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Genre : FPS
Développeur : Mundfish (« Chypre »)
Éditeur : Focus Entertainment
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 40 Go
Date de sortie : 21/02/2023
Langue : français
Prix : 60 €
Nous sommes en 1955. L'Union soviétique est à son apogée économique et scientifique. À l'origine de ce triomphe que l'Ouest ne peut que jalouser, la découverte du polymère, sorte de matière plastique qui permet non seulement la communication télépathique entre les êtres – ce qui constitue déjà un énorme progrès par rapport aux plastiques capitalistes qui se contentent de s'accumuler au fond des océans et d'être ingérés par les mérous – mais est également à l'origine d'une révolution dans le domaine de la robotique. Partout, des champs aux usines (et je vous le demande camarade, qu'y a-t-il de plus important que les champs et les usines dans la Mère Patrie ?), s'affairent des millions de robots autonomes, certains anthropomorphes et d'autres non, pour libérer les hommes du fardeau du travail.
Oui, il y a des insectes qui se fixent aux crânes des chercheurs d'un laboratoire secret pour en faire des zombies. Mais comme le dit à peu près l'Internationale, « du passé faisons Black Mesa ».
C'est l'alliance de ces deux technologies que l'on s'apprête à célébrer au début d'Atomic Heart. Dans des villes volantes où l'élite russe a été réunie pour l'occasion va avoir lieu la cérémonie de lancement du Kolektiv 2.0, qui connectera par la pensée tous les citoyens de l'URSS puis du monde afin que naisse une véritable société sans classe, sans maître et sans esclave, où l'humanité deviendra un vaste organisme où toutes les décisions seront prises de façon collégiale. En tout cas, une fois que le Kolektiv sera en place. Car en attendant, il faut bien sûr que quelqu'un prenne les décisions, hein, pas vrai ? Et c'est ainsi que, comme toutes les belles utopies, celle du Kolektiv va virer au cauchemar.

Politbureaulogie.

Passée la (longue) introduction interactive où nous verrons, pour la dernière fois, à quoi ressemblait l'Union soviétique idéale, le major P-3, soldat d'élite du KGB, se retrouve coincé au beau milieu du complexe 3826, un gigantesque site militaire au sein duquel les robots se sont révoltés. S'agit-il d'un incident local ? d'un sabotage affectant le monde entier ? Vous n'en savez rien et devrez castagner de l'androïde pour tirer tout ça au clair. Ce qui, contrairement à ce qu'affirme le célèbre théorème de Netsabes selon lequel un FPS dans lequel on ne tue pas des êtres vivants ne saurait être un bon FPS, se révèle particulièrement jouissif. Les premières heures d'Atomic Heart, qui se déroulent dans la base souterraine de Vasilov, évoquent le meilleur de BioShock, des jeux Arkane et même du premier Half-Life.

Si le gameplay n'a rien de révolutionnaire, chacun de ses éléments donne l'impression d'avoir affaire à quelque chose de nouveau.

Le combat contre les androïdes, pour commencer, est très réussi. Leurs animations en particulier, comme lorsqu'ils vous foncent dessus de façon à la fois humaine et terriblement mécanique, s'arrêtent un instant après s'être pris une balle dans le front avant de stabiliser leur tête et de vous regarder à nouveau, sont dignes des moments les plus angoissants des Terminator. La relative rareté des munitions, qui oblige à alterner en permanence différents types d'armes (de mêlée, à feu et énergétiques, ces dernières se rechargeant graduellement), rend également les combats très techniques et, autant vous prévenir tout de suite, assez difficiles.

