Qu'ai-je appris de la vie, après toutes ces années ? Peu de leçons marquantes, finalement. Il y a cependant deux règles universelles qui, comme je l'ai découvert, s'appliquent à toutes les cultures, à toutes les générations, partout sur Terre et au-delà. D'une, personne n'aime les livres de plus de mille pages. De deux, tout le monde déteste les flashbacks. Laissez-moi maintenant vous présenter Les Luminaires, un roman de 1 200 pages (dans son édition de poche) qui commence par un flashback de 540 pages, lui-même découpé en une douzaine de parties. Chacune raconte des événements, tragiques, cocasses, mystérieux ou anodins, survenus durant la même période de temps et dans le même lieu (nous voici à Hokitika, en Nouvelle-Zélande en 1866, à l'époque de la ruée vers l'or locale). Chaque récit se superpose aux autres et dévoile petit à petit l'ensemble du paysage, mais aussi les relations, amicales ou hostiles, entre les différents narrateurs, qui forment les principaux personnages du livre. Ce mille-feuille initial, qu'il vaut mieux lire par petites touches pour ne pas se taper une indigestion, pose les bases pour la suite, qui accélère, jusqu'à aller presque trop vite vers la fin. Meurtres, héritages, manigances, jalousies, disparitions, mines d'or, fumeries d'opium et signes du zodiaque : de ce gloubi-boulga informe et en apparence cliché (et que je m'efforce de ne pas divulgâcher) émerge un récit complexe et subtil, parfaitement construit, et écrit comme un roman du XIXe siècle. Il faut un effort pour se lancer dans Les Luminaires, mais il en vaut la peine.