Caprice à deux
Je me cache sous mon bureau et tente de réduire mon souffle à un imperceptible filet. Ellen Replay rôde ou, plus exactement, elle traque. Lors des Game Awards, de belles choses étaient révélées : Ninja Gaiden Ragebound, l’EA de Slay The Spire 2, le DLC Dave the Diver : In the Jungle, The Witcher 4 dans les bottes de Ciri, le futur Fumito Ueda, un nouveau Onimusha, Mafia : The Old Country, et une flopée de « 2 » excitante (The Outer Worlds 2, The Long Dark 2, Okami 2). Et puis le drame, Hazelight Studios révèle son prochain jeu, formule It Takes Two (qu’elle avait UN PEU aimé). Split Fiction est, encore, pensé pour deux et arrive le 6 mars. Elle cherche un futur comparse et les autres rédacteurs – plus expérimentés – ont pris des RTT. Je suis seul, elle s’approche. Je hurle : « Y a un stand-alone Elden Ring : Nightreign qui arrive, tu joueras à ça, laisse-moi ! » Son sourire devient carnassier, elle approche de mon oreille et murmure : « C’est un stand-alone coopératif. » P.
Version anticipée : une chance sur trois de se faire entuber
Sur Reddit, l'utilisateur GamerOfPassionBlog a posté une petite étude intéressante concernant les jeux en early access. Il a analysé les données publiques de Steam et s'est focalisé sur un type de produit en particulier : les versions anticipées apparues sur la plateforme entre 2013 et 2023, ayant reçu plus de dix critiques. De ces 10 141 jeux, il sort des chiffres suivants : 60,6 % sont aujourd'hui disponibles en version 1.0 (tout va bien), 6,1 % sont toujours étiquetés early access et ont été mis à jour dans l'année (OK, ça bosse), et le reste... a soit été retiré de la vente (6,9 %), soit n'a bénéficié d'aucune mise à jour depuis douze mois (26,3 %), ce qui laisse penser que les développeurs ont lâché l'affaire. Statistiquement, si vous achetez un jeu en version anticipée sur Steam, vous avez donc une chance sur trois de ne jamais en voir la version finale. Un chiffre bonus : seuls 21 jeux sur Steam sont toujours mis à jour alors qu'ils sont en early access depuis plus de dix ans – dont le célèbre Project Zomboid, évidemment. A.
Squadron 42 : une date de sortie gravée dans le marbre de Steam
Il y a des choses qu'on ne s'attend pas à lire. Par exemple : « Le gouvernement prend une mesure pour taxer les ultrariches ». Ou « Kocobé vient de démarrer une partie de Hearts of Iron IV en mode Ironman avec 25 mods hardcore ». Mais là, c'est encore plus surprenant, je viens de lire que « Squadron 42 a sa page Steam ». Oui, madame, une vraie page Steam apparue le 10 octobre, et même qu'il y a une date de sortie pour le second trimestre 2027. Rappelons que si Squadron 42 n'est pas arrivé en 2026, c'est parce que Chris Roberts voulait éviter, selon ses termes, la « tronconneuse » GTA VI, qui risque de monopoliser l'attention au détriment de son petit jeu indé à un milliard de dollars. Nous attendons avec impatience son excuse pour 2027. Je parie sur une attaque de ninjas ou un nuage de sauterelles. Quoi qu'il en soit, ça nous fera bien rire, et c'est peut-être là le vrai cadeau que nous fait Chris Roberts. A.
Teach My Little Sister How To Drive, où l’on guide à la voix une petite sœur IA au volant, a vu sa démo exploser chez les streameurs japonais. Résultat : plus de 1 000 dollars par jour de frais en tokens Gemini et ChatGPT, et un prêt bancaire pour les quatre développeurs pour garder la démo en ligne. P.
La loi et Lord
Vingt-sept ans sans nouvel Ultima, et c’est finalement un bout de loi américaine qui pourrait relancer le bazar. Richard Garriott, alias Lord British, a vendu Origin Systems à EA en 1992 pour 30 millions de dollars. Or, le droit d’auteur US permet à un créateur de récupérer ses droits d'auteur 35 ans plus tard. Rendez-vous donc en 2027 ! Le bonhomme jure avoir proposé une relance « tous les dix ans environ », et à chaque fois EA se montrait très intéressé, mais ne donnait pas suite. Petit détail : l’éditeur garde la marque Ultima et vient même d’en déposer de nouvelles. Garriott récupère l’histoire, le code et l’univers, mais pas le nom. Reste à savoir si EA laissera faire sans broncher, ou si ses avocats ressortiront les vieux parchemins pour gagner du temps. Lord British, qui a déjà survécu à un assassinat en direct dans Ultima Online, devrait s’en remettre. P.
