Mars. Pas un seul Burger King. Pas de livraison Amazon Prime. Huit minutes de ping sur les serveurs de jeu. Je me demande bien ce que j'irais faire dans ce trou à rat, alors qu'à Nogent-sur-Marne, j'ai la fibre optique et tous les commerces à côté de chez moi (Franprix, Optic 2000, kébabier Le Paris-Istanbul...). Mais bon, pas le choix. On me demande une nouvelle fois de coloniser la planète rouge. Le gaming, c'est aussi accepter certains sacrifices.

Commençons avec le positif, et chantons les louanges des artistes qui ont travaillé sur ce jeu. Le boulot qu'ils ont réalisé sur le splendide globe martien, avec ses lignes topographiques et son camaïeu de rouge, ainsi que sur l'interface, d'une élégance rare, donne vraiment envie de s'y plonger. Et les premiers instants se passent merveilleusement bien. Jouant le rôle d'une intelligence artificielle chargée d'organiser la terraformation de la planète, on doit d'abord monter tout un réseau industriel, en construisant des mines de fer ou de carbone, des extracteurs d'eau, des champs de panneaux solaires, des usines d'acier, des fabriques de pièces électroniques. Les routes se tracent automatiquement entre chaque site, afin de permettre à une armée de drones de transporter automatiquement les ressources. Le résultat est une toile d'araignée étonnamment esthétique, que l'on voit s'étendre progressivement entre les cratères martiens. Vraiment mignon.

Parmi ces bâtiments se trouve une usine qui ne fonctionne qu'à 12 %, car son aire de stockage est saturée. Saurez-vous la retrouver sans devenir fou ?

Au bout de quelques heures de progression, Per Aspera ressemble à un indémerdable plat de spaghettis.

Bouleverser la météo.

Une fois que les usines tournent et que les matériaux transitent avec fluidité entre sites de production et zones de stockage, on passe à la seconde étape de la colonisation martienne : faire venir les humains. Ils arrivent de la Terre et, pour peu que le stock de bouffe soit suffisant, s'installent dans des colonies afin de cracher du point de recherche. Ceux-ci permettent de débloquer des grands projets de terraformation. Je me suis donc retrouvé à installer des usines d'oxygène ou de gaz à effet de serre, à lancer des miroirs spatiaux pour augmenter la température, à dévier des astéroïdes. Très cool, d'autant qu'on peut surveiller tous les paramètres de la planète (pression atmosphérique, niveau des eaux...). Cela m'a donné l'impression d'être un vrai scientifique. Après, il faut être patient. Même en vitesse 16×, qu'on utilise 95 % du temps, plusieurs heures de jeu sont nécessaires pour commencer, très lentement, à bouleverser la météo martienne. Pendant ce temps, la base s'étend, et les mines commencent à s'épuiser. C'est à ce moment-là que Per Aspera s'enlise dans une pénible gadoue logistique.

Usines partout, organisation nulle part.

Que je vous explique. Quand vous jouez à un Anno 1800 par exemple, vous avez des centaines de bâtiments, des milliers de petits transporteurs de ressources, mais le tout est organisé. Les usines de tabac sont à un endroit, les fabriques de vêtements à un autre, c'est à peu près propre, rangé, rationnel. Per Aspera fait plutôt dans l'anarchie. Au bout de quelques heures de progression, la zone industrielle martienne ressemble à un indémerdable plat de spaghettis. Et quand ça coince, bon courage. Vous voulez améliorer les routes ? L'interface pour le faire est épouvantable. Vous voulez comprendre pourquoi telle ressource n'arrive pas dans telle usine ? L'algorithme qui régit le mouvement des drones est parfois incompréhensible. Vous voulez savoir quelles mines ne fonctionnent pas à plein régime, ou améliorer certaines usines ? Il faut faire défiler une énorme liste peu pratique quand on a 200 structures à gérer. Et pour accéder aux gisements de ressources un peu éloignés de la base, le jeu oblige à construire d'inutiles enfilades de bâtiments, juste pour que se créent les routes permettant d'y accéder. Au bout d'un moment, Per Aspera devient simplement trop fouillis, trop bordélique. Ça ne ressemble pas à la mégapole industrielle qu'un esprit censé bâtirait sur Mars. Au final, on ne cherche plus à faire du beau, ni même de l'efficace. On balance juste un énorme plâtras de bâtiments sur la planète en espérant que cette bouillabaisse fonctionne.

Combats d'arrière-garde.

Bon gré mal gré, j'ai continué à terraformer Mars. J'ai été heureux de voir des nuages apparaître, des océans se former, le terrain verdir petit à petit. C'est très beau. Mais je n'y ai pas pris autant de plaisir que j'aurais dû. Souvent, il m'a fallu revenir à une sauvegarde d'il y a trois heures, car le jeu donne peu d'explications sur de nombreux mécanismes importants – les incendies dus à l'oxygène, l'impact de la fonte des glaces, le fonctionnement de certains bâtiments... Et puis il y a les combats. Totalement inutiles dans un jeu de ce genre, ces affrontements entre meutes de drones militaires sont plus une nuisance qu'autre chose. Les développeurs ont d'ailleurs déjà commencé à les alléger sur leur premier patch. Il faut aussi préciser que j'ai joué uniquement en mode Sandbox, car le mode Story m'a donné envie de me tirer une balle dans le crâne. On y est sans cesse interrompu par des communications ou des réflexions à voix haute de l'IA, qui massacrent le rythme du jeu et empêchent de se concentrer sur les nombreux problèmes qu'il faut régler en permanence. C'est dommage. Les développeurs avaient un concept original, des artistes pointus, mais ils se sont un peu plantés sur l'exécution.

Per Aspera | Notre avis : 6

| Modifié le 5 mai 2021
J'aurais tellement aimé vous faire l'éloge de Per Aspera. Ce splendide simulateur de terraformation martienne est fascinant sur les premières heures. Il devient une corvée quand il faut sans cesse faire grossir son fatras tentaculaire de bâtiments industriels. Je le relancerai dans un an, en priant pour que les développeurs aient trouvé le moyen de régler tous les problèmes qui m'ont frustré.
Parmi ces bâtiments se trouve une usine qui ne fonctionne qu'à 12 %, car son aire de stockage est saturée. Saurez-vous la retrouver sans devenir fou ?