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Genre : MMO
Développeur / Éditeur : Siege Camp (Canada)
Plateforme dispo : Windows
Date de sortie : 28/09/2022
Langue : français intégral
Prix : 25 €
Foxhole est l'un de mes jeux préférés de toute la vie. Je ne suis pourtant pas branché MMO à la base, mais il y a quelque chose dans ce qu’a imaginé le studio canadien Siege Camp que je n’ai trouvé dans aucun autre titre. Un sentiment de fierté, comme l’impression d’avoir posé ma pierre à l’édifice d’une guerre menée en ligne par des milliers de vraies personnes. Izual lui avait d’ailleurs consacré quelques pages pour sa sortie en accès anticipé en 2017 – c’est ce qui m’avait donné envie de l’installer. Mais on s’en doute, les choses ont bien évolué pour Foxhole en l'espace de neuf ans.

La guerre repose toujours sur le même principe, il faut imaginer une gigantesque carte qu’on a divisée en deux camps : les Verts, aussi appelés les Coloniaux, et les Bleus, qu’on dénomme les Warden. Des milliers de joueurs se connectent d’un côté comme de l’autre, et le but du jeu consiste à capturer plus de secteurs que l’adversaire. Pas juste en tirant avec son petit bonhomme en vue de dessus, mais en gérant le conflit de A à Z. En fabriquant chaque fusil, chaque munition, les uniformes, les bandages et même les sacs de graviers qui servent à construire les routes. Tout cela est miné, transformé, fabriqué, transporté par des vrais humains pour permettre à un joueur d’équiper un fusil déjà tout prêt en se connectant. Un conflit peut d’ailleurs durer plus d’un mois, à raison de 24 heures sur 24.

Le mois dernier, Foxhole a eu droit à sa plus grosse mise à jour depuis sa sortie. La « Airborne Update », qui ajoute le gameplay aérien : des hydravions, chasseurs et bombardiers pilotés en temps réel par plusieurs joueurs. Canons anti-air et parachutistes font aussi leur entrée, avec une liste de nouveautés longue comme le bras. Une nouvelle guerre a commencé pile pour la sortie du patch, et le jeu a vécu l’une des semaines les plus palpitantes de son existence. Mais pour raconter tout cela, il faut revenir quelques heures avant la sortie de la mise à jour, le 9 février.
N’espérez pas vous repérer seul sur cet immense terrain de jeu. Allez plutôt sur Foxholestats pour avoir des statistiques sur le conflit mises à jour en temps réel.

Bleusaille et fines herbes

H-11 heures. Dès le matin, je suis fasciné en regardant ce petit monde s’agiter comme une fourmilière à quelques heures de la sortie du patch. C’est la Guerre 132 (elle n’a pas encore de nom, mais en aura sûrement un sur les forums dans quelques semaines), et on sent que tout le monde est prêt à partir. On peut déjà voir des stratèges dessiner des plans sur Reddit, s’organisant en escouade ou en régiments entiers sur Discord. Passé 20 heures, je lance le jeu dans l’espoir de me connecter et je découvre qu’il y a 1 854 autres joueurs en attente de connexion. On apprendra au cours de la soirée que Foxhole traverse ce soir-là son plus gros pic de joueurs simultanés, avec près de 18 000 soldats qui cherchent à se déployer.

J’arrive finalement sur la plage de départ. Un de mes alliés, excédé par la longueur de la file d’attente, a réussi à configurer ce qui ressemble à une platine DJ directement dans son micro en jeu. Il parle aux autres soldats et nous régale d’un bootleg « Barbie Girl X Evangelion » pendant qu’on attend devant les barges de débarquement. Non loin de là, un dénommé Trackie_D donne un speech de motivation à un groupe de dix personnes dans une tente militaire. La première soirée est assez chaotique, mais on peut sentir l’effervescence rien qu’en se baladant. Après avoir passé près de deux heures à attendre, je parviens à retrouver mes amis (le Régiment Purée) avec qui je meurs à plusieurs reprises avant de trouver un petit coin où nous installer. Deux camions laissés sur le bord de la route suffisent pour construire un premier bunker et récupérer de la ferraille. C’est très laid. De toute façon, il est minuit passé, alors je vais me coucher en espérant que cet abri de fortune serve au moins à quelques joueurs en mon absence.

Il y a encore deux jours, ce champ de ruines était un labyrinthe de bunkers et d’artillerie adverses, imprenables pour notre équipe. On leur a roulé dessus.

Foxhole et la guerre de l’info

Avec des milliers de joueurs qui s’organisent pendant des semaines entières, vous imaginez bien que les informations doivent circuler. Il faut toutefois éviter les fuites, et la communauté l’a bien compris : tout est organisé en canaux de discussion par groupes, escouades ou régiments pour limiter les risques. Ces mesures vont bien au-delà du cadre du jeu, notamment sur certains serveurs Discord où des modérateurs vérifient qu’on ne soit pas un joueur adverse infiltré.

J’ai la cloison navale bloquée

Bien évidemment, cet abri n’a pas survécu à sa première nuit, rasé par des soldats adverses. De retour en ligne le lendemain, les choses ont cependant bien changé. Les files d’attente ont disparu et les hameaux sont devenus des villages, où les joueurs conduisent des grues pour construire les fondations d’une base plus solide. Quelques soldats roulent à moto, d’autres conduisent déjà des chars légers. Nous, on décide de s’installer un peu plus loin que la ligne de front, pour gérer la logistique sans être trop exposé. Notre travail avec le Régiment Purée va consister à fabriquer des caisses de matériel qu’on va ensuite conduire sur le front en un seul morceau.

