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Genre : action, aventure
Développeur : Ryū ga Gotoku Studio (Japon)
Éditeur : Sega
Plateformes dispo : Windows, PS4/5, Xbox One/Series
Plateforme test : PlayStation 5
Téléchargement : 39,36 Go
Date de sortie : 20/02/2025
Langues : japonais sous-titré en français
Prix : 60 ‎€
Dans les ruelles de Tokyo, Gorō aime à revêtir une veste en peau de serpent sur son torse nu, le pantalon moulant et les chaussures cirées. À l’autre bout du monde, l’homme troque son style pour une dégaine de pirate, et ça lui va plutôt bien. Toujours classe, jamais ridicule. Le mauvais goût en étendard, sans la gêne. Mais comment fait-il ? Même son amnésie, on se prête à y croire. Tout débute sur une plage, allongé dans le sable comme le Dormeur du val de Rimbaud embrasse l’herbe. Pourtant lui n’est pas mort – eh oui, je viens de vous spoiler un poème de 1870, restez sur vos gardes.
Celui qui n’est pas bien méfiant, c’est ce gamin lui tendant de l’eau. Comment les deux arrivent à parler la même langue ? Aucune idée, même la voix-off lâche l’affaire. Après tout, ça a peu d’importance. Une heure plus tard, nous sommes déjà sur un navire, un semblant d’équipage à nos côtés, et une longue chasse au trésor qui s’ouvre sur un océan fantasmé. Là, les hordes d’opposants vont déferler sur mer, sur terre, partout. Rassurez-vous, pas question pour autant de manquer la langueur du karaoké, entre deux whiskys virtuels ou bien réels.

Marin d’eaux louches

Sous les feux du soleil du Pacifique, le Gorōmaru file comme une onde entre les rocs ancrés dans la mer et les phares sans vie, déchirant les rideaux de vagues, frôlant les tourbillons d’eau et les tempêtes d’éclairs. Un vaisseau, il faut l’entretenir, le cajoler, le façonner à notre image. La coque en plaqué or, les voiles japonaises qui caressent des mâts tendus vers le ciel, et une statue de moi-même à la poupe, ça en jette. La cohérence, on la balance à la cale. Notre ligne de flottaison, c’est le n’importe-quoi. Mais jamais avec n’importe qui.

Faisons simple : la structure s’avère très similaire à celle de Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased His Name. Du côté du monde, on prend la grande carte du jeu précédent, à savoir Honolulu, sur laquelle sont disposées quelques nouvelles quêtes secondaires, on ajoute une zone supplémentaire qui fait office d’enjeu narratif, un endroit pas bien grand mais avec une bonne gueule et qui dispose de divertissements en tout genre. Viennent se greffer des maigres espaces inédits par-ci par-là, comme ce port de fortune où l’on se rend pour nourrir des poules, des singes, des chats, même un petit tigre potelé, tout en vérifiant ses plantations de fruits étranges.

Vos armes ? Des mitraillettes cocotier, des lance-requins ou encore des canons laser. Quelques roquettes crèvent l’écran de fumée, le lance-flamme finit le boulot.

Puis c’est l’heure des allers-retours, encore et encore. Des mini-jeux se débloquent, une poignée sont vraiment marrants, d’autres plus classiques. Les déambulations permettent aussi de retrouver des visages connus, dont certains se laissent recruter pour jouer au forban ; après tout, de nos jours, les héros et les méchants ne cessent de changer de camp, comme aimait à l’écrire Ian Fleming dans Casino Royale (1952). Du côté du gameplay, à l’instar de Gaiden, on repasse sur du combat en temps réel avec un combattant qui dispose de deux styles.

Plus question de jouer au Roger Moore de chez Wish à la Kiryū, Majima choisit une posture de malandrin où l’armement traditionnel fait le spectacle, un show affuté par de mystérieux instruments qui invoquent des monstres magiques. D’improbables combinaisons, des attaques virevoltantes, uniques et pas chères, ou encore des contres spéciaux se débloquent au fil de l’aventure. On ne s’ennuie pas à tabasser du bandit, même si la répétitivité est inhérente à ce type de proposition. De toute façon, la gestion bancale des courses et des mouvements de caméra vous apportera votre dose de challenge, surtout quand une centaine d’ennemis vous foncent dessus.
À nous la bière philosophale.

