Je savais que le jeu existait. J'avais vu Swen Vincke, l'inénarrable fondateur de Larian Studios, y jouer lors d'une présentation presse début 2020. Puis, comme vous tous, j'avais assisté à la présentation en ligne de cet été et à sa ribambelle de bugs. Et pourtant, quand j'ai fini par poser mes pattes avides sur cet accès anticipé, je n'y croyais pas. Peut-être parce que sa sortie avait été maintes fois repoussée depuis le mois d'août ? Ou parce qu'il s'agissait de la suite d'un jeu vieux de vingt ans, dont la présence en 2020 semblait aussi incongrue que celle d'un artefact en pierre taillée du néolithique ? Qu'importe, il était là et, sitôt créé mon héros personnalisé – les personnages pré-tirés, qui bénéficient d'un background spécifique et d'options de dialogue uniques, ne sont pas encore disponibles –, je me retrouvais prisonnier d'un nautiloïde, vaisseau volant des illithids, une race d'hommes-pieuvres esclavagistes. Il ne me fallut que le temps d'une escapade brève mais mouvementée pour parvenir à deux constats, que les vingt heures suivantes (le temps qu'il vous faudra, en gros, pour venir à bout de cet accès anticipé) ne feraient que confirmer.
Déjà, le jeu est très, très bugué : scripts qui ne se déclenchent pas, combats qui se bloquent à la fin d'un tour, personnages qui disparaissent, cette version ressemble plus à une early beta qu'à l'échantillon d'un jeu complet. Ensuite, le ton est extrêmement sombre. Celles et ceux qui craignaient que le goût de Larian pour le potache fassent de ce Baldur's Gate une vaste farce seront rassurés : la première rencontre du jeu, un cerveau extrait de sa boîte crânienne, n'est que le début d'un joyeux festival de body horror digne des meilleurs moments d'Alien. Vous croiserez des hyènes agonisantes qui mutent et deviennent des gnolls, des sorcières obsédées par l'énucléation et des chamans goblins aux pratiques douteuses. L'ambiance est aussi sombre que la situation des héros, qui vont devoir trouver un remède avant que les parasites que les illithids leur ont greffés ne les transforment à leur tour en flagelleurs mentaux. Et comme vous le découvrirez très vite, quand on est susceptible de se métamorphoser à tout moment en dévoreur de cerveaux, même les gens les mieux intentionnés ont tendance à vous accorder une confiance limitée.