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Genre : city-builder
Développeur : Colossal Order (Finlande)
Éditeur : Paradox Interactive
Plateformes dispo : Windows, PS5, Xbox Series
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 57 Go
Date de sortie : 24/10/2023
Langues : français, anglais
Prix : 50 €
Bon, passons l'introduction habituelle où je rappelle ce qu'est Cities : Skylines 2. Je ne vais pas vous faire l'offense de vous décrire les mécanismes d'un city-builder, tout le monde a joué au premier épisode. Non, je veux aller droit au but : j'en ai gros sur la patate. Pour tout vous dire, je rentre juste d'une balade en forêt. Après avoir passé ma matinée sur Cities : Skylines 2, je me sentais tellement déprimé que j'avais besoin de voir la nature, de sentir l'humus, de caresser la mousse au pied des arbres. Quelle déception. Ce jeu aurait dû être mon Game of the Year, mon repas de Noël, mon petit plaisir de fin d'année. Alors, il faut que ça sorte. Il faut que j'extériorise mon amertume avant qu'elle ne fermente en moi. Laissez-moi donc vous raconter ma première partie de Cities : Skylines 2.
Une photo d'écran honnête de ce à quoi ressembleront vos débuts de parties.

Bas ou Moyen.

D'abord, ça rame. Pour une raison étrange, les options graphiques sont réglées par défaut à des niveaux absurdes, alors que le jeu manque encore cruellement d'optimisation. La première fois que j'ai lancé Cities : Skylines 2, ma GeForce 3090 turbinant comme un moteur d'avion de chasse n'arrivait même pas à produire plus de 20 fps sur une carte vide. Ça déstabilise. Après cinq minutes de bricolage, en passant quelques détails sur « bas » ou « moyen » et en dégageant des options bien trop gourmandes, la situation s'est améliorée.

Personne ne fera tourner cette usine à gaz à 120 fps.

Oh, bien sûr, personne ne fera tourner cette usine à gaz à 120 fps, mais disons qu'on peut y jouer à 40-50 fps sur un gros PC de joueur en 1440p, voire en 4K. Ce n'est pas fou, mais c'est praticable. De toute façon, la médiocrité des performances de Cities : Skylines 2, qui a fait couler tant d'encre électronique le jour de la sortie du jeu, n'est même pas ce qui me dérange le plus.

C'est grillé.

Ma tension artérielle a vraiment commencé à grimper lorsque j'ai dessiné le plan général de mon premier quartier. J'avais des idées folles plein la tête, je voyais des arabesques, des mouvements concentriques, des avenues élégantes opérant des courbes gracieuses au milieu de mes premières zones résidentielles. C'est possible. Mais le résultat est crade.

Le système de zoning, hérité de Cities : Skylines, est toujours aussi rigide et ne se comporte correctement que sur des villes en grille. Si les rues ne sont pas à angles droits, vous avez des trous partout entre les maisons. Dix ans après le premier épisode, alors qu'on a fait tant de progrès au niveau de la génération procédurale, les parcelles de terrain ne sont toujours pas capables de s'adapter aux courbes des avenues et aux angles des carrefours. Vous vouliez faire Paris, Londres, Tokyo ou Montauban ? Raté. Vous ne pourrez construire qu'une de ces villes nord-américaines sans intérêt, comme Salt Lake City ou Detroit.

Même en faisant l'effort de tout construire à angle droit, la grille se décale toute seule et laisse des trous entre les parcelles.

Drame de la course au réalisme.

Mais bon, je suis le garçon gentil, conciliant, alors je crée une grille bien propre, me battant au passage avec certaines bizarreries du placement des routes. On va dire que ça passe, même si l'exercice n'est pas passionnant, et que l'outil « Grille » censé le rendre plus rapide n'est pas aussi souple qu'espéré. Avant d'accueillir mes premiers habitants, je dois installer le réseau d'eau et d'électricité. C'est épouvantablement mal fait, le snapping des câbles et des tuyaux est mal fichu, on s'arrache les cheveux à trouver les connexions manquantes.

Des champs de maisons copiées-collées. Des zones commerciales grisâtres. Des étendues industrielles dégueulasses.

