C'est un jeu qui commence comme tant d'autres, sous la plume d'un scénariste à l'inspiration en berne : la Terre est morte et l'humanité vient de voyager pendant 83 ans pour trouver son nouveau foyer. Mais notez que nous aurions plus vite fait de résumer ces survivants aux Américains, puisque le premier contact avec la nouvelle planète va se résumer à des camions qui défoncent la flore, avant de vomir des légions de cowboys surexcités. Bienvenue dans Outriders, le jeu qui ne voit jamais plus loin que le bout de son nez.

Vous vous en doutez déjà : rien ne va se passer comme prévu. La planète est bourrée de tempêtes magnétiques qui, au pire, désintègrent ceux qui s'y trouvent et au mieux, leur donnent des pouvoirs surhumains. Et ne me demandez pas qui sont les Outriders : je ne sais rien, trop occupé que j'étais à vomir mon quatre-heures lors des scènes cinématiques. Car dans le titre de People Can Fly, on aime narrer l'histoire comme si Le Fils de l'Homme avait été tourné par un Alfonso Cuarón défoncé à l'energy drink. Mais ce montage frénétique et ces caméras à l'épaule ultra turbulentes ont au moins un mérite : celui de refléter parfaitement la forme du jeu, avec ses personnages qui hurlent et jurent en permanence pour compenser la nullité abyssale du scénario « pan pan boom boom argl explosion ». Et maintenant que l'intégralité du studio est à quatre pattes au sol avec les tympans éclatés par tout ce que je viens de vous dire, entrons dans le vif du sujet et décrivons le gameplay. Avec un peu de chance, leurs oreilles siffleront jusqu'à faire éclater leurs têtes comme des pastèques.

Maths au beurre.

Pour résumer Outriders, imaginez Borderlands qui se joue comme Gears of War, mais sans jamais parvenir à toucher du doigt ce qui rend certains shooters looters excitants. Commençons par les classes : au nombre de quatre, elles permettent d'endosser autant de rôles qui vont du tank au soutien, en passant par l'amateur de combats rapprochés et un dernier que l'on présentera comme « l'hommeNote : 1 à tout faire ». Des classes qui, au premier abord, semblent amusantes avec leurs capacités spéciales très satisfaisantes à utiliser, à l'image du coup de sabre de l'Illusionniste qui désintègre ses ennemis au ralenti. Puis on jette un œil aux arbres de compétences, impatient de voir ce que le jeu a dans le ventre et c'est la douche froide : malgré des branches riches et variées, Outriders borne l'évolution des personnages à de simples améliorations statistiques. Oui, n'espérez pas débloquer une compétence qui vous permettra d'arborer une armure unique ou de colorer nettement votre façon de jouer, le titre se contentant d'une froideur toute mathématique pour accompagner votre progression. Bien sûr, les amateurs de builds savamment calculés y verront de quoi se créer un personnage sur mesure, mais difficile d'oublier pour autant cette incroyable impasse sur ce qui tend à rendre ce genre de jeux savoureux.

Note 1 : Ou la femme, le jeu permettant de customiser un peu son avatar.

"Félicitations, vous venez de tuer votre premier boss. Veuillez accepter ces trois objets moyens-bof en récompense."

Encore un jeu à la planque.

Avec ses builds profonds mais finalement peu excitants, Outriders se rattrape avec une partie shoot qui fait le job, à défaut d'être mémorable. Oui, les armes ont du punch et on apprécie toujours de transformer un ennemi en bolognaise avec un coup de fusil à pompe. Et bien sûr que ça claque de foncer dans le tas pour découper tout le monde, avant de se replier avec une téléportation. Mais cela n'enlève, hélas, rien au fait que le jeu reste extrêmement répétitif : on entre dans une arène, on flingue tout le monde dans un combat souvent interminable, on traverse un couloir avec un peu de blabla scénaristique et ainsi de suite, avec parfois un gros boss pour donner le change. Plus gênant, ces arènes ont tôt fait de souligner au marqueur fluo la plus grosse incohérence du titre, qui se rêve tantôt en Gears of War, tantôt en Borderlands, sans jamais parvenir à trancher. Car comment expliquer autrement l'omniprésence de couverts dans un jeu qui vous pousse à foncer dans le tas pour récupérer de la vie, tandis que ses ennemis vous délogent avec une pluie de grenades dès que vous restez un peu trop longtemps sans bouger ? Sans rire, j'ai même reçu un mug à l'effigie du jeu où l'on peut lire « Les couverts sont pour les couards ». Alors à quoi bon nous filer des fusils de sniper quand seuls les fusils à pompe et les mitrailleuses lourdes ont voix au chapitre ? En somme, le titre de People Can Fly est, pour une raison qui me dépasse, un Gears of War punissant celles et ceux qui se mettent à couvert, tout en leur offrant pourtant des outils qui les incitent à jouer comme ça. Bizarre, mais peut-être pas autant que le loot du jeu.

