Dans mon entrée, il y a une applique murale. Elle est hyper importante, parce que sinon on n’y voit vraiment rien, c’est un coup à enfiler ses chaussures sur le mauvais pied. L’ampoule a claqué le jour de la sortie de Helldivers 2. Il faudrait que je la change, mais voilà, je ne peux pas m’arrêter. Je ne peux pas décrocher de Helldivers 2. Cet article, c’est un peu mes adieux à la lumière.

Helldivers, en 2015, c’était le feu. On atterrissait à quatre potes sur une planète exotique et on dézinguait de l’alien à la pelle en essayant de ne pas trop se prendre les balles perdues des autres ; on planifiait, on transpirait, on loupait, on rigolait, on triomphait, on recommençait. Je ne vois pas comment le dire autrement : c’était le feu. Mais une partie de ce feu venait d’un certain minimalisme et du point de vue isométrique, avec une caméra partagée par tous les joueurs (si vous vouliez aller à droite, il fallait que tout le monde suive). C’était donc un pari risqué, pour les développeurs, de passer à une perspective 3D plus classique pour Helldivers 2, de donner à chacun sa caméra et de troquer les décors cartoons vus de loin pour du pseudo-réalisme vu de près. J’étais dubitatif, comme si Michel-Ange annonçait soudain qu’il se mettait à dessiner la suite de One Piece.
Leur dictature barbare ne résistera pas à nos méthodes pacifiques !
Et puis BLAM. Ma capsule a atterri et pour la première fois j’ai connu la plus merveilleuse, la plus délicieuse des sensations : j’ai senti mes doutes se dissoudre en quelques secondes. J’étais sur une colline rocailleuse, devant une lande verte et orange qui évoquait l’Écosse. J’ai appelé une mitrailleuse lourde qui a foncé depuis l’orbite et s’est écrasée à un mètre de moi dans un grand bruit en soulevant une énorme gerbe de terre. Au loin, par-delà un pic rocheux ou un grand lac d’eau calme, on distinguait une tour radar en ruine, ailleurs une patrouille d’insectoïdes géants, à un autre endroit une tanière d’aliens crachant une fumée orange. La cape de mes alliés flottait au vent. On était à la maison.

Plongée sur marines.

Il ne s’agissait que d'une première impression, mais après trente heures de Helldivers 2, je suis en mesure de vous le confirmer : ce jeu est ma nouvelle maison. Je n’aurais pourtant pas parié sur un shooter pensé comme une parodie de Starship Troopers, où l’on incarne l’un des courageux soldats de la Super-Terre dans leur lutte pour répandre la « liberté » sur des planètes d’insectes géants ou de robots surarmés. Le troisième type d’ennemi – d’élégants androïdes sans doute conçus par Apple – a disparu, mais à part ça toutes les cases du premier Helldivers sont cochées : l’humour des répliques patriotiques outrancières, le friendly fire à peu près constant, les stratagèmes (soutien aérien, tourelles, munitions, armes spéciales) à appeler qui s’écrasent au sol dans des capsules.

Ce mélange aurait dû donner un jeu d’apéro rigolo. Un petit jeu. Au lieu de ça, on tient là un grand, grand jeu. Un jeu joyeusement con certes, mais aussi un jeu impressionnant, décoiffant, captivant, un jeu qui brosse dans le sens du poil mon amour du détail, de la tactique et de la coop’ exigeante. Chaque joueur n’a droit qu’à quelques stratagèmes, ce qui force à adapter le matos à la mission et à ce que prennent les potos. Chaque théâtre d’opérations a ses spécificités, de la planète-jungle plongée dans une nuit perpétuelle à la planète arctique où les congères ralentissent mais où les armes surchauffent moins. Chaque ennemi, du plus petit alien agile au plus imposant mecha-robot blindé, a son propre comportement, ses propres points forts et ses points faibles. Chaque scène d’action, à force de tirs d’artillerie terrifiants, de poussière qui vole, de lasers qui fusent et de soldats qui se jettent à terre, est digne d’Hollywood – et le maniement si satisfaisant des armes, dont on ressent toute la puissance, rajoute encore au jouissif.

Un jeu impressionnant qui brosse dans le sens du poil mon amour du détail, de la tactique et de la coop’ exigeante.

Guerre et paix.

Tout n’est pourtant pas qu’action. Helldivers 2 laisse une large place à l’exploration, dans de grandes cartes procédurales où l’on peut certes accomplir l’objectif principal et appeler la navette pour s’extraire en défendant chèrement sa position, mais où il est bien plus malin de prendre son temps. Le décor est rempli de bâtiments désaffectés parsemés de loot et de munitions, de bases d’ennemis de différentes tailles à raser, d’objectifs secondaires qui donnent un gros bonus d’XP et un avantage tactique (réparer une tour radar met des marqueurs sur la minimap, charger un immense canon abandonné permet de lui faire tirer ses obus où l’on veut). Et puis foncer à perdre haleine et tirer sur tout ce qui bouge est une erreur de débutant : pour économiser les munitions et les vies, il vaut mieux se faire discret, se faufiler entre les patrouilles et frapper vite et fort.

La variété des stratagèmes à débloquer assure que deux joueurs n'auront que rarement un matos identique.
Avec autant de qualités, Helldivers 2 aurait pu se permettre d’avoir des menus chiants et sans âme, mais pas du tout. Entre les missions, on se balade sur la passerelle de notre vaisseau spatial ; on le regarde se déplacer sur les zones de mission et on observe les autres vaisseaux tirer vers la surface, on regarde une chaîne d’infos en continu qui fleure bon la propagande et puis, surtout, on débloque de nouveaux trucs. Les points d’expérience et les différentes ressources permettent d’obtenir de nouveaux stratagèmes, des bonus passifs ou de nouvelles armes de base, ainsi que des cosmétiques. Tout n’est pas toujours bien expliqué, mais la promesse de nouvelles options tactiques fonctionne parfaitement pour que le jeu conserve son intérêt. Je regrette quand même l’absence des véhicules et des améliorations d’armes, des acquis du premier Helldivers qui auraient été plus que bienvenus ici.
Alors voilà, je n’ai pas la place de mentionner toutes les qualités du jeu (comme le doublage exalté, même en VF) et question défauts, il me reste juste à mentionner quelques bugs et une semaine de sortie mouvementée, avec des serveurs qui peinaient sous la charge. Reste que son potentiel de jeu-service est évident – les développeurs évoquent d’ores et déjà moult mises à jour et l’arrivée prochaine des mechas. Même sans parler du futur, on tient aujourd’hui un jeu qui en met plein les mirettes et comble amplement les attentes des joueurs qui, comme moi, cherchent de l’action spectaculaire mâtinée de tactique. Et si vous n’êtes pas comme moi, eh bien écoutez, c’est comme l’ampoule de mon entrée : de toute façon, je ne vous changerai pas.

Helldivers 2 | Notre avis : 9

J’ai rarement pris autant de plaisir en multi que dans Helldivers 2. Avec un bon groupe de potes (tout seul, c’est plus triste), il y a de quoi se sentir comme dans un bon film de guerre à deux cents à l’heure, qui permettrait en prime de profiter de nombreuses possibilités tactiques. Tout ça pour répandre la super-démocratie à travers le cosmos. Si en plus c’est pour une bonne cause…