La machine à remonter le temps
Oh là là, il y a des matins où l'on est heureux d'ouvrir les nouvelles ! Au milieu des douze mille annonces de licenciements et des articles sur « On a analysé tous les bikinis visibles dans les trailers de GTA VI », un message des Tchèques d'Amanita Design (Samorost, Botanicula et tant d'autres bijoux) : « NOUS FAISONS MACHINARIUM 2. » Dix-sept ans plus tard, nous allons enfin avoir droit à la suite de l'un des plus poétiques point & click de l'histoire, et découvrir ce qui arrive à Josef le petit robot. C'est la même équipe aux manettes, les premières images me donnent envie de lécher mon écran et c'est le moment, pour ceux qui n'ont jamais eu l'occasion de faire le premier volet, de l'acheter pour moins de 5 euros. Bon, allons regarder cette histoire de bikini, par pure conscience professionnelle. P.
Le gouvernement australien rappelle aux salariés leurs droits aux congés pour la sortie de GTA VI. Une infographie rappelle comment poser des jours légalement. Une délicate attention pour s'assurer que les citoyens pourront braquer des banques en toute légalité administrative, sans risquer de se faire gronder par les RH. P.
Le retour de la Bobby
Le rachat géant de Warner par Paramount (désormais rebaptisé Skydance) accouche d'une fusion logique entre Warner Bros. Games et Paramount Game Studios. Le résultat ? Un mastodonte vidéoludique censé faire fructifier des décennies de franchises culte. Entre Batman, Harry Potter et Bob l'éponge, on a hâte que le studio fusionne les univers pour nous pondre des crossovers (non). Si les actionnaires se frottent les mains devant cette concentration de licences à 110 milliards de dollars, nous, on attend surtout de voir si les développeurs auront encore le droit d'utiliser autre chose que de l'AI gen. Vous pensez qu'ils ne seraient pas aussi maléfiques ? Dites-vous qu'ils viennent de nommer au conseil d'administration… Bobby Kotick ! P.
Immersive crim'
C'est le service R&D le plus flippant de l'histoire du jeu vidéo. Pour s'imprégner de l'ambiance locale de la Floride pour GTA VI, les développeurs de Rockstar n'ont pas fait les choses à moitié : ils sont allés fricoter directement avec des flics et des membres de gangs sur le terrain. Entre deux tirs de sommation, un contrôle d'identité musclé dans les Everglades et une bavure, l'équipe s'est assurée que le chaos de Vice City serait d'un réalisme terrifiant. Sam Houser renchérit : « Oh, et pour que ce soit encore plus réaliste nos équipes se sont envoyé des kilos et des kilos de co... » Ah, ça a coupé. P.
My Syndic in a box
Les équipes de D&D et Magic: The Gathering rejoignent le syndicat United Wizards of the Coast pour exiger de meilleures conditions de travail et contrer les avancées de l'utilisation de l'IA. Un geste courageux, quand on travaille pour Hasbro. Si Wizards of the Coast refuse de reconnaître le syndicat d'ici le 13 octobre, la terre s'ouvrira sous leurs pas, le ciel grondera tel un dragon et le... non, en fait il faudra juste relancer les démarches. Couverture santé, charge de travail raisonnable, propriété intellectuelle des créations réalisées hors du bureau, les demandes des salariés ne semblent pas impossibles mais rien ne nous permet de croire que la direction va faire autre chose que faire rouler un D20 et annoncer « Ah non, c'est un échec critique pour vous ». P.
Merci patron !
Martin Klima, le cofondateur de Warhorse Studios à qui l’on doit Kingdom Come : Deliverance, a une petite prière à adresser aux cieux du jeu vidéo : par pitié, faites que GTA VI sorte à 80 dollars (et même plus, ne soyons pas timides !). Selon le patron tchèque, le secteur court droit dans le mur. Entre le coût de développement des AAA qui s'envole et un parterre d’acheteurs qui ne s’élargit plus, augmenter le prix unitaire reste, d'après lui, la seule issue pour survivre sans empiler les microtransactions. Sauf que tout le monde flippe à l'idée d'amorcer la hausse. Le salut viendrait donc de Take-Two et Rockstar, seuls acteurs assez puissants pour forcer la pilule auprès des joueurs. Klima avoue pourtant ne rien comprendre au raz-de-marée GTA, mais il prie bien fort pour que le rouleau compresseur ouvre la voie. C’est beau, la solidarité de classe patronale. P.