Oui, on peut aussi customiser son camion, grâce à de très nombreuses options. Et, oui, ça ne sert à rien du tout.

Même ça, c'est looté.

Dans Outriders, la difficulté se gère assez simplement, via un menu qui permet de choisir le niveau du monde. L'équation est simple : plus celui-ci est élevé, plus les ennemis seront forts et plus le loot rare sera présent. Ça, c'est sur le papier. Dans les faits, la difficulté du titre se résume surtout à de bonnes grosses montagnes russes, avec des sous-sous-boss qui peuvent nous meuler en boucle pendant 20 minutesNote : 2 et des vrais boss qui explosent sans rechigner après trois malheureux essais. Ou parfois l'inverse. N'y cherchez pas la moindre logique, vous allez vous faire mal, tout comme j'ai souffert en découvrant la pauvreté du loot. Car ici, pas question de s'enfiler des petites décharges de dopamine en éclatant des boss et en ouvrant de gros coffres qui font jaillir des tonnes de loot, l’immense majorité de ces « conteneurs » ayant la fâcheuse tendance à ne lâcher qu'un ou deux objets qui, comble de malheur, sont rarement marquants. Et le sacro-saint loot légendaire dans tout ça ? Réduit à des skins plus bling-bling que la moyenne, ainsi que des bonus plus puissants mais très semblables à ceux déjà proposés par les pétoires de niveau « rare ». Bref, refermons ce chapitre, asseyons-nous autour d'un chêne centenaire et méditons sur la question suivante : était-il vraiment nécessaire de développer ce jeu pendant six ans ?

Note 2 : Je garderai toujours un souvenir ému de ce capitaine sur qui j'ai dû vider l'intégralité de mes balles pour en venir à bout, au milieu d'un déluge de soldats et de tirs de mortiers.

Un jour, il faudra qu'on discute sérieusement de l'Unreal Engine et de sa capacité à afficher des graphismes façon aquarelle qui donnent l'impression de tout voir avec des lunettes sales.

On nous prend pour déco.

Sur le plan technique, Outriders tousse du sang. Certes, le jeu tourne à 60 FPS sur une config vieillissante à base de GeForce Série 10, mais fait aussi un véritable tour de magie lors de ses cinématiques avec des saccades et des coupures de son inexpliquées. Côté multi, les choses ne sont guère plus brillantes, puisque je n'ai jamais réussi à rejoindre une seule partie via le matchmaking. Selon de nombreux joueurs qui seraient dans la même situation, la seule planche de salut pour les amateurs de multi résiderait donc dans le fait de jouer avec des amis, afin de pouvoir les rejoindre sur invitation. Et pour les amateurs de solo ? Eh bien, espérons que les serveurs planteront moins souvent lorsque vous lirez ces quelques lignes, Outriders se voulant 100 % online.

Alors, Anthem, Mass Effect ou PlanetSide 2 ?

De l'eau dans le GaaS.

De par sa nature, Outriders a tout du game as a service et on imagine difficilement ses développeurs ou son éditeur passer à autre chose après sa sortie. À moins que tout le monde soit déjà au courant qu'il ne faille pas chercher plus loin ? C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre le game director du titre au début du mois de mars, dans une interview qui ne sentait pas la victoire : « Si le jeu a du succès et que les gens l’apprécient, nous serons plus qu’heureux de créer d’autres aventures. Cela dépendra bien sûr de la réaction des joueurs et de leur sentiment général sur le jeu. » En bref, un Outriders sera un game as a service si le succès est au rendez-vous. Et autant dire que c'est mal barré.

Outriders | Notre avis : 4

| Modifié le 5 mai 2021
Sorti un premier avril, Outriders ressemble à une farce. Avec son univers aussi peu inspiré que ses mécaniques, le petit dernier de People Can Fly est un shooter looter mal maîtrisé, qui oublie tout ce qui rend de tels jeux attrayants. Avec de bonnes sensations et des builds qui permettent d'ajuster finement les compétences de nos personnages, il présente bien sûr de bonnes bases mais qui ne feront pas oublier pour autant son univers terne, son loot dégarni et des finitions techniques discutables.
"Félicitations, vous venez de tuer votre premier boss. Veuillez accepter ces trois objets moyens-bof en récompense."
Oui, on peut aussi customiser son camion, grâce à de très nombreuses options. Et, oui, ça ne sert à rien du tout.
Un jour, il faudra qu'on discute sérieusement de l'Unreal Engine et de sa capacité à afficher des graphismes façon aquarelle qui donnent l'impression de tout voir avec des lunettes sales.
Alors, Anthem, Mass Effect ou PlanetSide 2 ?