Petit URSS brun

Vous le savez si vous avez lu l'article d'Ivan Le Fou dans le dernier numéro de Canard PC, Atomic Heart n'a pas la conscience très claire. Passons sur la beauferie de nombreux passages (pour ne rien dire de la communication des développeurs, qui repose en bonne partie sur des images de robots à gros seins) pour nous intéresser à l'éléphant impérialiste au milieu de la pièce : la guerre en Ukraine. On compte parmi les investisseurs du studio GEM Capital, très actif dans le secteur de l'énergie et fondé par Anatoliy Paliy, un ancien de Gazprom. Le jeu est par ailleurs, en Russie, distribué exclusivement par VK Play, branche jeu vidéo de l'entreprise de Vladimir Kiriyenko, proche de Poutine lui aussi sous le coup de sanctions. Par ailleurs, le compositeur du jeu Mick Gordon (pour des raisons sincères ou par souhait de préserver son image, qui peut le dire ?) a choisi de reverser l'intégralité de son cachet au fonds de soutien à l'Ukraine de la Croix-Rouge australienne. Quant à savoir si tout cela doit vous dissuader d'acheter Atomic Heart et de plutôt garder vos sous pour Stalker 2, c'est une décision qui vous appartient.

La surprise du Khrouchtchev.

Mais c'est la direction artistique et l'atmosphère d'Atomic Heart qui rendent ces premiers moments inoubliables. L'esthétique rétrofuturiste soviétique bourrée de trouvailles graphiques géniales, le bestiaire extrêmement varié que l'on découvre à mesure qu'on explore les différentes parties du complexe – où l'on n'étudiait pas que la robotique mais également les plantes, les animaux et les humains –, l'usage génial de la musique, où les beats électroniques de Mick Gordon (voir l'encadré) se mêlent à de la variété russe et du Mozart, tout suinte la classe.

Si le gameplay n'a rien de révolutionnaire, Atomic Heart n'étant jamais qu'un FPS mâtiné d'immersive sim, chacun de ses éléments est emballé dans un joli papier cadeau qui donne l'impression d'avoir affaire à quelque chose de radicalement nouveau. Là où les autres jeux nous font fouiller dans les placards pour trouver des éléments de crafting, Atomic Heart nous permet d'utiliser un gant magnétique pour attirer le loot à nous avec un effet visuel si chouette qu'on ne s'en lasse jamais. Là où les autres jeux ont des téléporteurs et des ascenseurs, Atomic Heart nous offre de nager verticalement dans des concrétions de polymère, au cœur desquelles on peut entendre les échos de l'inconscient collectif de la Patrie. Là où un FPS banal nous raconte son histoire dans les audiologs éparpillés dans les niveaux, Atomic Heart nous permet d'interroger les cadavres de citoyens soviétiques polymérisés, notre connexion neuronale nous permettant d'avoir accès à leurs dernières pensées. Mais, et c'est bien dommage, pas seulement.

Bons baiseurs de Russie.

Le gros de l'histoire d'Atomic Heart ne vous sera pas raconté par les victimes des androïdes, surprises de se découvrir mortes, mais par l'insupportable et constant dialogue entre le major P-3 et CHAR-les, le gant de combat fixé à sa main gauche. Ces deux-là ne cessent jamais, JAMAIS, de parler, d'échanger des blagues pourries et de partir dans des digressions qu'on ne peut pas suivre puisque, ça paraît fou, on est généralement en train de se battre. Ce qui serait déjà pénible si le protagoniste était un héros hollywoodien blagueur à la Duke Nukem devient tout bonnement insupportable en raison de la personnalité du major, probablement l'un des plus antipathiques de l'histoire du jeu vidéo. Plongé au milieu d'une crise majeure du régime qu'il est censé défendre et dans des situations où sa survie semble tout sauf garantie, P-3 passe son temps à jurer comme un charretier et râler comme un ado à qui on a demandé de ranger sa chambre sans jamais manifester le moindre intérêt ni la moindre curiosité pour ce qui l'entoure.

Tout, du récit au gameplay, commence dans la grandeur tragique et s'achève dans la triste farce.