En marchant à la recherche de mon camion que j’avais fourré dans un champ voisin, j’entends une musique le long de la route. Ça ressemble à une Jeep, mais avec un joueur monté sur la mitrailleuse qui a l’icône du tchat vocal activé. Il a déformé sa voix comme dans un vieux discours de Churchill et à travers son micro, il imite un vieil animateur radio. « On a pris la péninsule du port ! Les Warden ont reculé, on a chopé Tempest Island ! », gueule-t-il dans mon casque. En fait, c’est un membre de la Colonial Radio, un groupe installé depuis plusieurs années. Des gens qui motivent les troupes en diffusant de la musique, ou en informant les lignes arrière de ce qui se passe sur le front.

À chaque moteur d’avion qui se fait entendre au loin, on se précipite sous terre pour se cacher dans le bunker.

Le quatrième jour, le champ de bataille n’a plus du tout la même allure. Les chemins de terre et les étendues de prairie ont laissé place à des zones fortes ultra sécurisées, jonchées de tuyaux et de chemins de fer qui acheminent les ressources jusqu’aux espaces suivants. La circulation dans les villes devient un enfer, au point que certains régiments se mettent à poser des panneaux au sol pour réguler le trafic. Avec les besoins logistiques qui augmentent, certaines personnes se connectent exclusivement pour manipuler une grue pendant dix heures. Ou pour conduire, ou miner du charbon. Cet effort de guerre finit par payer, parce qu’on peut voir les premières ailes sortir des hangars en quelques jours.
Sur Discord, tout le monde a besoin de bras : des dizaines de régiments recrutent de nouveaux membres en postant des petites annonces.
Ici, un joueur s’est mis à couvert dans un trou. Vingt joueurs s’approchent et se mettent à l’encercler en fredonnant des chansons.

Les ailes de l’enfer

Apparus dans le tout dernier patch début février, les avions ont déjà envahi le champ de bataille. Ils changent même complètement la manière dont on joue à Foxhole. Le moindre trajet anodin peut devenir terrifiant quand se dessine au-dessus de nos têtes l’ombre d’un avion ennemi. À l’heure actuelle, les joueurs n’ont débloqué que deux petits chasseurs légers, mais ne devraient pas tarder à finir la recherche pour créer les bombardiers.

À chaque moteur d’avion qui se fait entendre au loin, on se précipite sous terre pour se cacher dans un bunker. On ne sait jamais vraiment si l’avion qui nous survole est allié ou ennemi avant qu’il ne se trouve au-dessus de nous et très clairement, je n’ai pas envie d’attendre de le savoir. D’ailleurs, petite mécanique amusante : dans Foxhole, le tchat de proximité permet de parler avec tout le monde, ami ou ennemi. Alors quand un pilote adverse fait un piqué au sol pour nous pilonner, il s’approche de nous et en profite souvent pour lâcher un petit « oh, hello » au passage.

Téma la taille du front

Ça y est, vous avez envie de prendre part au conflit ? Mais vous avez peur de ne servir à rien, ou d’arriver sur un serveur déjà rempli de joueurs haut gradés qui ne tolèrent pas la moindre erreur ? Pas de panique : les joueurs de Foxhole ne sont pas tous des animaux, ils sont même plutôt accueillants. Vous trouverez forcément quelque chose à faire en discutant autour de vous, en allant ramasser des ressources, ou en allant dire bonjour sur l’un des serveurs Discord de la communauté, comme « Foxhole Francophone » chez nous. Le manque de temps n’a pas empêché les joueurs d’être créatifs. Le Régiment de la 142e sur le front de l’Est a bourré des bateaux de munitions et de carburant pour que les avions puissent s’en servir comme plateformes de ravitaillement mobiles. De leur côté, les logisticiens du clan ROHAN ont transformé une route en piste de décollage pour avions, en se servant du mobilier du jeu pour créer du marquage au sol.

Pouvoir emmener le combat dans les airs amène de nouvelles perspectives et permet de prendre l’information depuis le ciel.

Régiment sans gluten

À l’approche du week-end, la partie du front que j’aide à défendre s’affole un peu. Les ennemis ont fabriqué de l’artillerie avant nous et commencent à percer nos défenses. Ni une ni deux, des centaines de joueurs spamment le tchat pour demander à tout le monde de venir défendre la région de Wresta, alors je décide d’y faire un tour avec mon régiment. C’est l'apocalypse. Plusieurs escouades se sont organisées pour conduire des ambulances et ramasser les blessés, tandis que des groupes de fantassins tentent de se frayer un chemin jusqu’aux tranchées ennemies. Les balles sifflent. Dans le bunker, un joueur demande à un autre s’il a « déjà vu Full Metal Jacket ».

Il y a tellement de cadavres au sol que je n’arrive plus à voir où est mon personnage à l’écran. Cette bataille durera finalement des heures. J’apprendrai deux jours plus tard que les joueurs l’appellent déjà « Le Siège de Wresta », et que tout est documenté dans un reportage de 20 minutes sur YouTube. Comme les ravagés d'EVE Online, la communauté de Foxhole a cette envie d'informer sur ce qui arrive sur les serveurs, pour entretenir des légendes et motiver d’autres joueurs à rejoindre la guerre. J’ai hâte de retourner y jouer. Voilà, mince. Je pensais écrire quelques mots sur les premiers jours du conflit, et je me retrouve face à une pile de 607 captures d’écran, des pages de notes et des souvenirs plein la tête. C’est la même chose à chaque nouvelle guerre qui commence, parce que Foxhole a le pouvoir de m’aspirer pendant des semaines. Avec l’arrivée des trains, des bateaux, et maintenant des avions et parachutistes, chaque patch a amené de nouvelles façons d’aborder les conflits. Et ça donne très envie de mettre les mains sur Anvil Empires, sa variante médiévale qui entame justement son développement.