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Genre : aventure, RPG
Développeur : FromSoftware (Japon)
Éditeur : Bandai Namco
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : PS5
Téléchargement : 16 Go (en plus des 60 du jeu de base)
Date de sortie : 21/06/2024
Langues : anglais sous-titré en français
Prix : 40 €
Elden Ring était mon tout premier FromSoftware. J'étais tellement peu habituée à ce type de gameplay que ce serait un euphémisme de vous dire que je partais de loin. Pour être totalement transparente, il m'a fallu plusieurs heures avant de comprendre comment utiliser les sites de grâce pour monter de niveau, deux jours pour trouver comment débloquer un fragment de carte, et j'ai déséquipé toutes mes armes par erreur avant mon deuxième combat contre Margit le déchu, que j'ai fini par essayer de battre à mains nues (et c'est sans doute à ce moment-là que j'ai pensé : « Ah oui dis donc, ils déconnent vraiment pas avec la difficulté »). C'était une entrée en matière absolument pitoyable, probablement la plus grande leçon d'humilité qu'il m'ait été donné de recevoir. Et pourtant, j'en ai adoré chaque seconde.
Même lorsque je me sentais doucement progresser, à force de voir la mention VOUS AVEZ PÉRI apparaître en lettres de sang sur mon écran et d'apprendre de mes échecs, le jeu me plaçait face à un énième pic de difficulté, qui me faisait à nouveau me sentir comme un être sans défense. Mais il y avait quelque chose de fabuleux dans le monde d’Elden Ring, qui me poussait constamment à l’exploration. Ma curiosité était toujours récompensée, les seuls objectifs existants étaient ceux que je m'étais mis en tête (lesquels pouvaient aller de « trouver comment accéder à ce palace perdu dans les étoiles » à « discuter avec cette femme mystérieuse qui m'a parlé d'un cocon il y a trois heures »). Il n'y avait ni marqueur à l'écran, ni main pour me guider, ni élément narratif rentré au forceps.

Plus Bayle la vie

Il y avait en revanche un monde étourdissant de beauté et une histoire fragmentée, qui se racontait dans des descriptions d’objets, au travers de propos cryptiques tenus par des chevaliers sans visage, mais surtout dans ma tête. J’ai écrit les lignes de mon propre récit en traversant des villages fleuris, des cathédrales englouties et des catacombes, toujours à la recherche d’une meilleure arme, d’un ennemi à ma portée, d’un objet susceptible d’améliorer ma défense. Puis est enfin venu le moment où j’ai abattu mon premier ennemi majeur après une myriade de tentatives, le cœur palpitant, les mains tremblantes. J’avais commencé mon périple en me terrant comme une proie, puis j'ai lentement appris à prendre confiance en moi, jusqu'à revenir humilier les sentinelles, les dragons et les vierges de fer qui m'avaient tant intimidée à l'aube de mon aventure. Il était désormais trop tard pour me retourner.

Je suis redevenue la personne qui s’était trouvée aux portes d'un monde aussi vertigineux que sublime pour la toute première fois.

J’ai passé des heures devant la gigantesque porte dorée qui me séparait du boss final, incapable de la franchir, parce que je savais que cela signerait bientôt la fin de mon aventure. Je n’avais aucune envie que ça s'arrête. Bien sûr, j’ai fini par terminer Elden Ring, j'ai lancé un NG+, j’ai pris plaisir à annihiler mes ennemis avec des armes renforcées, le jeu était toujours aussi captivant, mais ce n’était pas tout à fait pareil que la première fois. Le plus grand tour de force de Shadow of the Erdtree, dont l'immensité et la profondeur me feraient presque réfuter l'appellation de DLC, est de parvenir à recréer ce sentiment.

Je m'étais naïvement dit que je commencerais le DLC en douceur, avant de me rendre compte avec horreur que deux ans après avoir achevé mon périple sur l'Entre-terre, il me faudrait tout réapprendre. Le premier ennemi qui a croisé ma route m'a anéantie en l'espace d'une demi-seconde, et je me suis sentie redevenir la personne qui tentait de battre Margit avec ses petits poings de mouche. Mais je suis surtout redevenue la personne qui s’était un jour trouvée aux portes d'un monde aussi vertigineux que sublime, dont chaque recoin semblait dissimuler un secret bien gardé.

Armure correcte exigée

Les conditions requises pour accéder à Shadow of the Erdtree sont particulièrement exigeantes : s'il n'est pas obligatoire d'avoir fini le jeu de base, il faut au minimum avoir battu deux boss « optionnels » – à savoir Radahn, le Fléau des Astres (mon petit préféré, parce que quel autre ennemi majeur de FromSoftware peut se targuer de manier les lois de la gravité dans le simple objectif de tenir sur un tout petit cheval ?) et Mohg, le Seigneur du sang. Le nouveau système de progression est particulièrement malin, car il n'affecte que le DLC : vous n'aurez donc pas à craindre de rouler sur le jeu en arrivant avec un personnage déjà boosté. J'ai commencé niveau 165 (150 me paraît un minimum, avec suffisamment de vigueur pour éviter les one-shots), et je me suis quand même fait atomiser, et si vous lisez ces lignes, c'est que vous êtes sans doute venu un peu pour ça aussi.

À feu et à cendre

J'ai retrouvé ce sens de l'émerveillement, constamment mêlé d'appréhension à mesure que je découvrais une zone pour la première fois. Shadow of the Erdtree démarre sur une toute nouvelle carte, le Royaume des ombres, qui est plus réduite (et qui paraît au tout début assez vide et similaire à Nécrolimbe : ce n'est qu'une illusion) mais aussi beaucoup plus dense et verticale que tout ce que l’on pouvait trouver dans le jeu d'origine. Il y a un nombre délirant de donjons, de grottes, de ruines, de mausolées, d'entrées secrètes qui se nichent dans des lieux qui vous paraîtront impossibles à atteindre jusqu’à ce que les étoiles s’alignent et que vous vous trouviez au bon endroit, au bon moment.