Cabotin cabotage

Si Gaiden offrait une durée de vie d’une vingtaine d’heures, Pirate Yakuza allonge la sauce. D’une manière assez artificielle, il faut le dire, puisque les trajets en navire prennent trois plombes, des courses un peu forcées car le déplacement rapide ne s’effectue qu’entre les rares phares, des lieux sont souvent éloignés des destinations à atteindre. Alors on se prend à écouter en boucle Koi no Disco Queen, une main sur le gouvernail, l’autre dans la poche. Quand vous approchez d'un repaire, c’est l’heure de la grande beuverie où les pintes s’entrechoquent. Puis on jette de nouveau le filet de pêche à la mer dans l’espoir de récupérer des matériaux de choix, même si la ferraille rouillée pollue même les eaux fictives.

En dehors de la quête principale, vous aurez ainsi une succession de mini-cartes avec de courts niveaux et des affrontements en mer. Les phases terrestres se déroulent soit de façon linéaire, soit dans une arène où tout le monde se rouste, quand les phases maritimes proposent des combats relevés entre embarcations. L’enjeu est de récupérer les merveilles éparpillés dans le monde, à la fois pour le pactole et votre réputation de pirate, mais aussi afin de débloquer de nouvelles spéciales pour Gorō.

Lors des phases en navire, on tourne autour de cibles plus ou moins mouvantes, en canardant de face, à bâbord ou à tribord. Vos armes ? Des mitraillettes cocotier, des lance-requins ou encore des canons laser. Quelques roquettes crèvent l’écran de fumée, le lance-flamme finit le boulot. S’ensuit l’abordage où vous vous jetez avec votre équipage pour des affrontements massifs, bordéliques. Des échauffourées où l’on déclenche des bonus passifs à intervalle régulier pour faciliter l’affaire, même si le meilleur choix reste le tir de loin, bien planqué à l’autre bout du bateau, la hanche sur le cordage comme on s’assoit au comptoir.

Il a souqué

Sans l’ombre d’un doute, la grande qualité de Pirate Yakuza est son récit ou plutôt l’envers de celui-ci, une histoire d’une belle tendresse entre un type cruel et marrant qui a tout oublié, et un gamin qui aimerait explorer l’horizon. C’est improbable mais ça passe car on sait que Majima a la tête ailleurs, bien loin de là. Oui, le surjeu caractéristique de la série débouche sur quelques moments complètement dingues, dont une interminable scène optionnelle en live-action et un final en patchwork. Cependant, l’affection qu’éprouve Gorō pour les siens ne fait jamais de doute. Il est un lien entre des êtres, entre des hémisphères. Les toutes dernières secondes serrent ainsi le cœur.  Pirate Yakuza est inégal mais pas sans saveur, et les Yakuza disent toujours quelque chose du Japon d’aujourd’hui.

Si la culture japonaise fascine, bien peu d’étrangers comprennent quelque chose à la mentalité des Japonais et des Japonaises, en particulier la spatialisation du langage qui permet la liaison entre les personnes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la pragmatique, ou la contextualisation de la langue, est l’une des sous-branches de la linguistique les plus dynamiques à l’université dans l’archipel. Le narratif de la piraterie à la japonaise dans Pirate Yakuza illustre, par exemple, aussi bien l’imbrication entre les concepts d’uchi (intérieur), soto (extérieur) et naka (dedans) que la compétence (bun) comme part d’un tout qui permet de faire face (awase). La différence fondamentale entre uchi et naka, souvent mal comprise, vient de ce désir de connexion.

En clair, le sens de la camaraderie des uns et des autres découle d’une conscience de l’espace, ici le navire, et les personnes qui investissent cette espace (nakama) forment l’équipe. Chaque membre a un rôle, une qualité ou une capacité qui relève du bun (分), c’est à la fois autant une responsabilité (mochibun) qu’un partage (wakemae, « wake » étant une des lectures du kanji), ou encore un statut social (bunzai). Autrement dit, l’exercice de la piraterie, un travail d’équipe, est vu comme l’agglomération et la combinaison de tous les bun dans un lieu qui unit les gens, les fonctions et la langue.

Notre avis

Rudyard Clipping le 20 février 2025

| Modifié le le 15 mars 2025

Un titre qui respire le cinéma japonais rebelle des années 1970, le protagoniste le plus fou d’une des franchises les plus folles, et une histoire qui n’a de sens que celui qu’on veut bien lui donner. Plutôt qu’une molle perfection, le sourire au large. La note compte peu, car vous savez déjà que le GO(rō)TY vous ouvre les bras. Qu’attendez-vous pour saisir cet instant déchiré ?