Je ne peux pas m'empêcher de pleurer quand je pense à ce qu'ils ont fait de nous. Nous étions l'élite de la nation, ses bras et ses muscles, et nous étions fiers quand nous portions ces poutres, quand nous coulions ces dalles, quand nous posions les premières pièces d'un générateur qui, disaient-ils, allait sauver l'avenir. Nous savions que la tâche serait dure, mais nous étions sûrs, en rentrant, que nous serions accueillis comme des héros. Deux mois ont passé. Le froid n'est toujours pas là. La température ne descend presque jamais en dessous de 0°. Je commence à croire qu'ils nous ont menti, que la catastrophe climatique prévue n'aura jamais lieu, et qu'ils veulent simplement, par la peur, nous faire travailler davantage pour le compte de quelques familles riches de Londres. Le générateur avance, mais jamais assez vite pour ces nantis. Les cadences augmentent chaque jour. Au début, c'était simplement dangereux. Maintenant, c'est de la folie. Hier, trois ouvriers sont morts dans l'explosion d'une poche de gaz, sous le puits. Nous ne pouvons plus rien faire, c'est trop tard. Quand le générateur sera terminé, ils utiliseront sans doute nos cadavres comme combustible.