Développeur : FromSoftware (Japon)
Éditeur : Bandai Namco
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : PS5
Téléchargement : 16 Go (en plus des 60 du jeu de base)
Date de sortie : 21/06/2024
Langues : anglais sous-titré en français
Prix : 40 €
| Modifié le le 13 décembre 2024
Je pensais être reine dans mon domaine. Je connaissais les contrées de l'Entre-terre sur le bout des doigts, j'aurais pu en cartographier chaque grotte, chaque lac, chaque donjon, après en avoir rêvé nuit et jour pendant des mois entiers. Portée par l'hubris, je suis arrivée comme une fleur sur les plaines sépulcrales de Shadow of the Erdtree, avant de prononcer les mots qui allaient sceller mon triste destin : « Oh tiens, cet ennemi a l'air prenable. »
Plus Bayle la vie
Il y avait en revanche un monde étourdissant de beauté et une histoire fragmentée, qui se racontait dans des descriptions d’objets, au travers de propos cryptiques tenus par des chevaliers sans visage, mais surtout dans ma tête. J’ai écrit les lignes de mon propre récit en traversant des villages fleuris, des cathédrales englouties et des catacombes, toujours à la recherche d’une meilleure arme, d’un ennemi à ma portée, d’un objet susceptible d’améliorer ma défense. Puis est enfin venu le moment où j’ai abattu mon premier ennemi majeur après une myriade de tentatives, le cœur palpitant, les mains tremblantes. J’avais commencé mon périple en me terrant comme une proie, puis j'ai lentement appris à prendre confiance en moi, jusqu'à revenir humilier les sentinelles, les dragons et les vierges de fer qui m'avaient tant intimidée à l'aube de mon aventure. Il était désormais trop tard pour me retourner.Je suis redevenue la personne qui s’était trouvée aux portes d'un monde aussi vertigineux que sublime pour la toute première fois.
Je m'étais naïvement dit que je commencerais le DLC en douceur, avant de me rendre compte avec horreur que deux ans après avoir achevé mon périple sur l'Entre-terre, il me faudrait tout réapprendre. Le premier ennemi qui a croisé ma route m'a anéantie en l'espace d'une demi-seconde, et je me suis sentie redevenir la personne qui tentait de battre Margit avec ses petits poings de mouche. Mais je suis surtout redevenue la personne qui s’était un jour trouvée aux portes d'un monde aussi vertigineux que sublime, dont chaque recoin semblait dissimuler un secret bien gardé.
Armure correcte exigée
Les conditions requises pour accéder à Shadow of the Erdtree sont particulièrement exigeantes : s'il n'est pas obligatoire d'avoir fini le jeu de base, il faut au minimum avoir battu deux boss « optionnels » – à savoir Radahn, le Fléau des Astres (mon petit préféré, parce que quel autre ennemi majeur de FromSoftware peut se targuer de manier les lois de la gravité dans le simple objectif de tenir sur un tout petit cheval ?) et Mohg, le Seigneur du sang. Le nouveau système de progression est particulièrement malin, car il n'affecte que le DLC : vous n'aurez donc pas à craindre de rouler sur le jeu en arrivant avec un personnage déjà boosté. J'ai commencé niveau 165 (150 me paraît un minimum, avec suffisamment de vigueur pour éviter les one-shots), et je me suis quand même fait atomiser, et si vous lisez ces lignes, c'est que vous êtes sans doute venu un peu pour ça aussi.
À feu et à cendre
J'ai retrouvé ce sens de l'émerveillement, constamment mêlé d'appréhension à mesure que je découvrais une zone pour la première fois. Shadow of the Erdtree démarre sur une toute nouvelle carte, le Royaume des ombres, qui est plus réduite (et qui paraît au tout début assez vide et similaire à Nécrolimbe : ce n'est qu'une illusion) mais aussi beaucoup plus dense et verticale que tout ce que l’on pouvait trouver dans le jeu d'origine. Il y a un nombre délirant de donjons, de grottes, de ruines, de mausolées, d'entrées secrètes qui se nichent dans des lieux qui vous paraîtront impossibles à atteindre jusqu’à ce que les étoiles s’alignent et que vous vous trouviez au bon endroit, au bon moment.
Coup de sans-éclat
Certes, Shadow of the Erdtree est par moments encore plus difficile et frustrant que le jeu de base, avec des boss qui viennent vous souffler dans la nuque approximativement deux secondes après votre apparition dans l'arène, mais il repose sur un système de progression moins rébarbatif. Pour améliorer à la fois votre niveau d'attaque et de défense, il faut trouver des « esquilles de l’arbre occulte » disséminées à travers la carte (qui est presque entièrement accessible sans combat), dont une bonne partie ne nécessite pas de tuer un ennemi en particulier – tandis que vos invocations seront renforcées à l'aide de « cendres spirituelles vénérées ». La boucle de gameplay reste précisément la même que dans Elden Ring : face à un mur de difficulté trop insurmontable, il vaut peut-être mieux fuir sur votre fidèle destrier, partir à la recherche des points d'intérêt qui vous sont restés en tête depuis que vous les avez entraperçus au sommet d'une tour, et revenir un peu plus tard.Que des numéros 10 sur mon Steam
À l'heure où j'écris ces lignes, les évaluations Steam du DLC sont jonchées de commentaires négatifs, qui critiquent en grande partie la difficulté du jeu. Sur ce point, certains ennemis sont vraiment vicieux et la caméra n'est pas toujours votre alliée, mais le jeu met à disposition beaucoup d'outils pour se faciliter la tâche, et tout problème a plusieurs solutions. Mais beaucoup de critiques font aussi part de problèmes de chutes de FPS, de temps de chargement qui s'allongent et de stuttering qui peuvent se montrer handicapants sur certains systèmes, et le DLC est toujours en attente de patch. Ce test a été réalisé sur PS5 où je n'ai pas rencontré de problème majeur, navrée d'avoir trahi la cause.
J'ai passé près d'une trentaine d'heures dans Shadow of the Erdtree, et j'aurais pu en engloutir bien plus par « conscience professionnelle ».
L'histoire sans fin
J'ai passé près d'une trentaine d'heures dans Shadow of the Erdtree, et j'aurais pu en engloutir bien plus par « conscience professionnelle », mais en réalité, je me trouve face à la même porte gigantesque qu'à la fin d'Elden Ring, sans vouloir la franchir (bon, c'est peut-être aussi parce le boss de fin est particulièrement abusé, et constitue un pic de difficulté complètement démesuré par rapport à ses autres camarades obligatoires).Je n'ai pas envie que ça se finisse. Je veux continuer à écumer ces terres solitaires et désolées, qui feraient presque passer Caelid pour une petite promenade bucolique. Je veux écluser toutes les quêtes annexes, annihiler des créatures stellaires, des hippopotames géants, des guerrières redoutables, et tous les adversaires qui m'ont fait mordre la poussière. Mais je crois que je sais déjà ce que j'avais besoin de savoir : Shadow of the Erdtree, comme Elden Ring avant lui, parvient toujours aussi bien à surprendre, à émerveiller, à donner envie au joueur de se surpasser et à stimuler son imagination.