Allez, j'oublie ces petits défauts, car mes premiers bâtiments apparaissent. Et c'est... moche. Sans charme. Je ne peux pas le dire autrement. Les « débuts » de ville sont immondes. Vous avez des champs de maisons copiées-collées. Des zones commerciales grisâtres. Des étendues industrielles dégueulasses avec leurs fumerolles en sprite 2D. Tout baigne dans le marron et le vert délavé. D'accord, cette palette est plus réaliste (on avait beaucoup reproché à Colossal Order le côté cartoon des villes de Cities : Skylines), mais dieu que c'est laid. Le pompon revient aux résidences de densité moyenne, des row-houses en brique couleur dépression, qui donnent l'impression de voler au-dessus d'un quartier défavorisé d'une ville du nord de l'Angleterre. Même en mélangeant les deux thèmes architecturaux (européen et nord-américain), tout est répétitif et sans âme.
Niveau architecture, ça n'est vraiment pas la joie, même pour les gratte-ciels. Espérons que les packs régionaux gratuits amélioreront un peu les choses.

Jouer la montre.

OK, je respire par le nez. Ça n'est pas grave, me dis-je. Je vais progresser, débloquer les zones à densité élevée, et je suis certain qu'avec une poignée de gratte-ciels, Cities : Skylines 2 va devenir beaucoup plus sexy. Mais je comprends que cela va me prendre du temps. Et pas mal de frustration, parce que je nage un peu. Pourquoi l'indicateur RCI (qui nous vient tout droit du vieux Sim City) me demande-t-il de construire des zones résidentielles à faible densité, alors que ma bourgade en est déjà blindée ? Pourquoi mes commerces n'ont pas de clients ? Pourquoi mon industrie se plaint-elle de loyers trop élevés ? Pourquoi ma ligne de bus n'a que trois pauvres passagers dans une ville de 10 000 habitants ? Il faut aller chercher la réponse sur Internet, car le jeu n'explique pas grand-chose.

Le plus triste est que tout cela n'a pas vraiment d'importance. Même si les bâtiments se recouvrent de petites icônes désagréables indiquant divers problèmes, la population augmente inexorablement. Quoi que je fasse, je gagne quelques centaines d'habitants supplémentaires par minute de jeu. Il faut juste faire passer le temps.

City-builder ou city-painter ?

Pas de miracle. Contrairement à ce qu'avait laissé entendre Colossal Order, Cities : Skylines 2 n'est pas un jeu dans lequel l'aspect gestion revêt une grande importance. L'argent est sans objet, puisque le déficit budgétaire est épongé en permanence par des infusions massives de cash en début de partie. Et dès que vous atteignez 20-25 000 habitants, la trésorerie sera largement dans le vert. Les comptables vont s'emmerder. Quant à la partie « production de ressources », que l'on nous avait promise très poussée, elle est superficielle. En pratique, vous n'aurez jamais besoin de vous en soucier pour faire grossir la ville. D'ailleurs, elle est encore bourrée de bugs, comme l'a reconnu le studio quelques jours après la sortie du jeu. J’avoue que je ne m’en suis même pas aperçu, parce que c’est vraiment un aspect anecdotique et que les nouvelles industries spécialisées (champs de céréales, exploitation de bétail, puits de pétrole...) sont d’une laideur repoussante.

Deux ou trois mois par an, le jeu affiche des couleurs à peu près joyeuses. Le reste du temps, c'est ciel gris et palette terne.

C pas déco.

Alors pour m'occuper, je tente de faire un peu de déco. Mais l'exercice reste très limité. Pas de mobilier urbain à placer pour égayer un carrefour, le detailing dans Cities : Skylines 2 se résume à planter des arbres. Qui mettent d'ailleurs une éternité à pousser. Comptez plusieurs heures de patience avant d'admirer une simple rangée de tilleuls atteindre leur taille adulte. Vraiment dommage, car la végétation aurait rajouté un peu de douceur et de personnalité aux « villages » des débuts de partie.

J'aurais aussi beaucoup aimé avoir un outil me permettant de « peindre » les zones mortes entre les bâtiments (avec, par exemple une texture de béton), comme dans Cities XL, mais ce n'est pas non plus possible. Tant pis. Ah, l'automne arrive, car le jeu gère les saisons. Tout devient encore plus marronnasse. En prime la pluie se met à tomber. Je zoome sur une route pour voir s'il n'y aurait pas de jolis reflets sur l'asphalte mouillé. Non, que dalle. De toute façon, je n'ai pas le budget pour perdre 10 ou 15 fps.

