Bien sûr, j'avais déjà entendu les Beatles. Dans le vaste système de catégorisation que j'utilise pour mettre un peu d'ordre dans le monde, ils traînaient quelque part dans « groupes talentueux, années 60-70 », entre les Stones et Pink Floyd. Et puis, un peu par hasard, en juin dernier, je suis retombé sur Sgt. Pepper's, puis sur le reste, que j'écoute en boucle depuis trois mois. Depuis, dans ma petite armoire mentale, les morceaux des Beatles ont rejoint la catégorie « œuvres majeures dont on ne peut saisir pleinement la perfection avant d'avoir eu trente ans ». Et je ne parle pas là des lennoneries expérimentales comme A Day in the Life ou Strawberry Fields, dont le génie saute immédiatement aux oreilles, je parle de tout le reste. Simone Weil disait qu'il faut lire le Notre Père en s'attardant sur chaque mot pour saisir la profondeur qui se cache derrière son apparente simplicité. Eh bien, écoutez Hey Jude avec attention, mot après mot, note après note. Ce n'est pas de la musique, c'est de l'alchimie, une machine à transformer la tristesse en joie. En espérant que ce Papier Culture aura rassuré ceux et celles d'entre vous qui craignaient qu'avec le passage au mensuel, Canard PC ne soit plus aussi réactif sur l'actualité.