fait beaucoup. Voilà. Ah, pourquoi je vous dis ça ? Parce que, face aux mauvais retours des premiers testeurs, l’éditeur a annoncé, à une semaine de la sortie du jeu, que le doublage en français allait être entièrement refait, et implémenté dans deux patchs, dont un le jour de la sortie. Ça en fait, des mots à prononcer par jour, même avec beaucoup d'acteurs et beaucoup de salive. J’ai effectivement pu entendre, surtout chez des personnages secondaires, des tirades peu incarnées, débitées par des acteurs qui n'avaient visiblement pas les yeux sur l’écran de jeu. Un urgent « Protégez sa Seigneurie ! » perd un peu de sa superbe, quand il est lancé avec la conviction et l’intonation du guichetier de la mairie qui vous demande votre pièce d’identité.
André Maraud
Après s’être rincé les mirettes sur les ondulations lascives des champs et la sinuosité coquine des chemins forestiers, et si on s’y mettait ? Hein ? Vous voulez vous battre ? HA-HA-HA, pauvre fou. On est dans Kingdom Come ici, pas dans Skyrim, alors tu ranges tes Fus Ro Dah, et tu commences par te trouver des bottes étanches. Dans le Saint Empire, le bon Dieu n’accorde l’aventure qu’à celui qui aura pelleté sa part de Sainte Merde. Porté sa part de sacs de farine. Servi ses tables à l'auberge. Cueilli les plantes de la vieille herboriste. Forgé un fer à cheval. Retrouvé un chasseur ivre. Porté à l'équarrissage des cochons gonflés de putréfaction. Et si tu ne veux pas en plus te faire insulter dans chaque bourgade, pense à te laver. Et à manger, mais pas trop, sous peine d’un malus de stats. Et à dormir, mais dans TON lit, sinon ça s’appelle du vagabondage, et c’est un délit.Un paysan vous dénonce s’il manque un slip dans son armoire.
Reste cool bébé, sinon je dirai « bailli, bailli ! »
Dans un monde deux fois plus grand qu’en 2018, vous devez toujours affûter votre épée manuellement, pendant une minute, à l’aide de la souris et de la barre d’espace. Tenir une torche la nuit dans les lieux habités, sous peine d'amende. Votre cheval vous jette à terre si vous le faites galoper au-delà de sa jauge d’endurance. Vous vous videz de votre sang, au milieu de la forêt, après avoir sauté d’un rocher un peu trop haut. Un paysan, même s’il ne vous a pas pris en flagrant délit, vous dénonce s’il manque un slip dans son armoire, parce qu’il vous a vu rôder dans sa cour la veille au soir. Pas sot, le péquenaud ! Ici, chacun arbitrera entre les mécaniques fastidieuses qui relèvent du « réalisme », et ce qui tombe dans le manque de respect pur et simple de son propre temps libre.
Tchèque Norris
Le système de combat, toujours sans pitié, intègre une nouveauté touchée par la grâce : le timing des parades est indiqué, dès le début, par de petites icônes. Si maîtriser les combos à la pointe de la souris demeure une véritable vocation (à ce niveau-là, inscrivez-vous plutôt à l'escrime), le bretteur de bac à sable pourra s’en sortir en jouant la riposte. Sans panache, oui, mais vivant ! Sauf dans le cas où plusieurs ennemis vous attaquent en même temps, voir conditions en magasin.
Croiser l'enfer
En effet, triste héritage, le jeu n’est hélas pas toujours volontairement pénible. J’ai juré dans des combats que même Obélix trouverait brouillons : le trois contre un, c’est pas très noble. Quant aux joutes dans les endroits exigus, imaginez-vous manier une hallebarde dans une caravane. J’ai crié à l’injustice quand, à l’issue d’une chiquenaude, un garde de la ville et allié m’a arrêté pour l’avoir « mis en danger ». On manie l’épée comme des demis de mêlée, pardon si ma lame a effleuré tes cheveux ! J’ai hurlé à la lune de rage face aux PNJ que je tentais d’extraire discrètement de leur prison, et qui s'entêtaient à foncer sur les gardes quand je leur ordonnais de ne pas bouger. Si vous êtes épuisé par la seule lecture de ce texte, vous avez déjà fui très loin, à raison. Pour les autres (oui, toi qui pratiques le cosplay médiéval le dimanche), on continue.