Développeur : Shiny Entertainment (États-Unis)
Éditeur : Playmates Toys Limited, Shiny Entertainment
Date de sortie : 1997
| Modifié le le 31 janvier 2025
Pour durer, il faut savoir casser ses habitudes. Devenir Miley Cyrus, passer d’Hannah Montana aux engins de chantier. Les déclencheurs sont multiples, mais suivent souvent une baisse de régime. Chez Shiny Entertainment, en 1997, c’est en pleine période de succès qu’ils ont décidé de tout casser, avec MDK.
Parmi les cocos, il y a David Perry, qui se barre en 1993 pour fonder Shiny Entertaiment, avec l’aide de l’entreprise de jouets hongkongaise Playmates Toys, qui n’y connaît rien en jeu vidéo, mais vise un partenariat avec K2000. L’accord avec la série va foirer, et les premiers jeux de Shiny seront une création originale, Earthworm Jim 1 et 2. Un contexte important, car c’est la période Hannah Montana, celle qui pousse au ras-le-bol, donc à MDK.
Croquis Balboa
Parce qu’après ces deux cartons, David Perry met en place une règle : « Plus jamais de suites. » Il l’explique, en 1996, au magazine américain Electronic Gaming Monthly, qui s’intéresse surtout au futur – et médiocre – Wild 9, et cite à peine ce MDK qui arrive. C’est pourtant lui qui restera dans les mémoires. Dans le studio, Nick Bruty (un autre « coco » de Virgin, qui a suivi) est à la manœuvre depuis un moment pour développer leur premier jeu en 3D, un shooter nerveux, mâtiné de plateforme, à la troisième personne. Le vent tourne, et ces maîtres de la 2D voient arriver la fin d’une ère.
Fruit confus
Au départ, tout va très mal se passer, même bien avant que l’équipe ne galère comme pas permis sur la technique. Dès le premier pitch fait à Playmates en 1995, c’est la catastrophe. Les financiers s’attendaient à un nouveau Earthworm Jim – licence dont ils ont tiré des lignes de jouets, un dessin animé avec Universal Pictures et une série de comics avec Marvel –, et faisaient déjà tourner la planche à billets. Et voilà qu’on leur parle d’un jeu de tir en 3D, dans lequel une coalition d’extraterrestres, arrivée par le truchement de trous de vers interstellaires, commence à « peler la terre comme une orange » avec de gigantesques bases (les Minecrawlers), sans se soucier de la population, juste pour en exploiter les ressources. Toute ressemblance avec la guerre du Golfe serait, bien entendu, fortuite.Rien ne se prend au sérieux, mais l’ensemble est étonnamment cohérent et fun.
Dis mon nom !
La signification des lettres MDK fait partie de la légende du jeu. Dans le premier trailer le nom est visible : Murder Death Kill, mais il a fallu attendre 2011 pour que Nick Bruty confirme que c’était bien le vrai. Ce nom compliqué à vendre à des ados (enfin, à leurs parents) n’apparaît nulle part dans le jeu. Dans le livret, la seule référence est « Mission : Deliver Kindness » ; dans le fichier Readme « Mother’s Day Kisses ». Le marketing utilisera surtout l’idée qu’il s’agit des initiales des personnages : Max le chien, Docteur Hawkins et Kurt. Le fait que le chien s’appelle Bones dans le jeu ? Rohhh, un détail.
Eh là qui va là ? Inspecteur Gadget.
Mais tout reste à faire et, en un an et demi, avec six personnes, MDK prend vie. Tout jeu est un miracle, et celui-ci en est la preuve. Car Shiny fait son propre moteur, en partant de rien, et avec des exigences folles : des textures incroyables pour l’époque, des polygones de partout et un mode « sniper », avec la possibilité de zoomer en très, très gros plan. L’équipe crée ses outils en même temps que le jeu, sans certitude aucune que quoi que ce soit marche. MDK sort sur PC et impressionne.La 3D, sans besoin de carte accélératrice, est folle, et le personnage de Kurt s’y intègre parfaitement (c’est pourtant un sprite en 2D intégré et animé). Son armure, la Coil Suit, intègre un parachute à boudins gonflables qui permet de planer et d’utiliser les courants d’air, et ouvre un énorme pan platformer/puzzle. Son arme mitraille, mais, lorsqu’il la fixe sur son visage, devient bien un fusil de sniper au zoom jamais vu, à la première personne et avec des caméras pour suivre les balles. Il est même possible de démembrer les ennemis en visant une partie précise (désolé les vieux kids, Soldier of Fortune n’a rien inventé).
La chance aux jeunes
Rien ne se prend au sérieux, mais l’ensemble est étonnamment cohérent et fun. Personne n’a jamais rien vu de tel, le pari de Shiny est réussi. Bien sûr, le jeu est très court, il a été amputé de deux niveaux, son univers bizarre et ses personnages ne sont pas développés, mais les ventes sont largement suffisantes pour lancer une suite immédiatement. « Plus de crunch, plus jamais de suite », vous vous souvenez des promesses de David Perry ? Les patrons ne changent jamais.Bad trip de champis
Le saviez-vous ? Le clip de fin du jeu (à voir ici), tourné avec un vrai acteur dans la Coil Suit de Kurt, accompagne une chanson de… Billy Ze Kick et les Gamins en folie. Mais si, vous connaissez : Mangez-moi ou OCB, c’était eux. Un choix étrange, mais, quitte à aller vers les hallucinogènes, pourquoi pas ?