Ce problème de ton, cette rupture entre un univers visuellement fascinant qu'on devrait brûler d'envie d'explorer et une histoire tellement nulle, racontée de façon si inepte qu'on finit par complètement la zapper pour se concentrer sur les bastons, sont l'énorme écharde plantée dans le pied purulent d'Atomic Heart. Et je ne vous parle même pas ici de la beauferie extrême de certains passages, entre l'hypersexualisation de tout robot vaguement gynoïde dont on sent bien que les développeurs ont lutté de toutes leurs forces pour ne pas sous-entendre qu'elle pourrait servir de sextoy, la présence inexplicable de motifs en forme de vulves un peu partout dans le décor et la borne d'upgrade utilisée par le major pour améliorer ses armes et son gant, qui, lors de leurs premières rencontres, lui hurle des insanités à base de grosse hache à insérer dans sa fente.

Le Grand Bond de travers.

Mais il n'y a pas que la narration d'Atomic Heart qui peine à savoir sur quel pied danser le kazatchok. Passé le premier donjon, on a accès à un petit open world sans grand intérêt, puisqu'il nous permet seulement de nous rendre au donjon suivant ou dans des petits bâtiments optionnels où récupérer deux, trois upgrades pour son arsenal. L'inventaire et l'espace de stockage du personnage sont limités, mais comme il est possible de recycler n'importe quel arme, objet ou upgrade sans perte de ressources, l'interface se révèle inutilement compliquée quand un choix d'équipement aurait fait l'affaire. Le jeu passe ses premières heures à nous apprendre que les sauvegardes reposent sur l'usage de safe rooms (à la porte marquée d'une vulve, donc), que l'on se met à chercher aussi avidement que les machines à écrire dans un Resident Evil avant de s'apercevoir que parfois, quand ça l'arrange, il a aussi recours à des checkpoints.

La difficulté, en moyenne assez élevée, flirte avec le masochisme lors d'affrontements avec certains groupes d'ennemis et combats de boss – notez que le personnage ne peut pas courir mais seulement vaguement dasher, idéal quand on fait face à des ennemis très mobiles – avant de retomber d'un coup pendant l'heure suivante. Un problème que les trois niveaux de difficulté proposés, mode histoire, moyen et dur, n'aident pas beaucoup à corriger puisqu'ils reviennent à choisir entre une absence totale d'enjeu et deux vallées de larmes plus ou moins profondes. Pas plus que les pouvoirs du gant, équivalents locaux des plasmides de BioShock, eux aussi très mal équilibrés puisque la télékinésie et le choc électrique suffisent dans à peu près toutes les situations.

Les torchons et les Soviets.

Rarement un jeu m'aura mis dans une situation aussi difficile qu'Atomic Heart (par ailleurs, j'insiste, allez lire l'encadré). En général, dans un jeu à moitié réussi, notamment la première création un peu trop ambitieuse d'un jeune studio comme c'est le cas ici, certaines parties sont ratées, d'autres réussies. Dans Atomic Heart, tout est réussi et tout est raté. Les lieux qu'on explore sont magnifiques et remplis d'idées mais tellement étirés, avec l'obligation régulière de réunir quatre ou cinq objets éparpillés aux extrémités du niveau, que passé les premières heures, on finit par s'en lasser et vouloir tracer à fond la caisse pour en venir à bout. Les combats sont très satisfaisants et pourtant deviennent vite horriblement répétitifs. Le scénario et l'univers du jeu sont fascinants, mais si mal écrits qu'il est impossible de s'en satisfaire. Tout, du récit au gameplay, commence dans la grandeur tragique et s'achève dans la triste farce. Ce qui, à peu de choses près, est ce qu'avait prédit Marx. C'est peut-être ça, finalement, un jeu communiste.

Notre avis

Agar le 23 février 2023

| Modifié le le 13 mars 2023

Atomic Heart est paradoxal. Ses combats sont très satisfaisants et remplis de bonnes idées mais répétitifs et mal équilibrés. Son utopie soviétique rétrofuturiste compte parmi les univers les plus captivants qu'il m'ait été donné de voir dans un jeu, mais est si mal écrite qu'on s'en désintéresse vite. Attribuons-lui, tel le Georges Marchais des grands jours, un « bilan globalement positif » et espérons que MundFish saura transformer l'essai avec son prochain jeu.