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Genre : survival horror
Développeur : Grasshopper Manufacture (Japon)
Éditeurs : Spike, 505 Games
Date de sortie : 2004 (Japon), 2005 (Europe)
Contrairement à ce que son nom indique, Michigan : Report from Hell se déroule à Chicago, dans l'Illinois (aux abords du lac Michigan, tout s’explique), alors qu’un brouillard exceptionnellement dense vient de s’étendre sur la ville et que les derniers habitants sont en passe d'être évacués. Le joueur est accueilli par une succession d’images filmées au caméscope et une myriade de mots-clés sans rapport apparent, comme « BRUME » ou « ÉROTISME », avec le montage hyperactif, les mouvements de caméra hasardeux et la photographie crasseuse si caractéristiques du milieu des années 1990 et du début des années 2000 (voir aussi : la vidéo « Le piratage, c’est du vol » de la Federation Against Copyright Theft, le générique d’ouverture de Se7en, la quasi intégralité des clips de Prodigy, Condemned).
On y incarne le nouveau caméraman du journal télévisé de la chaîne ZakaTV, et toute l'intrigue est dévoilée à travers l'objectif de sa caméra (où s’affiche toujours l’heure exacte, la batterie et la mention REC avec une petite lumière rouge qui clignote). À ses côtés, il y a Jean-Philippe Brisco, un ingénieur son disposé à nous former (et qui dispense de très bons conseils en journalisme, type « Si tu veux un scoop, tu dois sortir et le trouver ! »). Au sein du reste de l’équipe, il y a aussi une ribambelle de présentatrices sublimes, qui portent toutes des noms aléatoires comme Pamela Martel, Nina Volkov ou Paula Orton. La ville est presque désertée, on ignore toujours la provenance du brouillard, et c’est à votre équipe de mener l’enquête, alors que des monstres commencent à surgir de la brume. La source d’inspiration principale du jeu est la nouvelle Brume de Stephen King – celle-là même qui a inspiré une bonne partie de l’intrigue de Silent Hill et le film The Mist de Frank Darabont.
Le jeu est sorti en 2004 au Japon et en 2005 en Europe, au grand étonnement du développeur Suda51 qui ne le découvrira que quelques années plus tard.

Classé Z.

Développé par le studio japonais Grasshopper Manufacture (plus connu pour Killer 7 et la franchise No More Heroes, et fondé par l’inénarrable Goichi « Suda51 » Suda), le jeu paraît en 2004 au Japon – avant d'être distribué en Europe l’année suivante. Michigan n’est jamais sorti aux États-Unis, notamment parce que Sony considérait que son gameplay était « trop minimal », comme l'a révélé un entretien publié chez GamaSutra, et c’est un euphémisme. L’essentiel du jeu (qui dure à peine plus de quatre heures) consiste à filmer des éléments du décor – une corbeille à fruits, un livre posé sur le lit d’une chambre d’hôtel, un monstre qui s’apprête à dévorer une présentatrice – et à zoomer dessus, même si vous pouvez aussi occasionnellement foncer contre un élément précis.

Michigan : Report From Hell déploie les pires comme les meilleures idées, mais surtout les pires.

Michigan joue constamment avec la passivité du personnage principal : pour ouvrir une porte, il faut en filmer la poignée et attendre qu’une présentatrice vienne s'en occuper. Votre mission consiste essentiellement à suivre chaque mouvement des différentes reporters. Quand vous filmez un moment dramatique ou un élément-clé comme un cadavre, l’histoire avance et votre jauge de scoop se remplit vers la lettre S – ou vers la lettre E si vous préférez orienter votre caméra sur un élément considéré comme « érotique », comme un magazine porno ou le décolleté d’une collègue (bon sang, que ce jeu est lourd. Une enclume surmontée d’un éléphant lui-même dominé par une armoire blindée et un piano à queue, vous disais-je). Vous pouvez décider de laisser des personnages en détresse à leur sort pour filmer le scoop de votre carrière, ou choisir d’arrêter en appuyant sur la touche triangle pour intervenir – à chaque fois qu’une présentatrice meurt, elle est aussitôt remplacée.

Nu à la télé.

C'est tout le drame de Michigan : il déploie les pires comme les meilleures idées, mais surtout les pires, et mérite amplement son statut de nanar. Le jeu est particulièrement problématique par moments, les dialogues sont extrêmement mal écrits et doublés, la synchronisation labiale est catastrophique, les cris d'horreur confinent au grotesque et les moments d’émotion tournent vite au ridicule. Et pourtant, il part d'un excellent concept : l’idée d’avoir un protagoniste aux mains toujours occupées et condamné à rester spectateur face aux pires horreurs imaginables a quelque chose de particulièrement stressant.

« Quand j'ai vu le film d'horreur espagnol REC, j'ai eu l'impression de retrouver Michigan. » – Suda51, producteur du jeu

Le fait que tout le jeu se passe à travers le prisme d'une caméra crée un étrange sentiment de distance avec les événements, au point que les autres personnages finissent par devenir des entités interchangeables presque complètement privées d’humanité. On aurait pu y imaginer une critique du voyeurisme et du journalisme sensationnaliste, bien avant des titres comme Not For Broadcast, avec un système de progression nous faisant aller d'élément en élément qui préfigure celui d'Immortality. Plutôt sommaire, le système de fins aurait aussi pu gagner à être plus intéressant, et à interroger un peu plus le joueur sur la moralité de ses actions.
On sait finalement peu de choses du développement de Michigan, à l'exception d'une poignée de déclarations de Suda51 – qui officiait en tant que producteur du jeu, au même moment où il était directeur de Killer 7. Au tout départ, seule la brume était censée constituer une menace pour le joueur. « J'ai commencé à travailler sur le projet en m'inspirant simplement de l'idée de la brume, mais ça ne faisait pas assez peur, a confié Suda51 au site Anime News. L'équipe est partie sur l'idée d'avoir un caméraman chargé de suivre une reporter, qui se faisait ensuite dévorer en face de la caméra. Michigan était né. »
Au cours d'un entretien en 2009, il s'est aussi épanché sur son envie d'en faire un potentiel remake : « Quand j'ai vu le film d'horreur espagnol REC, j'ai eu l'impression de retrouver Michigan. J'ai encore pas mal d'idées de ce genre, et j'adorerais bosser avec Spike [l'éditeur] un de ces quatre pour faire un nouvel épisode ou un remake. » Il n'y a pas eu de nouvelles de ce projet depuis des années, et je ne suis pas convaincue que ce soit bien nécessaire. Mais je donnerais beaucoup pour retrouver un survival horror au gameplay aussi singulier, qui joue autant sur la passivité du joueur face à la terreur que sur son sens moral, et s'inscrit à rebours de toute proposition vidéoludique.