Genre: gestion, logistique, city-building
Developpeur: Blue Byte (Allemagne)
Editeur: Ubisoft
Plateformes dispo: PC Windows
Plateforme test: PC Windows
Config: gros PC de joueur
Telechargement: 35 Go
Date de sortie: 15/04/2019
Langues: français, anglais
Prix: 60 €
Drm: Denuvo (Epic Game Store, UPlay)
| Modifié le le 19 mars 2025
Vingt ans que je joue à Anno, vingt ans que je n’ai toujours pas compris pourquoi j'étais accro. Honnêtement, quel intérêt ? C'est toujours la même chose : des petites villes rectangulaires, des champs à délimiter, des mines à construire, des bateaux à déplacer, des stocks à surveiller. Je ne parle même pas de l'ambiance cucul la praline, ni des adversaires IA sans intérêt, ni des combats navals bidons. Je devrais passer à autre chose.
Après avoir essayé tout un tas de nouveaux mécanismes dans Anno 2070 puis Anno 2205, les Allemands de Blue Byte sont revenus aux sources.
De la bouffe et des fringues.
Après avoir essayé tout un tas de nouveaux mécanismes sur Anno 2070 puis Anno 2205, les Allemands de Blue Byte sont revenus aux sources. Si Anno 1800 prend pour cadre la révolution industrielle, en pratique, vous y jouerez exactement comme Anno 1404, qui était jusqu'à présent, d'après moi-même et un pote super balèze à Anno, le meilleur épisode de la série. On revient en terre très connue : démarrant sur une île ne contenant qu'un petit port, on construit le traditionnel marché autour duquel on « ploppe » – le mot n'existe pas, mais je le trouve parfait pour désigner le style de construction d'Anno – des chaumières de paysans. On prend connaissance des produits qu'ils désirent (ici, de la bouffe et des fringues) avant de monter les chaînes de production correspondantes. Au début, une simple poissonnerie suffit, ainsi que quelques élevages de mouton envoyant leur laine à un atelier de confection de vêtements. Et dans la grande tradition Anno, tout se complique ensuite. Une fois leurs pulsions consuméristes assouvies, les paysans peuvent devenir des ouvriers, puis des artisans, des ingénieurs, jusqu'au stade de développement ultime, les investisseurs, qui vivent dans de splendides bâtiments en pierre taillée, transformant la colonie en une sorte de Paris-sur-Mer.Sans forcer, sans nouveautés majeures, Anno 1800 s'impose naturellement comme le meilleur épisode de la franchise.
Des bananes et du coton.
Comme le veut l'immuable recette Anno, chaque montée en gamme nécessite de fabriquer en masse de nouveaux produits, et donc de nouvelles chaînes de production à installer en grignotant le moindre centimètre carré de l'île de départ. Quand la place manque ou qu'une ressource n'est pas disponible (par exemple, le poivron et le malte ne poussent que sur certaines îles, tandis que les gisements de zinc ou de salpêtre sont plutôt rares), il faut alors en coloniser un autre confetti de l'archipel et organiser des routes d'affrètement entre les îles. De la belle prise de tête logistique comme on l'aime. Et il y a pire : à partir d'un certain niveau de population, le jeu permet de lancer une expédition en navire pour découvrir le Nouveau Monde et ses ressources spécifiques. Là, rebelote : on y installe de nouvelles colonies, on y plante des bananes et du coton, et on envoie tout dans l'Ancien Monde pour approvisionner les rangées d'usines qu'on y a installées. Les habitants sont contents, ils se gavent de produits importés, on amasse des montagnes de pognon en les taxant, ce qui sert à financer d'autres usines, qui combleront d'aise d'autres citoyens encore plus exigeants... Si vous refusez la course en avant capitaliste, que vous prônez le développement durable, l'écologie, la décroissance et le véganisme, Anno va gentiment vous cracher sur les pompes. Mais détendons-nous, ça n'est qu'un jeu vidéo.
Coupable d'aimer.
