Furolith
le 18 décembre 2023
Lancé à la surprise générale en novembre dernier, un an et demi après le Steam Deck originel, le Steam Deck OLED est venu rappeler à une concurrence de plus en plus hardie qui est le patron des consoles-PC portables. Et cela, non seulement grâce à son somptueux nouvel écran, mais aussi une philosophie d’évolution qui a pris tout le reste de l’industrie à contrepied.
Les constructeurs de matos aiment bien tenter de nous faire croire que la révolution est à tous les coins de rue. Pourtant, elles sont rares, les nouveautés qui peuvent réellement se targuer d’avoir créé un précédent, démarré une tendance. Mais le Steam Deck de Valve fait partie de ceux-là. Non pas qu’il ait inventé la catégorie des PC aux allures de consoles portables : les GPD Win et Ayaneo étaient là avant lui. Mais parce qu’il est arrivé pile au bon moment, avec la bonne combinaison de hardware embarqué et de positionnement tarifaire, et porté par la notoriété de ses géniteurs, il a su faire ce qu’aucune autre machine du genre n’avait accompli avant lui : s’imposer dans l’imaginaire collectif. Les bases du succès étaient là, et succès il y eut, à hauteur de « plusieurs millions d’exemplaires vendus » si l’on en croit des propos adressés par Valve au site The Verge.
Et puisqu’il y eut succès, il y allait forcément aussi avoir émergence d’une concurrence. Qui a pris forme en 2023 avec d’abord la ROG Ally d’Asus, dont je vous ai déjà parlé dans ces pages, puis en fin d’année la Legion Go de Lenovo – et l’on ne doute pas une seule seconde que d’autres grands constructeurs rejoindront la bagarre en 2024. Ces alternatives usent de diverses tactiques pour se différencier : chez Asus par exemple, c’est un écran 120 Hz à taux de rafraîchissement variable ; chez Lenovo ce sont des contrôleurs détachables, le droit pouvant alors faire office de souris d’appoint grâce à son capteur optique intégré.
Mais pour l'heure, elles ont en commun leur arme principale contre le Steam Deck : la puissance de calcul, puisqu’elles embarquent des puces Z1 ou Z1 Extreme d’AMD, aux specs théoriques nettement supérieures. Ce sont toutefois aussi des puces qui ont leur gros inconvénient : elles ne donnent leur meilleur que quand leur consommation électrique est complètement débridée, avec des conséquences inévitables sur leur autonomie, qui devient alors rachitique (tout juste une heure dans les pires des cas).
Écran de fumée.
La réponse de Valve face à cette nouvelle vague ? Le contrepied parfait. Une révision du Steam Deck qui n’est pas un Steam Deck 2 (on nous avait bien prévenus que pour la « vraie » nouvelle génération, il allait falloir attendre plusieurs années), juste un nouveau modèle qui corrige... à peu près tous les défauts de l’original. C’est-à-dire pas ses performances, certes modestes, mais tout de même parfaitement satisfaisantes pour une machine nomade – surtout que de toute façon, les gros monstres technologiques du moment que sont Alan Wake 2 et Avatar : Frontiers of Pandora sont à oublier aussi bien sur les portables Z1 Extreme que sur Steam Deck.Non, on parle bien sûr en premier lieu de son écran : la dalle LCD tristement médiocre du premier modèle, aux couleurs froides et fades, laisse place à une dalle OLED exemplaire en tout point : rafraîchissement à 90 Hz, couverture colorimétrique à la fois très large et précise, le tout agrémenté d’une compatibilité HDR qui tient à peu de choses près du miracle (la prise en charge du HDR sur les systèmes Linux était dans un état désastreux il y a tout juste quelques mois, avant que Valve ne décide de s’emparer du sujet avec l’aide d’AMD). Mais ce n’est pas tout.
Car derrière l’écran se cache aussi un processeur aux spécifications inchangées, mais désormais fabriqué sur une technologie plus récente (gravure en 6 nm, contre 7 nm précédemment), et donc plus économe en énergie. Et puis aussi, tant qu’à faire, une batterie de capacité augmentée de 25 %. Le résultat du cocktail est une autonomie améliorée de plus de 50 % : sur la vaste majorité des jeux, on peut désormais compter sur trois heures d’endurance au strict minimum. Le gain est aussi acoustique, là encore non seulement parce que la puce chauffe moins, mais aussi parce que Valve a tranquillement profité de l’occasion pour significativement améliorer le système de refroidissement. Oublié, le sifflement perçant que l’ancien modèle pouvait émettre en plein effort.
Le résultat du cocktail de modifications est une autonomie améliorée de plus de 50 %.
Du jeune fougueux au vieux sage.
Avec tout ça, on n’a même pas encore fait le tour de toutes les raisons pour lesquelles le Steam Deck OLED surclasse son aîné. Vous connaissez le refrain : si vous voulez tout savoir, je vous invite à consulter mon test complet de la machine dans Canard PC Hardware n° 59, ou sur notre site web. Mais le fin mot de l’histoire est celui-ci : le Steam Deck OLED est meilleur que les autres parce qu’il nous rappelle quels sont les principaux critères définissant une bonne expérience de jeu nomade.À ce titre, le plus amusant dans cette affaire est de voir Valve faire en quelque sorte une nouvelle fois la leçon à des marques pourtant spécialistes historiques du hardware. Après avoir été l’entreprise qui a su déterminer exactement le bon moment pour lancer un produit de ce type, elle est désormais dans la peau du vieux sage, qui sait mieux que tout le monde quelles sont les avancées dont la catégorie a besoin pour progresser, au-delà d’une bataille de gros chiffres bien trop simpliste pour être pertinente. C’est aussi ça, être un trendsetter, un vrai : ne pas se contenter de démarrer une mode, mais savoir ensuite montrer au monde dans quelle direction la faire évoluer.