Développeur : Mundfish (« Chypre »)
Éditeur : Focus Entertainment
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 40 Go
Date de sortie : 21/02/2023
Langue : français
Prix : 60 €
| Modifié le le 13 mars 2023
« Je me demande comment les Russes font pour être aussi russes. » Comme souvent avec les lapalissades, cette phrase, lue sur Twitter il y a des années, est plus profonde qu'il n'y paraît. Car c'est un fait, tout ce que fait un Russe, de sa naissance à sa mort, est toujours incroyablement russe. Beaucoup plus que n'est français ce que fait un Français, par exemple. Et Atomic Heart, développé par un studio russe, n'échappe pas à la règle.
Politbureaulogie.
Passée la (longue) introduction interactive où nous verrons, pour la dernière fois, à quoi ressemblait l'Union soviétique idéale, le major P-3, soldat d'élite du KGB, se retrouve coincé au beau milieu du complexe 3826, un gigantesque site militaire au sein duquel les robots se sont révoltés. S'agit-il d'un incident local ? d'un sabotage affectant le monde entier ? Vous n'en savez rien et devrez castagner de l'androïde pour tirer tout ça au clair. Ce qui, contrairement à ce qu'affirme le célèbre théorème de Netsabes selon lequel un FPS dans lequel on ne tue pas des êtres vivants ne saurait être un bon FPS, se révèle particulièrement jouissif. Les premières heures d'Atomic Heart, qui se déroulent dans la base souterraine de Vasilov, évoquent le meilleur de BioShock, des jeux Arkane et même du premier Half-Life.Si le gameplay n'a rien de révolutionnaire, chacun de ses éléments donne l'impression d'avoir affaire à quelque chose de nouveau.
Petit URSS brun
Vous le savez si vous avez lu l'article d'Ivan Le Fou dans le dernier numéro de Canard PC, Atomic Heart n'a pas la conscience très claire. Passons sur la beauferie de nombreux passages (pour ne rien dire de la communication des développeurs, qui repose en bonne partie sur des images de robots à gros seins) pour nous intéresser à l'éléphant impérialiste au milieu de la pièce : la guerre en Ukraine. On compte parmi les investisseurs du studio GEM Capital, très actif dans le secteur de l'énergie et fondé par Anatoliy Paliy, un ancien de Gazprom. Le jeu est par ailleurs, en Russie, distribué exclusivement par VK Play, branche jeu vidéo de l'entreprise de Vladimir Kiriyenko, proche de Poutine lui aussi sous le coup de sanctions. Par ailleurs, le compositeur du jeu Mick Gordon (pour des raisons sincères ou par souhait de préserver son image, qui peut le dire ?) a choisi de reverser l'intégralité de son cachet au fonds de soutien à l'Ukraine de la Croix-Rouge australienne. Quant à savoir si tout cela doit vous dissuader d'acheter Atomic Heart et de plutôt garder vos sous pour Stalker 2, c'est une décision qui vous appartient.
La surprise du Khrouchtchev.
Mais c'est la direction artistique et l'atmosphère d'Atomic Heart qui rendent ces premiers moments inoubliables. L'esthétique rétrofuturiste soviétique bourrée de trouvailles graphiques géniales, le bestiaire extrêmement varié que l'on découvre à mesure qu'on explore les différentes parties du complexe – où l'on n'étudiait pas que la robotique mais également les plantes, les animaux et les humains –, l'usage génial de la musique, où les beats électroniques de Mick Gordon (voir l'encadré) se mêlent à de la variété russe et du Mozart, tout suinte la classe.
Bons baiseurs de Russie.
Le gros de l'histoire d'Atomic Heart ne vous sera pas raconté par les victimes des androïdes, surprises de se découvrir mortes, mais par l'insupportable et constant dialogue entre le major P-3 et CHAR-les, le gant de combat fixé à sa main gauche. Ces deux-là ne cessent jamais, JAMAIS, de parler, d'échanger des blagues pourries et de partir dans des digressions qu'on ne peut pas suivre puisque, ça paraît fou, on est généralement en train de se battre. Ce qui serait déjà pénible si le protagoniste était un héros hollywoodien blagueur à la Duke Nukem devient tout bonnement insupportable en raison de la personnalité du major, probablement l'un des plus antipathiques de l'histoire du jeu vidéo. Plongé au milieu d'une crise majeure du régime qu'il est censé défendre et dans des situations où sa survie semble tout sauf garantie, P-3 passe son temps à jurer comme un charretier et râler comme un ado à qui on a demandé de ranger sa chambre sans jamais manifester le moindre intérêt ni la moindre curiosité pour ce qui l'entoure.Tout, du récit au gameplay, commence dans la grandeur tragique et s'achève dans la triste farce.
Le Grand Bond de travers.
Mais il n'y a pas que la narration d'Atomic Heart qui peine à savoir sur quel pied danser le kazatchok. Passé le premier donjon, on a accès à un petit open world sans grand intérêt, puisqu'il nous permet seulement de nous rendre au donjon suivant ou dans des petits bâtiments optionnels où récupérer deux, trois upgrades pour son arsenal. L'inventaire et l'espace de stockage du personnage sont limités, mais comme il est possible de recycler n'importe quel arme, objet ou upgrade sans perte de ressources, l'interface se révèle inutilement compliquée quand un choix d'équipement aurait fait l'affaire. Le jeu passe ses premières heures à nous apprendre que les sauvegardes reposent sur l'usage de safe rooms (à la porte marquée d'une vulve, donc), que l'on se met à chercher aussi avidement que les machines à écrire dans un Resident Evil avant de s'apercevoir que parfois, quand ça l'arrange, il a aussi recours à des checkpoints.