Développeur : Paradox Tinto (Espagne)
Éditeur : Paradox Interactive
Plateforme dispo : Windows
Téléchargement : 14 Go
Date de sortie : 04/11/2025
Langues : français, anglais
Prix : 60 €
| Modifié le le 16 janvier 2026
Douze ans que nous n'avions pas eu d'Europa Universalis. Et ça me manquait, car après avoir découvert la stratégie sauce Paradox sur Hearts of Iron II en 2005, c'est cette franchise qui a cimenté mon amour pour ce studio. Pour ce cinquième épisode, développé en Espagne sous la direction de l'incontournable Johan Andersson, les développeurs de Paradox nous avaient promis une simulation historique, politique, sociologique plus complexe que tout ce que nous avions vu jusqu'à présent. Je peux vous le dire tout de suite : ils ont tenu parole.
OCR et OCDE
Justement, je n'avais pas fini de plisser les yeux. Après avoir défoncé le Maroc et l'Émirat de Grenade, j'ai commencé à étudier sérieusement les huit onglets du fameux « gros menu à gauche » qu'on retrouve dans tous les jeux Paradox. Après deux bonnes heures passées à me gratter la tête, j'ai détourné mes yeux rougis de l'écran et me suis murmuré : « Oh. Mon. Dieu. »Des calculs d'attractivité commerciale, d'équilibre offre-demande et de balance d'import-export dignes d'un rapport de l'OCDE.
Automatic for the people
Les développeurs de Paradox ont bien senti que leur simulation historique était aux limites de ce que nous pouvions raisonnablement gérer. Ils ont donc programmé tout un système d'automatisation qui vous permet de déléguer des pans de jeu entiers à l'intelligence artificielle. Je trouve ça un peu triste. C'est comme si on me disait : « On a codé un truc, on s'est rendu compte que c'était imbitable, du coup, vous pouvez appuyer sur un bouton pour ne plus avoir à vous en préoccuper. » Lorsque je paye un jeu 60 €, je n'ai pas envie que ce soit l'IA qui y joue à ma place.
Cela dit, le système fonctionne. Le tutoriel conseille même, pour les premières parties, d'automatiser les taxes, la production et le commerce (soit une bonne moitié du jeu). Cela évite de sombrer dans un gouffre de micromanagement, au prix de quelques frustrations – par exemple, lorsque l'IA décide de construire dix bâtiments d'un coup en siphonnant toutes les économies que vous aviez faites en prévision d'une guerre.
Qu'est-ce que le Tiers-État ?
Et ça ne s'arrête pas là, ma bonne dame. Vous voulez de la simulation politique ? Vous allez en avoir, avec un luxe de détails délirant. La population, modélisée à l'habitant près, est désormais divisée en plusieurs ordres (noblesse, bourgeoisie, paysannerie et quelques variantes locales), avec chacun leur religion, leur culture, leurs ambitions, leurs orientations géopolitiques. Il faut surveiller en permanence leur niveau de satisfaction, leur fiscalité, leurs besoins économiques, les apaiser (ou les énerver) à coups de privilèges pour gagner des bonus sur un nombre hallucinant de paramètres.Europa Universalis V est un monstre de complexité.
Mon royaume pour un manuel de 300 pages
Tout cela, bien sûr, se paye en heures d'apprentissage. Et il faut s'accrocher. L'interface labyrinthique peine à présenter la quantité astronomique d'informations nécessaires à la compréhension du jeu. D'incessantes alertes et pop-up exigent de prendre des tonnes de décisions microscopiques pour modifier des fractions de pourcentage sur un paramètre obscur, dont il faut saisir l'importance (ou l'inutilité) en lisant des kilomètres de texte nichés dans des cascades d'infobulles. Sans vrais tutoriels – ceux proposés en début de partie, comme les Missions, restent superficiels – ni manuel de jeu, la courbe d'apprentissage est un chemin de croix.Plus gros, plus grand, plus détaillé que l'épisode précédent, sans être révolutionnaire.
Cours et ne te retourne pas
Je vous vois arriver, oui, vous, le néophyte total, qui se dit que cet Europa Universalis V serait peut-être l'occasion de découvrir ces fameux « jeux à la Paradox » dont je vous rebats les oreilles depuis des années. Mon conseil : fuyez. Le jeu est bien trop complexe pour un débutant et vous écœurera rapidement. Si vous voulez vous mettre à la grande stratégie façon Paradox, commencez plutôt par les versions « vanilla » (sans aucun DLC) de titres plus abordables comme Crusader Kings III, Hearts of Iron IV ou Stellaris.