Alors je joue à quoi ?

Je ne veux pas vous laisser comme ça, seul, perdu dans les plaines arides du gaming. Si vous avez une grosse envie d'urbanisme, il existe des jeux qui font beaucoup mieux que Cities : Skylines 2 dans son état actuel. Voici quelques exemples.

Workers & Resources : Soviet Republic
Le meilleur city-builder du marché, et de loin. Contrairement à CS2, c'est un vrai jeu de construction avec une gestion fantastique des ressources, de la logistique, des industries, de l'import/export. Les villes qu'on y crée ont un charme soviétique dingue. Un peu ardu à prendre en main, mais incroyablement addictif et profond une fois qu'on a compris les rouages.

Transport Fever 2
Un city-builder « indirect », dans lequel les villes se développent au fur et à mesure de l'infrastructure de transport qu'on y construit. L'organisation des trains/bus/avion/bateaux y est nettement plus riche que sur CS2. Il vaut dix euros de moins, et vous amusera sûrement deux cents heures de plus.

Anno 1800
Ce grand classique tourne bien mieux que CS2, ses cités du XIXe siècle sont cinquante fois plus belles et vivantes, vous avez une vraie gestion des ressources, et on peut même y construire des gratte-ciels (notamment l'Empire State Building) depuis les derniers DLC. Impossible de ne pas tomber amoureux de ce chef-d'œuvre.

Foundation
Si l'absence de detailing et les villes-grille de CS2 vous frustrent, alors jetez-vous sur cette petite merveille de city-builder médiéval et organique, que j'encense dans un article qui sera publié dans les prochains jours.

Au ras du sol, on peut admirer quelques paysages urbains sympathiques. Bizarrement, les rues sont remplies de Harley-Davidson clonées et les vélos n'existent pas.

Merci pour cette version anticipée prometteuse.

Une trentaine d'heures plus tard, ma cité dépasse enfin les 100 000 habitants. J'ai mes gratte-ciels. Ça fait toujours plaisir, même s'ils sont assez banals. Notez que j'ai quand même bien vu les progrès réalisés par Colossal Order. Les outils pour gérer le trafic sont beaucoup plus puissants, et on peut vraiment prendre du bon temps en construisant un bel échangeur autoroutier. Certains bâtiments spéciaux sont mignons. Les routes et les rails se posent de manière plus souple. Les fondamentaux du « jeu à la Sim City » sont respectés, il y a donc toujours une certaine satisfaction à voir grossir la ville. Mais en 2023, ce n'est plus suffisant.

Évidemment, je relancerai Cities : Skylines 2 dans un an.

Alors quel avenir pour Cities : Skylines 2 ? Chez moi, il va gentiment retourner au placard. Je n'ai simplement pas l'envie de recommencer une ville. Je sais qu'elle ressemblera trop à la précédente, qu'elle sera austère, impersonnelle, datée, que sa gestion restera superficielle, que je vais encore m'énerver contre les bugs et les bizarreries de l'interface. Évidemment, je le relancerai dans un an. Il y aura les mods, des bâtiments plus variés (le studio a déjà annoncé tout un tas de « packs régionaux » gratuits avec 2 500 nouveaux buildings) et probablement un ou deux DLC convenables. Peut-être le jeu sera-t-il plus lumineux, plus fluide. Peut-être aussi pourrons-nous décorer sérieusement nos boulevards. Car finalement, que sommes-nous, les fans de city-builder, sinon des peintres impressionnistes aimant faire virevolter leur pinceau sur l'asphalte de la ville ?

Notre avis

ackboo le 31 octobre 2023

| Modifié le le 16 novembre 2023

Ce Cities : Skylines 2 aurait simplement dû sortir en version anticipée. Certes, comme son aîné, il ne sera probablement jamais un grand jeu de gestion, mais on aurait au moins pu attendre de ce city-painter moderne qu'il nous permette de faire des villes belles à crever, avec tout ce qu'il faut niveau déco et variété des bâtiments. Pour l'instant, seuls les affamés du gratte-ciel auront la patience d'y jouer, en faisant abstraction des bugs, de quelques problèmes d'optimisation et de certaines promesses non tenues.