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Genre : action-aventure
Développeur : Matt Makes Games (Canada)
Éditeur : Matt Makes Games
Plateformes dispo : Windows, Mac, Linux, Playstation 4, Nintendo Switch et Xbox One
Plateforme test : Windows
Langues : français
Config : n'importe quel PC
Téléchargement : 100 Mo
Prix : 20 €
DRM : Steam ou aucun sur itch.io
Date de sortie : 25/01/2018
Quand on le voit de loin, avec son pixel art grossier, ses personnages mi-hipster mi-gnons et ses petites fraises un peu partout, Celeste ressemble à un énième jeu de plateforme indépendant. On se voit déjà y jouer une demi-heure, lancer des « oh que c'est mignon et sympathique » pleins de condescendance et d'acrimonie avant de le remiser dans un coin de son backlog Steam à tout jamais. Ce serait une bien belle erreur, dites donc. Parce que Celeste, avant d'être « Towerfall sans flingues mais avec un dash », est un titre qui lorgne les plates-bandes d'Edmund McMillen.

Attention, pour une fois on ne va pas parler de Super Meat Boy (et puis on le fait déjà bien assez dans le test de Remnants of Naezith, en test dans ce même numéro) mais de The End is Nigh. Comme chez le dernier bébé de McMillen, Celeste pousse à l'exploration de niveaux découpés en écrans, à la croisée des chemins entre jeux plateforme et puzzles, parfois dotés de plusieurs embranchements et bourrés de fraises à collectionner. Fraises qui, en passant, remplacent avantageusement les tumeurs de The End is Nigh – entre nous, avouons qu'une soirée tumeurs chantilly, c'est tout de suite un peu moins alléchant.

Fraises de Plouga-stèle

Madeline, jeune femme pleine de doutes et de névroses, se lance à l'attaque de la montagne Celeste à un moment critique de sa vie. Elle va y rencontrer de nombreux personnages hauts en couleur, avec qui elle échangera quelques mots mais sera également souvent seule face à elle-même, et pas toujours au sens figuré. Ce dont on ne se doute pas en lançant le titre de Matt Makes Games, c'est qu'à mesure que Madeline gravit le mont Celeste, le joueur, lui, gravit le mont Celeste.

Comme vous l'imaginez sûrement à l'aide des images délicatement disposées sur cette double page, c'est un jeu difficile. Hardcore. Masocore. Verse-moi-de-la-cire-sur-les-tétons-et-rentre-moi-ce-fer-à-souder-dans-le-core. Ravins, piques, monstres, ronces… tous nos meilleurs amis sont là, comme un épisode de « Vivement dimanche » dont le thème serait « pétage de plombs, destruction d'écrans et réception de manettes par le voisin de l'immeuble d'en face ». Mais bien que Celeste s'amuse à régulièrement passer les nerfs du joueur à la scie sauteuse1, son enrobage est si doux qu'on ne peut pas rester fâché plus de quelques secondes. Grâce à l'adorable direction artistique du titre évidemment, mais surtout parce que l'architecture des niveaux et les mécaniques intelligentes qu'il distille avec une régularité affolante font qu'on lui donne le bon Dieu sans confession.

1 : Les plus inquiets auront la possibilité de passer par un mode « assisté » qui permet de régler de nombreux paramètres comme la vitesse du jeu ou l'invincibilité de l'héroïne, sans aucun jugement de valeur sur le malheureux joueur effrayé par la difficulté.

À mesure que Madeline gravit le mont Celeste, le joueur, lui, gravit le mont Celeste.

Plateforme olympique

Plateformes qui apparaissent et disparaissent à intervalles réguliers, bourrasques qui influent sur les déplacements, plumes permettant de voler quelques secondes, combats de boss atypiques… ce n'est qu'une fraction des nombreuses idées, toutes brillamment exploitées par le level design, que l'on pourra rencontrer au fil de l'ascension. On sent que chaque écran a été travaillé avec une minutie maniaque et il sera rare de pester contre Matt Thorson et ses copains, tant leur jeu est précis et impeccable. Et si vous craigniez que l'aventure soit trop courte avec ses 6-7 heures de durée de vie, vous pouvez souffler : à l'instar de ses modèles mcmilleniens, Celeste est bourré à craquer de secrets. Je vous parlais plus tôt des fraises à dénicher dans les niveaux mais il y a également les faces B, ces cassettes qui permettent d'accéder à des versions plus difficiles de chaque zone, les faces C pour les plus masochistes ou encore une version 8-bit de Celeste développée sur Pico-8.

J'aimerais passer des heures à vous détailler la myriade d'idées du jeu, l'intelligence avec laquelle le moindre piège est placé, la finesse et la douceur de son écriture ou sa bande-son d'une beauté à tomber. Mais la place me manque et il me reste une dernière chose à vous dire. J'ai passé la dernière partie du jeu une boule dans la gorge et les larmes aux yeux. Pas parce que le jeu a essayé de me faire chialer avec une musique triste ou la mort d'un personnage. Pas même par la puissance évocatrice de sa symbolique ou sa palette de couleurs délicate. Celeste a réussi à me filer des frissons parce que soudain le gameplay, la situation de l'héroïne, la musique et l'ambiance se sont coordonnées pour créer un moment de jeu d'une pureté, d'une élégance et d'une beauté absolues. Si j'ai failli pleurer dans les dernières minutes de Celeste, c'est uniquement parce que j'étais certain de ne pas revivre un aussi beau moment avant longtemps.

Notre avis

Pipomantis le 2 février 2018

| Modifié le le 14 avril 2025

Celeste n'est pas juste un bon, ni même un excellent jeu. C'est une leçon. Une leçon de rythme, de level design, de game design, de finesse, d'intelligence et de délicatesse envers son joueur. Peut-être le plus bienveillant des jeux masocore.