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Genre : construction, gestion de colonie
Développeur : Bay 12 Games (États-Unis)
Éditeur : Kitfox Games
Plateforme dispo : Windows
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 245 Mo
Date de sortie : 06/12/2022
Langue : anglais uniquement
Prix : 29 €
Depuis sa sortie en 2006, Dwarf Fortress est un jeu gratuit. Ses développeurs ont longtemps vécu des donations des fans qui leur ont garanti un maigre salaire : moins de trois mille dollars par mois à se partager à deux. Vous enlevez les taxes, ça ne fait pas lourd. Les inventeurs de l'un des jeux les plus influents et les plus novateurs du siècle étaient donc quasiment smicards, tapant dans leurs maigres économies pour continuer à coder leur chef-d'œuvre sur leur laptop bas de gamme.
La situation s'est un peu améliorée avec l'arrivée des donations Patreon en 2015, dont ils publient le montant chaque mois. Elles leur rapportent entre six et dix mille dollars. Une fraction de ce que doit toucher un Marketing Director of Gaming Analytics Strategy Development chez un gros éditeur, mais cela semblait leur suffire. Les frères Adams ne sont pas vraiment des amateurs de bling-bling, ce sont des artistes un peu tarés qui ont choisi de consacrer leur vie à Dwarf Fortress.

C'est le moment de récompenser le boulot phénoménal accompli par les frères Adams.

Mon royaume pour une Carte Vitale.

Mais les deux frères vieillissent. Et à l'aube de leurs quarante ans, ils ont commencé à se préoccuper de leur santé. Zach a souffert d'un cancer dans les années 2010. Il a dû se faire reconstruire une partie du visage, ce qui l'aurait ruiné s'il n'avait pas pu profiter de l'assurance santé de sa femme. Tarn, qui n'est pas marié, s'est alors rendu compte qu'il pouvait lui arriver la même chose – d'autant que cette maladie est récurrente dans sa famille. Voilà pourquoi ils ont décidé de sortir une version payante de leur jeu gratuit. Et figurez-vous qu'après avoir offert des années de plaisir à des millions de joueurs sans demander un sou, ils se sont sentis coupables de cette manœuvre. Ils avaient peur qu'on les traite de vendus.

Alors non, bien sûr, les frères Adams ne sont pas des vendus. Et si vous avez, comme moi, passé des nuits entières il y a cinq, dix ou quinze ans sur Dwarf Fortress sans débourser un rond, c'est le moment de récompenser le boulot phénoménal réalisé par ces deux bonshommes. OK, la facture est un peu élevée. Dwarf Fortress est vendu 29 euros sur Steam et Itch.io, dix euros de trop par rapport à ce qui aurait été, à mon humble avis, un prix raisonnable. À ce tarif, vous aurez tout de même un peu plus que le Dwarf Fortress original – qui reste d'ailleurs actif et disponible gratuitement au téléchargement.

Les forteresses naines n'ont jamais été aussi lisibles, colorées et, oserais-je dire, mignonnes.

La souris, summum de la modernité.

Le premier changement est évidemment graphique. Certes, plus grand monde ne jouait encore au jeu avec ses célèbres caractères ASCII illisibles. Les nombreux Graphics Sets disponibles permettaient déjà d'améliorer la situation. Ce Dwarf Fortress commercial offre néanmoins une qualité supérieure à ce à quoi nous avons été habitués. Le moteur de jeu n'a pas radicalement changé, les animations sont inexistantes, mais les forteresses naines n'ont jamais été aussi lisibles, colorées et, oserais-je dire, mignonnes. C'est à peine plus moche que Vampire Survivors, par exemple.

Si l'aspect visuel est un peu moins rébarbatif, la vraie révolution s'est faite au niveau de l'interface et des contrôles. Dwarf Fortress a toujours été pénible à prendre en main : il ne se jouait quasiment qu'avec des raccourcis clavier à apprendre par cœur, passage obligé de son abominable courbe d'apprentissage. Aujourd'hui, grâce à des technologies de pointe issues de l'industrie spatiale, il est enfin possible de tout faire à la souris. Vous avez des boutons avec des icônes colorées pour appeler des menus à peu près cohérents. Vous pouvez scroller au mulot et zoomer à la molette. Vertigineux. Un être humain normalement constitué s'y retrouvera. C'était l'ambition principale de cette version payante, elle est atteinte.
Ne comptez pas trop sur le nouveau tutoriel : il faudra toujours bûcher la Wiki officielle du jeu pour s'en sortir au-delà des dix premières minutes.

Payer votre dette.

Je l'ai dit plus haut, la question de l'achat de cette version payante ne se pose même pas si vous avez déjà passé du bon temps sur Dwarf Fortress. Vous payez votre dette aux frères Adams, vous repartez pour deux cents heures de jeu en première classe, c'est gagnant-gagnant. Mais l'investissement vaut-il le coup pour un joueur qui a toujours été effrayé par Dwarf Fortress ? Qui a aimé ses descendants (Rimworld, Going Medieval, King Under The Mountain, ClanfolkAmazing Cultivation Simulator, Stranded : Alien Dawn et j'en passe), sans jamais oser s'attaquer au Père Fondateur ?

Dwarf Fortress reste une grande expérience ludique.

Ma réponse sera moins définitive. Bien sûr, Dwarf Fortress reste une grande expérience ludique. C'est le jeu-pionnier d'un genre majeur. Par certains aspects, il est toujours plus profond que son fils prodige, Rimworld, notamment dans sa simulation du monde extérieur à la colonie et sa carte à étages multiples. Cependant, soyez prévenus que l'ovni des frères Adams, malgré les améliorations dont il vient de bénéficier, ne sera jamais aussi accessible et confortable que les nombreux jeux qu'il a inspirés. Que cela ne vous empêche pas, si vous avez trente euros de côté, du temps libre et une vraie motivation, de découvrir ce grand morceau de l'Histoire du jeu vidéo.

Notre avis

ackboo le 19 décembre 2022
Comme prévu, voilà donc le légendaire Dwarf Fortress avec des graphismes lisibles et une interface abordable. Vous trouverez sûrement une bonne raison d'acheter enfin ce chef-d'œuvre du jeu vidéo, même s'il est vendu un peu cher et qu'il reste encore en dessous des standards actuels en termes d'ergonomie, de souplesse et de qualité graphique.