En ce sens, Shadow of the Erdtree est supérieur à Elden Ring. Il donne le sentiment que notre carte ne sert plus à rien, tant le monde fourmille de tunnels souterrains, de chemins de traverse et de châteaux aux passages dérobés, tant sa verticalité déroute : seules la curiosité et la soif d'aventure du joueur feront vraiment office de guide. Chaque arrivée dans une nouvelle zone est un moment d'ivresse. Une exploration méticuleuse vous donnera accès à une forêt immense qui convoque des mécaniques de game design qui ne serviront nulle part ailleurs, vous permettra d'arriver au sommet d’une montagne surplombée par un ciel orageux rose vif, vous conduira à faire un saut de la foi dans les profondeurs d’un donjon débordant de lave en fusion.
J'ai une petite requête pour FromSoftware : augmentez toutes les personnes qui ont travaillé sur ces créatures fabuleuses.

Coup de sans-éclat

Certes, Shadow of the Erdtree est par moments encore plus difficile et frustrant que le jeu de base, avec des boss qui viennent vous souffler dans la nuque approximativement deux secondes après votre apparition dans l'arène, mais il repose sur un système de progression moins rébarbatif. Pour améliorer à la fois votre niveau d'attaque et de défense, il faut trouver des « esquilles de l’arbre occulte » disséminées à travers la carte (qui est presque entièrement accessible sans combat), dont une bonne partie ne nécessite pas de tuer un ennemi en particulier – tandis que vos invocations seront renforcées à l'aide de « cendres spirituelles vénérées ». La boucle de gameplay reste précisément la même que dans Elden Ring : face à un mur de difficulté trop insurmontable, il vaut peut-être mieux fuir sur votre fidèle destrier, partir à la recherche des points d'intérêt qui vous sont restés en tête depuis que vous les avez entraperçus au sommet d'une tour, et revenir un peu plus tard.

Que des numéros 10 sur mon Steam

À l'heure où j'écris ces lignes, les évaluations Steam du DLC sont jonchées de commentaires négatifs, qui critiquent en grande partie la difficulté du jeu. Sur ce point, certains ennemis sont vraiment vicieux et la caméra n'est pas toujours votre alliée, mais le jeu met à disposition beaucoup d'outils pour se faciliter la tâche, et tout problème a plusieurs solutions. Mais beaucoup de critiques font aussi part de problèmes de chutes de FPS, de temps de chargement qui s'allongent et de stuttering qui peuvent se montrer handicapants sur certains systèmes, et le DLC est toujours en attente de patch. Ce test a été réalisé sur PS5 où je n'ai pas rencontré de problème majeur, navrée d'avoir trahi la cause.

En plaçant une grande variété de nouvelles armes puissantes (il y en a près d'une centaine) à portée de main, dès le début de l'aventure, Shadow of the Erdtree encourage aussi constamment à expérimenter. Pourquoi ne pas vous séparer du katana magique qui vous a accompagné pendant plus de cent heures, au profit d'une épée à la portée beaucoup plus longue, d'un marteau dévastateur ou d'un flacon de parfum qui vous permet d'empoisonner vos ennemis sur une zone immense ? Pourquoi ne pas recommencer un build tout entier pour enfin venir à bout de cette créature vulnérable au feu ? Pourquoi ne pas ressortir ce voile mimétique qui vous permet de vous transformer en un objet de votre environnement (au hasard, un arbre en pot, un cadavre de rat ou un buisson) pour vous infiltrer dans un camp aux ennemis trop intimidants ?

J'ai passé près d'une trentaine d'heures dans Shadow of the Erdtree, et j'aurais pu en engloutir bien plus par « conscience professionnelle ».

L'histoire sans fin

J'ai passé près d'une trentaine d'heures dans Shadow of the Erdtree, et j'aurais pu en engloutir bien plus par « conscience professionnelle », mais en réalité, je me trouve face à la même porte gigantesque qu'à la fin d'Elden Ring, sans vouloir la franchir (bon, c'est peut-être aussi parce le boss de fin est particulièrement abusé, et constitue un pic de difficulté complètement démesuré par rapport à ses autres camarades obligatoires).

Je n'ai pas envie que ça se finisse. Je veux continuer à écumer ces terres solitaires et désolées, qui feraient presque passer Caelid pour une petite promenade bucolique. Je veux écluser toutes les quêtes annexes, annihiler des créatures stellaires, des hippopotames géants, des guerrières redoutables, et tous les adversaires qui m'ont fait mordre la poussière. Mais je crois que je sais déjà ce que j'avais besoin de savoir : Shadow of the Erdtree, comme Elden Ring avant lui, parvient toujours aussi bien à surprendre, à émerveiller, à donner envie au joueur de se surpasser et à stimuler son imagination.

Les plaines désolées du début du DLC laissent ensuite place à des environnements plus variés.

Notre avis

Ellen Replay le 28 juin 2024

| Modifié le le 13 décembre 2024

Après le triomphe mérité d’Elden Ring, FromSoftware ne s’est absolument pas reposé sur ses lauriers. Shadow of the Erdtree est tellement immense, beau, gratifiant et riche en nouveau contenu que j’ai toujours du mal à croire qu’il ne s’agisse « que » d’un DLC. C’est un chef-d’œuvre de worldbuilding, une ode aux expérimentations de toutes sortes, et une aventure fabuleuse qui parvient à récréer les mêmes sentiments que le jeu d’origine.