Développeur : Kaizen Game Works (Royaume-Uni)
Editeur : Fellow Traveller
Plateformes dispo : Windows, Switch
Plateforme test : Switch
Langues : anglais
Téléchargement : 5 Go
Prix : 17 €
Date de sortie : 04/09/2020
| Modifié le le 13 mai 2024
J'ai eu tout faux. J'avais prévu un bel article pour vous expliquer l'évolution des jeux d'enquête/aventure narrative japonais. J'allais vous parler de la série des Zero Escape, des Danganronpa, des Ace Attorney et de la raison pour laquelle Paradise Killer est une petite révolution dans le genre. Et puis, paf, patatras, je me suis rendu compte que le jeu, en réalité, n'est pas du tout japonais. Pire : il est anglais.
De temps en temps, il faut résoudre deux ou trois énigmes très faciles, choisir d'aller à gauche ou à droite, et c'est tout. Ace Attorney, même combat : on écoute les témoignages pendant les procès, on présente des preuves déterminées à l'avance et on se régale de l'écriture. Et Danganronpa, c'est exactement un mélange des deux, avec un tueur et des procès, enfermé dans un lycée. Il y a tout de même un petit plus : parfois, on peut se balader en 3D dans l'environnement, même s'il faut reconnaître que ça ne sert pas à grand-chose. Enfin si : ça a probablement servi aux auteurs de Paradise Killer pour se dire qu'il y avait peut-être mieux à faire.
La machine à vapor.
Si, pendant la grosse dizaine d'heures de ma partie, je me suis persuadé que Paradise Killer était un jeu japonais héritier de toutes les licences que je viens de citer, c'est qu'il en reprend tous les codes. Il y a un meurtre, bien sûr, des personnages qui ont tous quelque chose à se reprocher, des dessins pour les représenter qui ne cachent pas leurs influences nippones et, plus globalement, une écriture libérée de toute contrainte, ce qui permet au scénariste de se lâcher complètement. Voyez plutôt : dans Paradise Killer, vous incarnez Lady Love Dies, une enquêtrice qui a été bannie des îles paradisiaques depuis trois millions de jours. Qu'est-ce que les îles paradisiaques, me demanderez-vous ? Ouh là là, c'est déjà compliqué. En gros, il y a des milliers d'années, des Dieux façon Cthulhu sont descendus sur Terre pour donner des pouvoirs aux humains. Depuis, ces derniers, sous l'égide du Syndicat, utilisent ces pouvoirs pour tenter de créer une île parfaite. À chaque fois, ils échouent : des démons finissent par trouver une entrée et créer de la corruption, de la violence et des vices, ce qui oblige le syndicat à tout recommencer. Hier, alors que le transfert vers la 25e île (chaque île dure des milliers d'années) devait avoir lieu, tout le Conseil, l'instance la plus haute du Syndicat, a été assassiné. Du coup, on vous demande d'enquêter, au milieu de cette île qui s'inspire de l'esthétique vaporwave, mélange d'éléments modernes, d'architecture de la Grèce antique, de pyramides et de jazz. Ouais, c'est ce niveau de liberté scénaristique. Je ne vais pas mentir, pendant les premières minutes, ça laisse un peu perplexe, jusqu'à ce que les concepts finissent par entrer et paraissent parfaitement logiques.
L'enquête dont vous êtes le héros.
Alors maintenant, prenez la qualité d'écriture de tous les jeux d'enquête japonais précédemment cités, mais ajoutez-y un environnement en 3D où il est possible de se servir de sa cervelle pour avancer. Le meurtre a eu lieu dans tel bâtiment. Tiens, et si j'allais voir en dessous, s'il n'y aurait pas un indice ? Bingo. Et si j'étais le tueur, par où serais-je passé ? Re-bingo, il y a des traces. Tiens, tiens, des pétales de rose, comme le chapeau de l'assistant de l'architecte. Et si j'allais un peu lui tirer les vers du nez ? Comme tout bon polar, Paradise Killer tient surtout par la qualité de son intrigue et par l'avalanche de mobiles et de possibilités qui s'accumulent pour chaque personnage. Là où il marque sa différence, c'est grâce à la liberté qu'il offre au joueur pour élucider l'affaire dans l'ordre qu'il veut. Enfin, je dis l'affaire, mais ce sont en réalité « les affaires », parce que le premier crime cache, bien entendu, des tas d'autres crimes et histoires sombres qu'il va falloir comprendre pour se faire une idée générale du tableau, tirer des fils et relier des points jusqu'à parvenir à se forger une intime conviction. Oui, une intime conviction, car il n'y aura pas de certitude. Enfin moi, en tout cas, même une fois le jeu terminé, je n'en ai pas.
Coupable, votre horreur.
La liberté de Paradise Killer va jusque dans sa structure. Dès le début, le juge qui vous a convoqué sur l'île vous donne le choix de revenir, dès que vous serez persuadé d'en savoir assez, pour commencer le procès. Vous pouvez le faire immédiatement, et passer complètement à côté de la vérité. Vous pourrez aussi, comme le feront la plupart des joueurs, prendre soin de n'avoir rien raté et vous présenter avec des valises entières de preuves et d'indices qui feront tomber ceux que vous considérez comme coupables. Mais, à aucun moment, le jeu ne vous dira si vous avez raison ou non. C'est à vous de vous forger une conviction qui, par la structure même du jeu, ne pourra jamais être une certitude. Vous déciderez, en votre âme et conscience, de ce qui vous paraît le plus probable. L'enquête, d'ailleurs, ne s'arrête pas au jeu lui-même : à la fin, il y a des grandes chances pour que vous alliez voir sur Internet ce qu'en ont pensé les autres joueurs et... disons qu'il y a des théories auxquelles je n'avais pas du tout pensé et qui sont très séduisantes. Vu la taille de l'île sur laquelle on se balade à la première personne, ça ne serait d'ailleurs pas complètement étonnant qu'on puisse y trouver des indices cachés, que personne n'a encore dénichés, qui pourraient complètement changer ce que je croyais être la vérité. Ou même la réalité.