[Info Canard PC] Willy Denzey n’a jamais envisagé de composer la B.O. de The Witness
Mercredi dernier, alors que nous étions sagement en train de préparer l’émission Canard PC du mercredi 30 septembre, quelqu’un (moi) s’est spontanément mis à chanter « Le Mur du son » de Willy Denzey dans l’open space, poussant quelqu’un d’autre (Noddus) à se rendre sur sa page Wikipédia. Quelle ne fut notre stupeur en constatant que ladite page comportait une mystérieuse mention : « [Willy Denzey] souhaite prendre part à la bande originale du célèbre jeu vidéo The Witness de Jonathan Blow, cependant, le jeu ne sera pas accompagné d'une BO et le projet sera donc avorté. » Pour seule référence, on trouvait un article d’Inverse cherchant à expliquer pourquoi The Witness ne comportait aucune bande originale, sans la moindre mention du petit prince du R&B de Melun. Enhardi par ce potentiel scoop, Noddus ne pouvait absolument pas en rester là, et par le truchement de son carnet d’adresses, ce dernier a fini par remonter à la source : Willy Denzey lui-même, qui a vite fracassé nos illusions. « Je n’ai jamais eu connaissance de ce projet, je ne sais même pas ce que c’est, donc mauvaise info l’ami 🙏 », nous a-t-il écrit. Merci à Willy pour sa réponse rapide, et merci à vous, lecteurs, qui permettez cette nouvelle victoire pour le journalisme d’investigation. ER.
En toute détente, sur la détente
Si toute la presse et une partie des joueurs observent d’un œil inquiet les grandes (et meurtrières) manœuvres qui ont cours chez Xbox dernièrement, sachez qu’il y a quelqu’un qui n’en perd pas ses cheveux (après, il n’en a plus aucun sur le crâne) : c’est Satya Nadella, le patron de Microsoft. Ah non, lui, il trouve tout ça très bien. Dans le cadre du podcast Sources dans lequel il était interviewé, il déclare en toute détente, avec un sourire apaisé aux lèvres : « Il y a une certaine quantité de rationalisation que l’équipe et Asha [Sharma, la patronne de Xbox,] sont en train de réaliser, ce qui est super à voir. » L’occasion pour nous de nous souvenir que si « l’équipe et Asha » sont souvent, et à juste titre, en première ligne des critiques quant à la stratégie actuelle de Xbox, il y a aussi une maison-mère qui réclame de sa section jeu vidéo des rendements illusoires. K.
Mon Mex à moi
Alors qu’une partie du grand public est obnubilée par le chiffon rouge de l’arrêt du format physique, le président de la commission sénatoriale aux droits numériques du Mexique annonce sur Instagram une initiative pour réfléchir à un changement de législation afin d’améliorer les droits des consommateurs de jeux vidéo dématérialisés. Accompagné d’une collègue députée, il appelle à plus de clarté sur ce pour quoi les gens payent vraiment quand ils cliquent sur le bouton « acheter », la garantie de pouvoir continuer à utiliser un titre dont les serveurs ont été fermés et à une responsabilisation des entreprises en les forçant à avoir une branche dans le pays s’ils veulent y vendre leurs produits numériques. De son côté, on rappelle que la Commission européenne a signé d’un retentissant « vu et s’en tape » la pétition de près de 1,3 million de signatures de Stop Killing Games. K.
Pour golri, une journaliste de PC Gamer a mis 20 figurines d’anime dans son boîtier et n’a vu aucun changement sur les performances après un benchmark fait par-dessus la jambe (après tout, rien ne nous dit que son air flow n’était pas déjà horrible à la base). C’est ackboo qui va être content ! K.
Mais c’était censure, en fait
Bobby Kotick n’était pas particulièrement une coqueluche auprès du grand public, tant il représentait à lui seul une philosophie corporatiste gloutonne qui détruit tout au nom des sacro-saints profits. Et à défaut d’essayer de changer ses actions, l’ancien patron d’Activision Blizzard a plutôt tenté d’amortir leurs conséquences. La chaîne YouTube People Make Games et le journaliste Mikhail Klimentov exposent ainsi dans une longue enquête vidéo la manière dont Kotick a fait appel à un cabinet d’avocats spécialisé dans la diffamation afin d’intimider toute la presse, souvent avec succès, dès que celle-ci aborde ses péripéties judiciaires. Dans la foulée, Stephen Totilo de la sérieuse infolettre Game File a publié son propre courrier de menace reçu en début d’année lui sommant d’ajouter un paragraphe… qui était déjà dans l’article incriminé. Plus personne ne lit la presse, décidément. K.