Genre : jeu de rôle
Développeur : Obsidian Entertainment
Éditeur : Xbox Game Studios
Plateformes : Windows, Xbox Series
Date de sortie : 2024
Un guerrier squelette détruit par une flèche. Une cité souterraine en ruine. Une vue à la première personne où l’on brandit une épée dans une main et un sort de flamme dans l’autre. Tout, dans la première bande-annonce d’Avowed, est pensé pour rappeler Skyrim. À l’époque, je salue la démarche : Skyrim reste le jeu de rôle le plus populaire du monde et comme Bethesda ne prévoit pas de lui donner un p’tit frère avant au moins 2026, Obsidian a devant lui un boulevard. Surtout que le studio, nouvellement racheté par Microsoft, est sans doute le plus compétent et le mieux placé pour sortir un clone moderne des Elder Scrolls. Mais aujourd’hui, trois ans plus tard, Obsidian revient avec un message inattendu : « Euh non en fait oubliez Skyrim, oubliez oubliez, on n’a pas du tout fait ça ha ha, il fait chaud non ? »

Même pas Morrowind ?

Certains aspects d’Avowed ressemblent toujours à un genre d'Elder Scrolls : dans les quelques minutes de jeu montrées à l’E3, on a pu voir un héros encapuchonné dégommer un bandit avec une hache gelée, tirer à l’arc sur des morts-vivants et carboniser une araignée géante par magie, dans des paysages qui ont l’air assez variés et soumis à un cycle jour-nuit. Les effets spéciaux sont tristounes et les animations trop raides, mais la perspective d’explorer un monde ouvert avec une épée dans chaque main a amplement de quoi faire oublier quelques aspérités. Seulement, est-ce bien la promesse d’Avowed ?

Toujours le cœur sur la main, notre héros tente de retirer le persil coincé entre les dents d'une bête sauvage.
Dans une interview accordée à PC Gamer, le débonnaire Feargus Urquhart – patron d’Obsidian – raconte qu’à un certain stade du développement d’Avowed, l’équipe a décidé qu’imiter les chefs-d’œuvre de Bethesda n’était pas la meilleure stratégie. Qu’il fallait plutôt puiser dans ce qui fait la force d’Obsidian : la narration. « On pourrait créer un monde ouvert de 8 km² [...] mais on préfère raconter une histoire plus étroite, que le joueur peut vivre avec ses compagnons avant de se déplacer dans un autre coin du monde. Ça, c’est vraiment nous. » Une version officielle aussi jolie qu’un conte de fée – et à peu près aussi vraisemblable, car si Obsidian a abandonné l’idée d’un Elder Scrolls-like en plein milieu du développement, c’est sans doute aussi parce que ce qui avait été produit jusque-là n’était pas dingo.

Stupeur et tromblonments

Les combats laissent au joueur un choix assez large d’armes, qu’il préfère manier deux armes blanches, un arc, des gros marteaux de guerre ou de la magie. Petite originalité : les armes à feu primitives des Pillars of Eternity font leur grand retour et on pourra donc mettre une balle dans la tête d’un ours mutant à bout portant, dans le but de préserver la biodiversité bien entendu.

Berath et histoire.

La narration, donc. Là-dedans, Avowed part avec un petit avantage puisqu’on y explore Eora, le monde des Pillars of Eternity. Alors oui, ça reste un univers médiéval-fantastique assez générique, mais quand on l’a déjà parcouru en vue isométrique pendant vingt, quarante ou cent heures, l’idée d’y retourner en vue à la première personne et d’y croiser des races familières est fort agréable. N’espérez tout de même pas revisiter le Dyrwood à hauteur d’homme car, comme le veut la tradition, on sera parachutés dans un recoin inédit d’Eora, à savoir la grande île luxuriante des Terres Vivantes, en tant qu’envoyé de l’empire Aedyr chargé d’enquêter sur une mystérieuse épidémie.

C’est chouette de penser que grâce à Avowed, nous les rôlistes, nous pourrons enfin savoir ce que ça fait d’avoir des amis et de partir en rando avec eux.

Cette enquête est le prétexte d’une aventure centrée sur les compagnons, qu’on pourra recruter ou laisser de côté à l’envi tant qu’ils sont toujours pile deux à nous accompagner. Obsidian voudrait que le joueur se sente intégré à un groupe d’aventuriers complexes et fascinants, qui participent à l’histoire autant que lui. C’est chouette de penser que grâce à Avowed, nous les rôlistes, nous pourrons enfin savoir ce que ça fait d’avoir des amis et de partir en rando avec eux. Et malgré la mention fréquente et inquiétante de The Outer Worlds dans les interviews – le studio semble y voir un bon modèle de jeu de rôle –, je me rappelle Caesar, Veronica, Barik, Edér, Sagani, Pallegina et même frère Piero et je me dis qu’on peut faire confiance à Obsidian pour nous charmer avec d’excellents personnages.
Alors c’est sûr, avec seulement deux races jouables (humain et elfe), une taille annoncée comme similaire à celle de The Outer Worlds, des graphismes tièdes et pas de grand monde ouvert, Avowed n’a plus du tout l’air d’un successeur de Skyrim et ressemble beaucoup plus, avec ses ambitions narratives, à un vrai projet Obsidian, plein de dilemmes et de dialogues savoureux. On saura l’année prochaine si on y a gagné au change.