Développeur : Ryū ga Gotoku Studio (Japon)
Éditeur : Sega
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : PlayStation 5
Téléchargement : 39,36 Go
Date de sortie : 20/02/2025
Langues : japonais sous-titré en français
Prix : 60 €
| Modifié le le 15 mars 2025
Sabres au clair et pistolet à silex bourré de poudre, le cache-œil malicieux qui fixe les cadavres en devenir, et une dégaine toujours Shōwa, pour toujours Shōwa. Gorō Majima n’est pas un personnage comme un autre, c’est un marqueur de la saga Yakuza. Un gars ultra-violent, parfois très drôle, parfois sociopathe de comptoir, dont le charisme ne fait pas question. Le voici désormais au premier plan d’une rocambolesque épopée dont on n'aurait osé rêver.
Marin d’eaux louches
Sous les feux du soleil du Pacifique, le Gorōmaru file comme une onde entre les rocs ancrés dans la mer et les phares sans vie, déchirant les rideaux de vagues, frôlant les tourbillons d’eau et les tempêtes d’éclairs. Un vaisseau, il faut l’entretenir, le cajoler, le façonner à notre image. La coque en plaqué or, les voiles japonaises qui caressent des mâts tendus vers le ciel, et une statue de moi-même à la poupe, ça en jette. La cohérence, on la balance à la cale. Notre ligne de flottaison, c’est le n’importe-quoi. Mais jamais avec n’importe qui.Faisons simple : la structure s’avère très similaire à celle de Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased His Name. Du côté du monde, on prend la grande carte du jeu précédent, à savoir Honolulu, sur laquelle sont disposées quelques nouvelles quêtes secondaires, on ajoute une zone supplémentaire qui fait office d’enjeu narratif, un endroit pas bien grand mais avec une bonne gueule et qui dispose de divertissements en tout genre. Viennent se greffer des maigres espaces inédits par-ci par-là, comme ce port de fortune où l’on se rend pour nourrir des poules, des singes, des chats, même un petit tigre potelé, tout en vérifiant ses plantations de fruits étranges.
Vos armes ? Des mitraillettes cocotier, des lance-requins ou encore des canons laser. Quelques roquettes crèvent l’écran de fumée, le lance-flamme finit le boulot.
Plus question de jouer au Roger Moore de chez Wish à la Kiryū, Majima choisit une posture de malandrin où l’armement traditionnel fait le spectacle, un show affuté par de mystérieux instruments qui invoquent des monstres magiques. D’improbables combinaisons, des attaques virevoltantes, uniques et pas chères, ou encore des contres spéciaux se débloquent au fil de l’aventure. On ne s’ennuie pas à tabasser du bandit, même si la répétitivité est inhérente à ce type de proposition. De toute façon, la gestion bancale des courses et des mouvements de caméra vous apportera votre dose de challenge, surtout quand une centaine d’ennemis vous foncent dessus.
Cabotin cabotage
Si Gaiden offrait une durée de vie d’une vingtaine d’heures, Pirate Yakuza allonge la sauce. D’une manière assez artificielle, il faut le dire, puisque les trajets en navire prennent trois plombes, des courses un peu forcées car le déplacement rapide ne s’effectue qu’entre les rares phares, des lieux sont souvent éloignés des destinations à atteindre. Alors on se prend à écouter en boucle Koi no Disco Queen, une main sur le gouvernail, l’autre dans la poche. Quand vous approchez d'un repaire, c’est l’heure de la grande beuverie où les pintes s’entrechoquent. Puis on jette de nouveau le filet de pêche à la mer dans l’espoir de récupérer des matériaux de choix, même si la ferraille rouillée pollue même les eaux fictives.En dehors de la quête principale, vous aurez ainsi une succession de mini-cartes avec de courts niveaux et des affrontements en mer. Les phases terrestres se déroulent soit de façon linéaire, soit dans une arène où tout le monde se rouste, quand les phases maritimes proposent des combats relevés entre embarcations. L’enjeu est de récupérer les merveilles éparpillés dans le monde, à la fois pour le pactole et votre réputation de pirate, mais aussi afin de débloquer de nouvelles spéciales pour Gorō.
Il a souqué
Sans l’ombre d’un doute, la grande qualité de Pirate Yakuza est son récit ou plutôt l’envers de celui-ci, une histoire d’une belle tendresse entre un type cruel et marrant qui a tout oublié, et un gamin qui aimerait explorer l’horizon. C’est improbable mais ça passe car on sait que Majima a la tête ailleurs, bien loin de là. Oui, le surjeu caractéristique de la série débouche sur quelques moments complètement dingues, dont une interminable scène optionnelle en live-action et un final en patchwork. Cependant, l’affection qu’éprouve Gorō pour les siens ne fait jamais de doute. Il est un lien entre des êtres, entre des hémisphères. Les toutes dernières secondes serrent ainsi le cœur. Pirate Yakuza est inégal mais pas sans saveur, et les Yakuza disent toujours quelque chose du Japon d’aujourd’hui.Si la culture japonaise fascine, bien peu d’étrangers comprennent quelque chose à la mentalité des Japonais et des Japonaises, en particulier la spatialisation du langage qui permet la liaison entre les personnes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la pragmatique, ou la contextualisation de la langue, est l’une des sous-branches de la linguistique les plus dynamiques à l’université dans l’archipel. Le narratif de la piraterie à la japonaise dans Pirate Yakuza illustre, par exemple, aussi bien l’imbrication entre les concepts d’uchi (intérieur), soto (extérieur) et naka (dedans) que la compétence (bun) comme part d’un tout qui permet de faire face (awase). La différence fondamentale entre uchi et naka, souvent mal comprise, vient de ce désir de connexion.