Genre : tactique, run & gun, roguelite
Développeur : Leikir Studio (France)
Éditeur : Dotemu
Plateformes disponibles : Windows, PS4/5, Xbox Series, Switch
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 1,07 Go
Date de sortie : 05/11/2024
Langues : anglais, français
Prix : 25 €
Développeur : Leikir Studio (France)
Éditeur : Dotemu
Plateformes disponibles : Windows, PS4/5, Xbox Series, Switch
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 1,07 Go
Date de sortie : 05/11/2024
Langues : anglais, français
Prix : 25 €
Perco
le 29 novembre 2024
| Modifié le le 16 décembre 2024
Tout n’était pas rose pour les ados dans les années 1990. Sauf pour Jean-Benoît évidemment, ce gros bourgeois qui avait une Neo-Geo AES dans sa chambre, mais n’invitait jamais personne. Je te hais toujours Jean-Benoît.
Car, pour nous autres, fils du peuple, damnés de l’arcade, la seule solution pour jouer à Metal Slug était d’y jouer sur Neo-Geo MVS. La différence ? Pour jouer sur une borne JAMMA dans nos lieux de perdition favoris, il fallait une provision de pièces de 10 francs (l’horrible rapport temps/prix pour une pièce de 5 francs les réservait aux temps de disette). Notre addiction était en grande partie due à Metal Slug. Si beau, si bien animé, le run & gun de SNK était un appeau à argent. Je ne vous raconterai pas comment je thésaurisais, l’été, la somme qui me permettrait de financer un an de parties sans trop empiéter sur le maigre salaire de mes parents malades et mineurs à la mine. Sachez simplement que cela implique de vieux messieurs, moi en slip, une substance gluante et des balles de golf *. Jouer à un nouveau Metal Slug sur mon PC, c’est une revanche sur la vie. Comment ça « Tactics » ?!
* Authentique.
* Authentique.
La fonce, tu l’aimes ou tu la quittes !
Leikir et Dotemu ont osé toucher à mon gameplay pur run & gun, que dis-je, le souiller ? Transformer ce qui était beau en un vulgaire tour par tour sur cases, genre dont nous n’avons plus besoin depuis que Into The Breach est arrivé et a plié le game ? C’est ma jeunesse qu’on assassine. Trois personnages à choisir pour former une escouade et partir défourailler dans de toutes petites cartes à l’isométrique, et sous forme de roguelite en plus ! Misère.Des runs d’une à deux heures, dans quatre environnements maximum, avec trois cartes à choisir sur un petit plan dans chacun, choisissant sa route selon les récompenses que l’on vise (munition, upgrade d’armes, expérience, pouvoirs, etc.). Mais voilà LA bonne surprise : oui, le studio Leikir a réussi à trouver un moyen de faire du tactical où il est nécessaire de courir avant de tirer. En gros, il faut beaucoup réfléchir à la manière dont on va foncer dans le tas.
Il n’y a pas de gros bugs, probablement pour laisser plus de place à tous les petits bugs qui polluent encore le jeu.
Cours Forest, cours !
Rester immobile, c’est mourir. L’idée de transposition de gameplay est simple, mais troublante : chaque déplacement donne de l’esquive et de l’adrénaline, en fonction de la distance. L’esquive est une armure pour le tour, l’adrénaline une jauge de mana pour les pouvoirs. De plus, chaque tir enclenche une « synchronisation » avec les autres personnages à portée de la cible, qui défouraille gratuitement un coup de plus. On se déplace, mais pour se placer, comme un footing-puzzle. Un footing-puzzle que l’on ferait tout en résolvant un Rubik's Cube, car les capacités passives ou actives cassent les règles, combottent et permettent, au bout d’un moment, de constater que la limite « un déplacement et une action par tour » est devenue un enchaînement de vingt frags dans ce tas de pixels.Et ce tas de pixels est très joli. Ça transpire l’amour pour la licence dans tous les coins, des références au sound design, tout bouge et s’anime comme à la grande époque SNK. Même l’histoire est un hommage, et challenge les plus grands auteurs de sagas romanesques, avec une verve sans pareille. J’ose la résumer : le méchant Général Morden il est revenu, il faut le rebattre. Pour être honnête, les histoires et interactions entre personnages – dont six sont déblocables – font un effort dont la série d’origine se souciait encore moins.
Ça sent le Marco Rossi
Il n’y a pas de gros bugs, sans doute pour laisser plus de place à tous les petits qui polluent encore le jeu : des objectifs qui ne se valident pas, des bugs visuels amusants, mais persistants, des pouvoirs qui ne marchent pas sur un run, etc. Certains choix, en revanche, sont moins évidents à pardonner. Pourquoi ne puis-je pas tirer depuis les hauteurs ? Pourquoi les couvertures fonctionnent dans les deux sens, au mépris de ce que je vois ? Rien n’est grave, mais dans un jeu à la difficulté corsée (et c’est vite le cas) ce sont autant de graines de rage.Avec sa pelletée de contenus à débloquer, ses kits d’armes au feeling très différent, ses secrets à découvrir, pourquoi suis-je pourtant sûr au bout d’une trentaine d’heures que ce Metal Slug Tactics n’atteindra pas le soleil qu’est Into The Breach ? Je me suis longtemps posé la question. Les véhicules iconiques, les Metal Slugs et Slugnoid, pas assez bien intégrés ? Sa courbe de difficulté mal dosée et trop âpre au démarrage ? Ses boss énormes et merveilleux, mais trop peu nombreux ? Ses infobulles en police 8, qui le transforment en test oculaire sur portable, alors qu’il semblait taillé pour le Steam Deck et la Switch ? Non. Enfin si, mais pas que.
Limace Effect
Ce ne sont que des symptômes. Le fond de la maladie, c’est la lisibilité globale du champ de bataille et la prédictibilité des tours à venir. Tout est pourtant bien là, mais avec des imperfections qui engoncent le cerveau. Le titre de Subset Games avait défini un mètre étalon dans ce domaine, on n’y est pas ici.Reste un excellent rapport qualité/prix, jusqu'à 30 à 40 heures dans un joli pull rétro retrouvé dans un placard, qu’on adore même s’il gratte un peu et bouloche par endroits. En cela, il n’est pas du tout fidèle à son inspiration, qui m’a racketté le PIB d’un petit pays il y a trente ans et me coûte encore cher aujourd’hui, en séances chez le psy pour parler des vieux messieurs, de mon slip bleu et de balles de golf.
Comme Wonder Boy : The Dragon’s Trap, Streets of Rage 4, ou Windjammers 2 avant lui, Metal Slug Tactics prouve que les frenchies n’ont pas leur égal pour ressusciter les licences mythiques de l’arcade des années 1990. Même en prenant des risques, comme ici en modifiant le cœur du gameplay, ils retombent sur leurs pattes avec talent. Mais les jointures qui dépassent, la rigueur assez mal dosée et de petites finitions qui coulent ne lui permettent pas de se hisser au rang des plus grands.