Avant de commencer ce test, je me demandais si j'avais vraiment envie de rejouer à un Anno 1404 amélioré. La petite croûte de bave qui se forme au coin de mes lèvres après être resté quatre heures d'affilée devant l'écran sans voir le temps passer me laisse penser que oui. Mais attention, je ne vais pas féliciter Ubisoft et Blue Byte. Ces dangereux dealers de crack ne font que nous vendre le même caillou que la dernière fois, sans changer le goût. Bien sûr, le jeu est plus beau. Il y a aussi quelques nouveautés à la marge, comme les expéditions en navire avec des événements à choix multiples, qui permettent de récupérer des objets bonus ou des animaux sauvages à coller dans le zoo municipal. Mais les innovations sont rares. La toponymie des îles ne change pas par rapport à ce qu'on connaissait déjà. Les villes sont toujours rigoureusement rectangulaires. Les chaînes de production se développent exactement comme dans Anno 1404. Il y a toujours les petites routes de terre à angle droit, les indispensables entrepôts, la taverne et l'église, la caserne de pompier... Bref, c'est du déjà-vu. Et malgré cela (je m'en sens presque coupable), le jeu reste merveilleusement addictif. Je suis toujours aussi fier d'admirer les résidences de luxe de mes citoyens les plus avancés. Je continue de gribouiller des pages entières de notes pour m'y retrouver dans mes objectifs de développement et mes routes commerciales. Je me roule dans Anno 1800 comme un chaton dans une bassine d'herbe à chat.
La force tranquille.
Avec ce nouvel épisode, Blue Byte est aussi revenu sur les choix les plus controversés des Anno précédents. La sauvegarde manuelle est là, de même que le mode bac à sable – même s'il faut bien le régler, voir l'encadré « L'enfer, c'est les autres ». Et c'est l'épisode qui, à mon humble avis, offre le meilleur endgame de la série. L'apparition de bâtiments pollueurs ou « vulgaires » en milieu de partie, puis du tourisme, du pétrole, du rail et de l'électricité en fin de partie oblige à de grandes réorganisations urbaines pour bâtir la ville parfaite. Le challenge est plus intéressant que le « gros machin qui met trois plombes à se construire » des épisodes précédents (comme la cathédrale d'Anno 1404 par exemple). De la première à la cinquantième heure, Anno 1800 est donc d'une qualité constante. Et sans forcer, sans nouveautés majeures, il s'impose naturellement comme le meilleur épisode de la franchise. Maintenant, j'espère qu'après avoir rassuré les fans avec ce brillant retour aux fondamentaux, Blue Byte prendra un peu plus de risques sur l'épisode suivant. Tenez, par exemple en nous permettant de développer des colonies plus organiques et réalistes, avec des routes courbées ? Je ne suis pas un expert, mais je pense que la technologie informatique est désormais assez mûre pour tenter ce tour de force.L'enfer, c'est les autres.
Je ne vous ferai pas l'affront de parler de la campagne d'Anno 1800. Elle n'a d'intérêt que pour le débutant qui veut découvrir pas à pas les mécanismes de jeu. Comme d'habitude, cet épisode s'apprécie avant tout en mode bac à sable. Encore faut-il bien le régler. J'ai fait ma première partie avec les paramètres par défaut, en concurrence avec trois adversaires et plusieurs groupes de pirates. C'était insupportable. D'abord, parce qu'il est frustrant de voir les colonies IA se développer rapidement et recouvrir des paysages magnifiques de colonies moches. Cela ne rajoute absolument rien au plaisir de jouer. Mais surtout parce qu'avec tout ce monde sur la carte, Anno 1800 se transforme en spammeur de notifications. Toutes les dix secondes, le jeu est interrompu par des messages sans intérêt, du genre « Les relations avec Untel se sont améliorées », « Duchemolle veut s'installer sur votre île » ou encore « Tartempion attaque un de vos bateaux ». C'est insupportable. Mon conseil sera radical : désactivez les colons IA (en faisant un clic droit sur leur portrait dans les menus de réglages), dégagez aussi les pirates qui n'apportent absolument rien au jeu, si ce n'est de devoir s'engager dans des petites batailles navales pourries toutes les demi-heures.