Tout commence le mercredi 14 octobre 2015, il est 18 heures tapantes, il fait humide et lourd mais il ne pleut pas encore (ce sera pour un peu plus tard dans la soirée). Quand soudain, ding-ding-ding, un bref communiqué de presse apparaît dans les boîtes mail des journalistes de la planète entière : Vivendi annonce, « dans le cadre du placement de ses liquidités » (autant dire de la petite monnaie), avoir pris 6,6 % d’Ubisoft et 6,2 % de Gameloft, pour un montant de respectivement 140,3 millions d’euros et 19,7 millions d’euros. Sacrées liquidités, tout de même. Tout d’un coup, c’est le branle-bas de combat chez les deux éditeurs de jeux vidéo, tous deux créés, possédés et dirigés par des membres de la famille Guillemot. Le soir même, les deux entreprises disent vouloir « rester indépendantes », et le lendemain Yves Guillemot, patron d’Ubi, assure ses salariés qu’il fera tout pour contrer l’ogre Vivendi. C’est que le groupe de médias (qui a un temps possédé Activision-Blizzard, mais c’était sous une autre direction) a mauvaise presse : l’industriel Vincent Bolloré en a pris le contrôle et gère la barque sans prendre de gantsNote : 1. Vivendi et Bolloré font d’autant plus peur que la situation des Guillemot n’est pas ultra stable : si elle a bien le contrôle total d’Ubisoft et Gameloft, la fratrie bretonne n’en possède plus qu’une partie, un peu moins de dix pourcents pour Ubi à l’époque.

Note 1 : On recommande chaleureusement la lecture de la série « L’Empire » sur le site LesJours.fr, où l’on peut suivre le désossement systématique de Canal+ et iTélé par Bolloré et ses équipes.