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Genre : narratif et mignon
Développeur : Studio Tolima (Belgique)
Éditeur : Dontnod
Plateformes dispo : Windows, Linux (Steam OS), PS5
Plateforme test : Steam Deck
Téléchargement : 800 Mo
Date de sortie : 01/04/2025
Langue : français
Prix : 18 €
Je suis peut-être sans cœur, mais j’en ai assez de voir des histoires mignonnes dont le gameplay laborieux me sort du jeu à chaque étape, et je ne dis pas cela parce que je viens de finir Dordogne. Je suis aussi une snob qui attend un peu plus d’un jeu que de simplement être beau sans rien avoir à dire. On pardonnera donc ma méfiance en lançant cette « histoire d'amitié touchante entre vous et un chiot au cœur d'une forêt enchantée » (c’est eux qui le disent). Alors oui, il a une jolie DA et des décors faits à la main par des petits artistes même pas biberonnés à l’IA, mais j’ai beau aimer cette denrée qui se fait rare, il en faudrait plus pour me captiver.
Ça tombe bien, puisque la première bonne idée du Studio Tolima, dont c’est le premier jeu, a été de bien saisir l’importance des premières impressions. Vous commencez donc dans sa forêt enchantée mais un peu tristoune, incarnant une petite créature humanoïde qui, très vite, rencontre le fameux chiot avec lequel l’amitié touchante est censée se former. Dès le début, les fondamentaux sont posés : toute la phase de tutoriel se fait de façon à la fois élégante, pédagogue et intuitive, sans un mot ni une bulle d’explication, juste quelques commandes (on n’utilisera jamais que le A et le B de la manette) et des déductions contextuelles. Loin de nous sortir du jeu, le tutoriel est déjà le jeu, et l’ambiance est établie pour le reste de l’aventure. Voilà pour le premier pilier : l’absence de paroles et la simplicité avec laquelle on comprend chaque scène.
Ces bulles seront ce qui s’approchera le plus d’un dialogue durant tout le jeu : épuré au possible.

Un tiens vaut mieux que deux Koira

Le second pilier, et pas des moindres, c’est que le jeu sera musical – je ne parle pas de challenge effréné mais du fait que la musique est le vrai langage du jeu. Le chiot, en guise d’aboiement, envoie des notes de musique, auxquelles nous répondons en retour avec les nôtres, créant ce qui sera, pour toute l’aventure, notre thème musical rien qu’à nous. Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, chaque nouveau personnage rencontré aura son thème et même son instrument à lui : les sangliers imposants et leur bruit de basson*, les papillons éthérés et leur boîte à musique. Des cymbales expriment notre colère incontrôlable, des petites notes de harpe traduisent la joie primaire ressentie en glissant sur la neige avec notre adorable compagnon.

* L’identification approximative des instruments n’engage que mon oreille musicale défaillante.

Il y a du Pierre et le Loup dans Koira – ce conte musical pour enfants de Serge Prokofiev, allégorie intemporelle et bel outil pour découvrir les nuances de la musique. Assumant cette identité, ce choix de refuser tout écrit et toute parole, le jeu parvient à raconter une histoire extrêmement simple – deux êtres innocents fuient de cruels chasseurs et tentent de guérir la forêt en étant aidés par ses habitants – et à la rendre intéressante. Toute en émotions, elle nous parle d’injustice, de colère, d’empathie, des retranchements auxquels la cruauté subie nous pousse. Sa forêt triste a des airs de film de Miyazaki et son chiot adorable rappelle que depuis God of War (2018), soit depuis The Last of Us, soit depuis Ico, tout le monde sait que rien ne nous émeut plus en jeu que d’être responsable d’un petit être fragile et plus pur que nous.
Regardez-moi cet apprivoisement musical et dites-moi que vous n’êtes pas en train de fondre.
Vous ne pouvez pas comprendre l’affection que je ressens pour cette famille de sangliers.

Koira bien qui Koira le dernier

Mais si Koira est parvenu à me tirer quelques larmes et à faire sortir la madeleine cachée dans mon petit cœur aigri, c’est aussi parce qu’il n’oublie pas d’être un jeu. La pédagogie dont son tutoriel faisait preuve ne se dément pas, et c’est là, je pense, sa véritable force, qui lui permet de sortir un peu au-dessus de la masse des jeux touchants-et-joliment-dessinés du marché. Sur le papier, il avait tout pour m’irriter : en apprenant que j’aurais droit à des énigmes et à des phases d’infiltration, j’ai frissonné d’avance en repensant à de trop nombreuses expériences pénibles et punitives dans des jeux qui n’étaient pas faits pour cela. Il n’en est rien. Koira est facile sans me prendre pour une imbécile : il n’explicite rien, comptant sur mon intelligence et sur sa clarté pour que la solution me vienne d’elle-même en tête.

Et c’est là toute la différence dont j’avais besoin. J’étais fière de résoudre chaque scène, car on ne m’avait pas prémâché le travail et en ayant fait mes propres déductions, je n’avais jamais peur de la suivante, car le jeu était toujours lisible, dans la construction des niveaux, la présentation des indices, la logique évidente. Je n’ai jamais été bloquée, jamais pesté, mais je n’ai jamais eu l’impression, non plus, que les scènes étaient si faciles qu’elles étaient des prétextes parce que quelqu’un avait eu peur de se contenter du narratif. Et puisque mes cinq heures de jeu ont toujours été fluides, j’ai pu verser tranquillement quelques larmes d’émotion et me sentir bien contente d’avoir eu tort en jugeant trop vite cette histoire d’amitié touchante dans une forêt enchantée.

Notre avis

Kabouka le 14 avril 2025
Koira ne révolutionnera rien, mais il ne vous fera pas non plus perdre votre temps, et si l’idée d’une histoire adorable avec des animaux mignons et une musique enchanteresse vous fait envie, alors foncez. Vous aurez exactement ce que vous souhaitiez et ce sera très bien fait.